Le putsch en charentaises et les communistes.

Une vingtaine de généraux ont lancé un appel au putsch. Publié dans le journal ultra-réactionnaire Valeurs Actuelles, cet appel ne tombe pas du ciel. Nous pensons qu’il mérite d’être évoqué, mais aussi les réponses à celui-ci, qui sont parfois tout aussi catastrophiques. Après réflexion, nous avons jugé qu’il était important pour nous de parler aussi de ces contre-appels, dont certains ont pu trouver mystérieusement grâce aux yeux de certaines organisations communistes, en l’occurrence le PRCF. Nous ne pouvons laisser ce genre de publications passer !

Le choix de la date n’est pas anodin. Il fait référence à deux événements  : d’une part le coup d’État des généraux à Alger, le 21 avril 1961 et l’accession pour la première fois du FN au second tour, le 21 avril 2002.

Le contenu du texte passe par tous les lieux communs de l’anxiété réactionnaire  : Islam, banlieues, capitalisme apatride, immigration… En fond, un appel à «  retrouver l’honneur de la France  ». A se demander où vont-ils le cherchent  ? Dans les charniers de Sétif, dans les boues de Diên Biên Phu, ou dans les bordels de Bamako  ? Mais nous digressons. Toujours est-il que la situation des hôpitaux, la situation sociale, le chômage, les luttes économiques et politiques sont au second plan  : la préoccupation première est l’idée que la France est une pauvre hère dominée.

Leur plan  : exterminer. “Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables.” Au moins, ils ont un mérite  : ils reconnaissent que nos lois sont déjà en mesure d’imposer une dictature complète. Après tout, la Ve République est née d’un coup de force.

En soi, il s’inscrit dans la droite ligne d’une série d’appels insurrectionnels, lancés par des apprentis-putchistes. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent des individus n’exerçant pas de rôle au sein de l’armée. BFM-TV note ainsi que «  30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi à 17 heures. À ce stade, aucun militaire en activité n’aurait été recensé, selon le ministère des Armées.  » Ce sont pour la plupart des généraux «  en charentaises  » pour reprendre les termes du même ministère. En soi, l’appel n’a rien d’exceptionnel ni de menaçant.

Ce qui l’est plus est, d’une part, l’absence totale de réaction de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui, pourtant, est toujours prompt à voir du séparatisme dès qu’une réunion non-mixte apparaît, ne semble pas avoir voulu réagir à la provocation. Cette inaction, qui confine presque à la bienveillance vis-à-vis de l’extrême-droite, a dû cesser. Mais les raisons sont cyniques  : lorsque la gauche (incarnée en l’occurrence par Jean-Luc Mélenchon) a dénoncé le texte et fustigé l’absence de réponse  ; puis lorsque Marine Le Pen et une partie des cliques fascistes ont apporté leur soutien au texte.

C’est d’ailleurs le deuxième aspect inquiétant  : l’approbation par une partie de l’échiquier politique. Marine le Pen, Philippe de Villiers, Eric Zemmour et d’autres ont souscrit à cet appel. Ce dernier a d’ailleurs déclaré au micro d’un Figaro plus que conciliant  : « La tribune des généraux n’est pas un appel au putsch mais à la sécurité  ». Cet appel révèle la précarité de la situation politique en France, et aussi l’ascendant terrible qui a été pris par les réactionnaires dans la confrontation sociale.

«  Le recensement est en cours et les sanctions tomberont  » nous indique la ministre des armées. Nous l’espérons  ! Nous sommes bien placés pour savoir que le corps des officiers de l’armée peut être parfois un nid de vipères réactionnaires.

Les réponses sont-elles meilleures  ?

Pourquoi le PRCF republie l’extrême-droite  ?

Au sein de l’armée, des réactions ont eu lieu. Un contre-appel a été ainsi rédigé par une poignée d’autres généraux. Nous le mentionnons car il a été

publié sur le site du PRCF1. Nous sommes obligés de le dire  :

Mais à quoi pensiez-vous camarades, en publiant ce texte  ?

Il mérite un instant qu’on se penche dessus, car, parfois, en fait d’un texte meilleur, nous dégringolons toujours plus profond dans l’abominable.

Nous espérons sincèrement, avec une sincérité naïve et désarmante, que ceux qui l’ont republié ne l’ont pas lu. Car, même s’il est moins extrémiste que l’autre (il ne parle pas d’éradication, au moins !), il n’en est pas moins invraisemblablement réactionnaire, conspirationniste, antisémite…

Antisémitisme, racisme, conspirationnisme  :

«  C’est dans cette approche que réside notre désaccord car si nous partageons la définition de ces dangers ils nous apparaissent comme les simples symptômes d’un mal plus profond à la racine duquel il convient de s’attaquer si l’on veut que la France survive.  »

«  Alors qu’il s’agisse d’immigration, de délitement de la nation et de la multiplication des zones de non-droit, de violence et de montée de la haine entre communautés, la classe politique aux manettes ne fait que suivre la feuille de route qui lui est dictée devant aboutir à la destruction de la nation très ancienne que nous sommes, obstacle symbolique au mondialisme montant qu’il convient de faire disparaître.  »

«  Dans sa grande majorité la classe politique de notre pays servie par un système parlementaire plus que séculaire a été depuis des décennies dévoyée par la haute finance qui détient les cordons de la bourse et la maîtrise des grands médias et qui décide donc de qui sera ou non élu, servie en cela par toutes sortes de relais que sont parmi d’autres Bilderberg, Davos, le CRIF et les fratries.  »

«  c’est tout simplement le libéralisme effréné qui est inscrit dans le marbre des traités dits européens se traduisant par la désindustrialisation du pays tout autant que par l’abaissement de notre langue, l’emploi du globish par les médias, la publicité envahissante …  »

«  c’est enfin la mise en résidence surveillée de 66 millions de Français avec port obligatoire de la muselière.  »

Le fait que le PRCF se contente d’écrire  : « Voici la réaction d’un certain nombre d’officiers républicains et patriotes à l’appel de 1000 militaires qu’a soutenu Mme Le Pen et qui défraie la chronique depuis quelques jours.

Bien entendu, ces officiers de haut grade ne s’expriment pas comme le feraient les communistes internationalistes que nous sommes mais ils ont le double mérite :

a) de distinguer entre les symptômes et les causes profondes du malaise français,

b) d’appeler à une rupture de la France avec la domination du capital financier, avec la “construction” européenne qui détruit notre pays, avec la politique linguistique du “tout-anglais” et avec l’OTAN, qui nous asservit à l’impérialisme atlantique. » ne peut que nous laisser pantois et pantoises  !

Pour considérer cet appel comme «  plus positif  » que celui des putschistes, il faut un esprit démesurément large. Antisémite, conspirationniste, fasciste… L’appel n’a décidément pas grand-chose pour lui.

Que faites vous donc, camarades  ?

Nous nous adressons donc à nos camarades du PRCF, qu’ils prennent acte de ce contenu répugnant. Qu’ils prennent acte de ces propos dangereux  ! Nous espérons qu’ils comprendront que nous ne pouvons les cautionner. Ce n’est pas la première fois que nous trouvons qu’ils approchent dangereusement de personnages douteux, comme leur sympathie pour Kuzmanovic, ex-lieutenant de Mélenchon passé avec armes et bagages du côté du philosophe réactionnaire Onfray.

Nous n’aimons pas polémiquer pour polémiquer, mais à un moment, nous pensons que, lorsqu’on approche à ce point de la limite avec un «  coté obscur  » que nous ne pouvons pas rester sans rien faire  : arrêtons de dire et de faire n’importe quoi  !

Oui, la violence est partout. La société capitaliste est brutale. Mais les gens que vous appelez des militaires patriotes sont des partisans de l’expédition punitive, de l’écrasement de ceux et de celles qui souffrent, de la déportation des migrants, appelée pudiquement «  remigration  ». Ce sont des individus qui représentent une forme un peu plus policée du fascisme, comme Georg Strasser pouvait passer pour plus «  à gauche  » que Hitler  !

Est-ce avec ce type de personnes que vous envisagez votre «  Frexit Franchement Progressiste  »  ?

La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1944-1947. Elle n’est ni envahie, ni dominée, ni menacée de l’être. Au contraire  ! C’est une puissance impérialiste qui étend ses tentacules sur toute une partie du Continent Africain. Elle en choisit les dirigeants, la valeur de la monnaie, la forme des institutions, elle en exploite les sols et les peuples. Elle étend par la violence, par le crime, par l’oppression un ordre obscurantiste. Aujourd’hui, se fantasmer dans la peau d’un Thorez, se croire dans une espèce de Vichy constant, vouloir s’allier à tout «  patriote  », c’est se tromper lourdement. Cela pouvait avoir un sens à une époque où les USA et l’Angleterre avaient leurs armées sur notre sol, et encore  !

Oui, dans le cadre étroit – mais nullement monolithique – de l’Union Européenne, l’Allemagne apparaît comme plus puissante. Mais limiter son regard à cet espace n’a aucun sens. La sphère d’influence Allemande est principalement centrée sur l’Europe, notamment vers l’ex-mitteleuropa, vers l’Espagne et vers la Turquie. Mais la France possède elle aussi une primauté  : Pologne, Roumanie…Et son complexe bancaire, en réalité, est bien plus puissant que l’Allemagne  : la BNP Paribas écrase la DeutschBank, a telle point qu’elle a tenté de la racheter. Chose bloquée par le Parlement Allemand

Les fantasmes sur la disparition programmée des nations sont uniquement des actes de foi. Ils ont indémontrables car ils reposent sur une confusion entre les discours et les réalités. Oui, dans l’Europe, il existe des partisans d’une Union Européenne formée d’Eurorégions, et permettant ainsi de réaliser une Europe unifiée. Mais le fait qu’il y ait des partisans ne signifie pas que ce soit réel, ni applicable. Dans les faits l’Europe fédérale est un échec intégral.

Lénine avait déjà prévu cette impossibilité dans «  Du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe  »  :

les capitalistes peuvent nouer des alliances dans le but de contrer d’autres impérialistes, mais les cliques de capitalistes nationaux ne fusionnent pas. Derrière les fusions-acquisitions de petits secteurs, il existe une réalité que la bourgeoisie ne connaît que trop bien  : Qui dévore qui  ?

De plus, quel est l’intérêt  ? Au profit de qui  ? De la bourgeoisie Allemande ou d’un «  capitalisme apatride  » fictionnel ? Même en 1940, alors que le patronat acceptait l’occupation Allemande, il avait gardé entre ses mains l’essentiel  : les colonies. Et Vichy les a défendues contre l’ennemi d’alors  : les Alliés. Drôle de conspiration que de croire que Thalès, Orena, Dassault, vont se vendre  ! D’ailleurs il n’existe aucune vraie «  multinationale  » apatride. EADS, par exemple, est un consortium  : une alliance d’entreprises nationalement teintés qui se partagent les marchés au rapport de force. Avec des fois des conflits importants  !

De plus, le capitalisme a tout intérêt à mettre en place des systèmes juridiques différents, avec des lois et des règles différentes. C’est tout l’intérêt du néocolonialisme par rapport au colonialisme traditionnel. Les États ne sont pas les amis des peuples, ce sont surtout des prisons dessinées sur-mesure.

Les traités européens ne sont pas contraignants au stricto-sensu. Là aussi, il faut cesser les fantasmes.

Premièrement  : dans sa structure, l’UE ressemble plus à une confédération qu’à une fédération. D’ailleurs, on impute une grande partie des problèmes à l’UE. Abusivement. Par exemple dans l’article 345 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il est précisé que l’UE est neutre dans le choix des formes sociales des entreprises pour le marché intérieur. En somme, c’est un choix politique intérieur qui détermine la politique de privatisation pas «  l’Europe  ».

Deuxièmement  : le rapport de force dicte le partage. La France et l’Allemagne sont les deux pôles dominants. Alliés et concurrents en même temps. Ils dictent aux autres leurs normes de production, leurs structures économiques, leurs réformes budgétaires. Mais elles-mêmes, si elles s’appliquent les directives européennes, ce n’est pas par contrainte  : c’est parce qu’elles les éditent. L’UE n’est pas une alliance impérialiste, mais bien une alliance d’impérialismes. Les bouts de papiers et les chiffons ne contraignent pas les bourgeoisies puissantes.

Nous pensons que ces exemples montrent quelque chose de terrible  : c’est l’hégémonie de conceptions réactionnaires et conspiratrices qui rendent illisibles la lutte des classes et la lutte internationaliste.

Nous n’avons pas peur de parler de la Nation. Nous ne sommes pas des nihilistes nationaux. Mais quand nous parlons de la Nation, il ne faut pas non plus raconter n’importe quoi. La Nation-Populaire et la Nation-Etatique sont deux choses différentes. Nous, nous croyons en cet esprit populaire, cet esprit de lutte, d’émulation, de libération, de construction commune. La Nation possède un sens de classe  : elle est le peuple travailleur (et privé d’emploi) dans son ensemble. La Nation-Etatique étant cette fiction d’unité crée par la bourgeoisie autour de ses intérêts et autour de la «  place de la France dans le monde  ». Cette alliance réactionnaire, nous voulons la briser.

Vous les appelez «  patriotes  », mais ils n’en sont pas  ! Si on aime sincèrement son peuple, si on veut servir le peuple, on ne répand pas des mensonges qui le détournent de ses vrais ennemis. On ne s’échine pas à le servir pieds et poings liés à ses bourreaux. Nous, nous aimons notre peuple, ses luttes, ses victoires, sa créativité, sa diversité. Et cet amour du peuple nous pousse à refuser les dérivatifs, les mensonges, les diversions. L’ennemi est chez nous. Il est de chez nous. Il est notre bourgeoisie avant tout  !

L’alliance réactionnaire, nous la briserons  !

Mais pas en publiant des tribunes de fascistes en charentaises qui répondent à d’autres fascistes en charentaises. Pas en considérant que les problèmes de la société française, violence, précarité, manque de services publics, sont liés à une quelconque conspiration d’un capitalisme apatride. Pas en piochant dans un inconscient antisémite, anti-allemand. On se croirait revenu a une période pré-Dreyfus  ! Nous y répondrons en désignant les véritables ennemis du peuple  : Les milliardaires, les millionnaires, les capitalistes de France, l’impérialisme et sa machine de guerre.

Macron est l’ami de la bourgeoisie Française, non son ennemi.

L’UE, alliance réactionnaire concoctée dans le but de résister aux autres impérialismes, s’effondrera en même temps que le capitalisme en France. Faire l’inverse, croire que c’est la sortie de l’UE qui prépare le terrain à une révolution, c’est croire que l’impérialisme français se dépouillera de lui-même de son marché, de son terrain d’action. Unir les «  forces patriotiques  » d’un pays impérialiste, c’est choisir de servir les portions les plus réactionnaires de celui-ci  !

À partir du moment ou on considère que l’impérialisme français existe, sa faiblesse est une bonne nouvelle, non une mauvaise  !

Dans la situation actuelle, catastrophique, les exploités et exploitées ont besoin des communistes. Ceux qui souffrent sous le joug infâme du capitalisme ou de l’impérialisme ont besoin d’une analyse de la situation, de perspective, d’organisation. Il est important de partir, oui, de leurs attentes, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs.

Mais là, est-ce là le rôle des communistes  ? D’avaliser, parmi elles, les angoisses xénophobes, les attentes fascisantes, les espoirs pogromistes  ? Il aurait été plus utile de tenir une vraie position communiste, il aurait été plus utile de dire des mots venant de soi, que de reprendre les mots de l’ennemi. Ou peut être de ne rien dire  !

Qu’importe que l’impérialisme français soit «  déclinant  », c’est au contraire une chose positive  !

Qu’importe qu’il chancelle sous les coups des autres, ce n’est pas notre affaire, c’est notre ennemi.

Méfions-nous de l’intoxication réactionnaire  !

Nos publications sur la question  :

1Le PRCF ou Pôle de Reconstruction du Communisme en France est une organisation politique se revendiquant du Marxisme-Léninisme. Elle possède le journal Intervention Communiste et est proche des éditions Delga. Nous reconnaissons sans peine que cette maison d’édition joue un rôle extrêmement positif dans la redécouverte d’études sur l’URSS et l’expérience socialiste, et qu’elle contribue à des débats importants. Nous en parlons dans cet article  : https://unitecommuniste.fr/analyses/3402/

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