Blanquer veut encore modifier les modalités du Bac.

Depuis 3 ans, les cafouillages et les oppositions (grève des corrections, pandémie, pandémie-bis), n’ont pas découragé le ministère. Au contraire, il veut accentuer encore la transformation du Bac à l’ancienne en Nouveau Bac.

Qu’est-ce que le “nouveau bac” ?

L’ancien était déjà inégalitaire, car sanctionnant dans un cadre inégalitaire, une culture bourgeoise et petite bourgeoise. Cependant, le nouveau, malgré un maquillage démagogique, ne règle rien. Il accroît ces problèmes.

Il est constitué d’un mix entre contrôle continu et épreuve terminale, ainsi que d’une épreuve mal définie, le Grand Oral. Une épreuve qui incarne d’ailleurs parfaitement les fantasmes très IIIe République de Blanquer. Une vision d’ailleurs paradoxale. Elle met en avant le visage austère et sévère de l’instituteur, du Hussard Noir, tout en sapant objectivement toute autorité à ceux-ci et celles-ci, les réduisant au rang de prestataire de service.

Le contrôle continu vient remplacer l’épreuve finale d’une manière toujours plus importante. Les épreuves communes (E3C) sont d’ailleurs en voie d’être supprimées. C’est une étape de plus vers un bac uniquement au contrôle continu, uniquement symbolique.

Est-ce bien ou non ?

Si, à l’échelle individuelle, le contrôle continu peut séduire (après tout, n’est il pas plus représentatif des élèves ?), il pose une série de problèmes profonds.

Des conséquences funestes.

1) Les notes sont toujours relatives à l’appréciation du professeur ou de la professeure. Un contrôle continu efficace demanderait une harmonisation des pratiques et des évaluations, et donc une entrave à la liberté pédagogique. Ce bac est un asséchement. Le lycée se transforme en gare de triage pour le supérieur. L’épée de Damoclès de Parcoursup est au-dessus de toutes les têtes  : son fonctionnement inégalitaire devient un couperet tranchant.

2) Le cours n’est plus un lieu d’expérimentation : c’est un lieu de notation. Si le bachotage est négatif, le fait de supprimer le lieu d’apprentissage qu’est le cours est tout aussi problématique, voire pire. Il fait reposer un poids énorme sur les épaules des élèves. Aujourd’hui, les évaluations sur table sont juridiquement des examens. La triche peut être sanctionnée par des interdictions de concours.

3) Du fait de cette pression liées aux notes, les enseignants et enseignantes sont soumis à une pression réciproque. Cela accroît leur rôle de prestataire de service, subissant les assauts des parents d’élèves et de la direction de l’établissement. Plusieurs cas ont été recensés de modifications unilatérales des notes ou des appréciations par les directions, pour répondre aux désirs des parents. C’est quelque chose qui augmente aussi les risques de corruption ou de menaces.

4) Le contrôle continu donne aussi au Bac une valeur de baccalauréat d’établissement. C’est déjà en partie vraie actuellement, mais cela s’accroît davantage. Un 15/20 de lycée de centre-ville et un 15/20 de lycée de banlieue n’ont pas la même valeur pour les recruteurs du supérieur. Cela pour le grand bonheur des agences de notation et d’évaluation. Ce sont des conceptions qui sortent tout droit du cerveau des «  grands penseurs  » du libéralisme tels que Rosanvallon1, lesquels considèrent que les agences sont l’avenir.

5) Le fait que les bacs n’aient plus une valeur référence accordée par le caractère national de l’épreuve les rends donc aussi juridiquement plus précaires. Or, la valeur du diplôme joue un rôle dans la création de normes de travail. Si les bacs et les diplômes du supérieur sont des diplômes d’établissement, ils mettent en péril leur reconnaissance dans les conventions collectives, voire l’existence de celles-ci. Cette offensive sur le monde du travail est passée complètement inaperçue alors qu’elle est centrale. La génération des «  bacs maudits  » sera non seulement sous-payée par rapport à sa qualification, mais entraînera mécaniquement une mise en concurrence intergénérationnelle tout comme un nivellement par le bas des salaires.

6) La gestion par établissement du bac rentre aussi dans un processus d’autonomisation progressive des établissements scolaires. Les bacs à options créent une cacophonie au niveau de la gestion des personnels enseignants dans les établissements. Ils produisent progressivement une décantation dans les choix des options, avec plusieurs effets  :

  • Des rationalisations dans les établissements, avec la disparition de certaines matières.
  • Des «  Yalta de l’enseignement  » avec la création de lycées Littéraires, de Lycées Scientifiques… qui se partageront les élèves.
  • Une gestion par établissement des recrutements, avec la multiplication des postes à profil, accentuant le recours aux contractuels et la défonctionnarisation de la profession.
  • Cette privatisation en catimini des établissements scolaires les met aussi en concurrence. Les lycées les plus prestigieux pourront débaucher les personnels les plus qualifier, tandis que les plus difficiles seront encore désavantagés2.

Ces projets ne sont pas accidentels. Ils sont issus d’une longue réflexion. Blanquer reprend les grandes lignes du projet d’autonomie des lycées lancé par Fillon il y a 15 ans. Ce projet avait avorté face à l’opposition particulièrement forte du corps enseignant et des élèves. Cependant, le rapport en force, en 2005, était nettement plus favorable, et, à force de matraquage médiatique, les autonomisations entrent dans les mœurs. Mais ce n’est pas pour autant une fatalité  !

Défendre un Bac plus juste est une lutte complexe. Nous ne sommes pas des conservateurs qui nous arc-boutons en fantasmant sur l’ancien mode d’évaluation. Nous pensons que l’avenir n’est pas le passé, mais quelque chose de différent, de supérieur.

Nous luttons pour une éducation gratuite, critique, laïque et populaire. Une partie ce cette transformation peut être réalisée par les luttes sous le système capitaliste  : une éducation dotée largement en moyens, permettant de réduire les inégalités sociales et offrant la possibilité aux élèves d’avoir un épanouissement intellectuel en culturel en plus d’une formation professionnelle. Le fait aussi de ne plus être une succursale des entreprises  : ce sont à elles de payer pour former leurs employés, et non à l’éducation de devenir des fournisseurs en main d’œuvre à usage unique. Cette partie demande un investissement dans les luttes et les syndicats combatifs. Les luttes lycéennes et étudiantes, écrasées par les forces de l’ordre, sapées par les fermetures administratives, doivent fleurir à nouveau  !

La seconde, celle qui permettra réellement de faire de l’école un lieu d’émancipation, un lieu de formation continue et d’épanouissement réel, demande un bouleversement complet de la société. Il demande de revoir en détail le lien entre éducation et travail, et de considérer que celle-ci n’est pas juste une étape, mais est bien quelque chose qui se réalise tout au long de la vie. Nous sommes pour une école ouverte sur la société, qui donne à chacun la possibilité de reprendre des études, une formation, de retrouver un cadre éducatif pour découvrir de nouvelles choses, de nouvelles thématiques, et de trouver ses passions et ses talents.

Pour que cette vision ne reste pas utopique  : s’engager est une nécessité, lutter est une obligation  !

1Un des grands gourous de Science Po.

2Il ne faut pas nier que c’est déjà le cas. Les études démontrent que les lycées les plus riches ont les enseignants les mieux payés (du fait de l’ancienneté, mais aussi du cumul des fonctions).

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