Agression raciste à Croix-rousse

Les faits

Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10, vers 1 h du matin, dans les pentes de la croix-rousse (rue Romarin), un groupe de jeunes ont été victimes d’une agression au couteau par le militant fasciste Adrien Ragot dit «  Lassalle  ».

Alors qu’Adrien descendait vers la place des Terreaux, il fut reconnu par un groupe de jeunes. Les apercevant, il a dégainé un couteau et les a attaqués. Un premier fut blessé au bras et à l’aisselle, et un second tentant de s’interposer au niveau de la gorge. Si ce dernier n’avait pas reculé à temps, le coup aurait été inévitablement fatal.

Le groupe et leur agresseur arrivant sur la place des terreaux, plusieurs habitants ont tenté d’arrêter le militant d’extrême droite. Ce dernier s’est alors enfui dans un restaurant Tandoori de la rue Romarin. Le groupe de jeunes a entrepris de bloquer la porte et d’appeler la police, pendant qu’Adrien essayait violemment, mais sans succès, de s’enfuir. Après l’arrivée de la police, lors de son arrestation, Adrien s’en est pris aux agents en leurs assénant des coups. Il fut mis en garde-à-vue et est désormais inculpé pour violence sur personnes dépositaires de l’autorité de l’état et violence avec arme au préjudice de deux victimes, et non pas tentative d’homicide, comme se fut pourtant le cas selon les jeunes victimes de l’agression.

Ces faits sont rapportés directement par les victimes de l’agression, qui ont été contactés par la Jeune Garde Lyon, organisation avec laquelle ils n’ont pas de lien, mais qu’ils connaissent bien en raison de sa présence de longue date dans le quartier.

Le contexte raciste

Bien qu’il fût rapporté qu’Adrien semblait alors particulièrement agité, on ignore s’il était drogué ou non. Cependant, le déroulement des évènements interroge cette éventualité.

Ce qui ne laisse en revanche aucun doute, c’est le caractère raciste de l’attaque. Les jeunes ont été capables de reconnaître Adrien, car celui-ci est, avec son groupe et ses réseaux fascistes, un habitué des ratonnades et des expéditions dans le quartier de la Croix-rousse (entre autres). Mais les victimes ne sont, contrairement à ce qui est affirmé ci et là, ni des colleurs d’affiches (comme l’a rappelé le parquet de Lyon) ni des militants antifascistes, seulement des habitants du quartier de la mauvaise couleur de peau.

Le groupe de jeunes agressé se retrouve maintenant accusé par Adrien d’avoir déclenché l’altercation, ce que ces derniers nient catégoriquement. C’est là la stratégie du militant pour amoindrir la gravité des faits, particulièrement son caractère proprement politique, raciste et fasciste. Le lendemain matin, les deux jeunes touchés au couteau ont ainsi été appelés au commissariat pour une confrontation avec Adrien. Sur conseil de leur avocat, ils ne s’y sont pas rendus.

Adrien «  Lassalle  » n’est pas à son coup d’essai et est bien connu à Lyon. Très impliqué dans Génération Identitaire (dissout en mars 2021 par le conseil des ministres), il en fut un cadre, un animateur assidu de leur salle de sport, l’Agogé, et a été remarqué lors de leur opération médiatique «  Defend Europe  » contre les migrants dans les Alpes (2018). Il fut notamment à la tête de l’attaque de la marche des fiertés lesbiennes en avril 2021 et on le retrouva en juin de la même année rue Mercière, lorsque l’extrême droite de rue lyonnaise s’y est retrouvé pour une ratonnade, donnant des ordres et frappant, le tout à visage découvert. Enfin, il est accusé de viol par une étudiante de l’ISSEP (Institut de Sciences Sociales Économiques et Politiques, école fondée par Marion Maréchal Le Pen).

L’actualité à l’extrême droite

Aujourd’hui, Adrien s’est reconverti, avec feu GI, au sein de Rempart Lyon, nouveau nom pour une continuité politique et pratique assumée  : convictions fascistes, objectifs ouvertement ethno-nationaliste, violence, apologie du racisme, de l’antisémitisme, du nazisme, et des liens avec le terrorisme d’extrême droite (entre autres, B. Tarrant l’auteur du massacre de Christchurch en mars 20191, et Fabien Badaroux2).3

Récemment, l’on recense dans la liste des attaques signées extrême droite, le 19 mars dernier l’assassinat par balle en plein Paris de l’ancien rugbyman international Federico Aramburu, par Loïk Le Priol. Militant proche des réseaux nationalistes, militaire rapatrié, ex-GUD et fondateur de la marque de vêtement raciste «  Babtou Solide  ».4

Le 27 mai dernier, c’est Fanny, proche du PCF et membre des Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution, qui a été attaqué avec sa mère âgée, à leur domicile de Feuchy. Le coupable  : le militant Rémi Lesczczynski dit «  Deflandre  », membre de l’Action Française, proche de Reconquête et du RN et à la tête du groupe locale Theusz (prônant «  une France blanche  »). Après les avoirs toutes deux violentés, il a menacé de «  revenir à 30, brûler ta maison et crever ton chien  ». Le motif de cette intrusion et des blessures subséquentes  : un post sur Facebook le critiquant lui et ses idées racistes.5

Au-delà des évènements violents, il y a aussi le spectre de la nébuleuse d’extrême droite de faible intensité militante, mais accumulant plus ou moins discrètement des arsenaux et diverses capacités opérationnelles (le plus souvent, en vue d’une guerre raciale). C’est par exemple le cas des membres du groupuscule néo-nazi qui, le 31 mai dernier, se sont vu perquisitionnés à leurs domiciles. Il y fut trouvé 18 armes légales, 23 armes illégales, 167 chargeurs, plus de 35 kilos de poudre, et un total de plus d’une tonne de munitions, ainsi que trois presses à munitions, une machine à chauffer les douilles, une compteuse de billets, quatre balances de précision et plus de 25 000 euros.6

Du recul

La prolifération des attaques et des réseaux fascistes peut amener une certaine atmosphère anxiogène-apocalyptique à s’installer dans notre camp, particulièrement dans les milieux antifascistes, qui sont en première ligne depuis des années. Bien qu’il ne fasse aucun doute que la situation soit très préoccupante et que les groupes, autant que les loups solitaires, d’extrême droite, représentent un danger réel, il convient de savoir garder la tête froide et de mettre la liste des agissements de nos ennemis en perspective.

Premièrement, ces derniers font actuellement face à un double recul par rapport aux précédentes années et à ces derniers mois. Ils sont toujours largement désorganisés et divisés, on n’a plus vu de «  front unique  » fasciste depuis le Bastion Social, dont personne jusqu’à aujourd’hui n’a su reprendre la bannière et les ambitions.

Deuxièmement, après la vague «  Reconquête  » aux présidentielles, le reflux  : l’extrême droite radicale qui avait vu dans Zemmour son messie, qui allait les guider vers la terre promise d’un dépassement de leur propre condition sectaire à la marge du RN, voit ses rêves de réussite échouer sur un triste 7  %. Le «  grand remplacement  » semble, selon eux, avoir encore de beaux jours devant lui. En conséquence  : la démoralisation, l’ascenseur émotionnel, après une campagne où tout leur réussissait. Ugo Jimenez et Baptiste Marchais (respectivement Papacito et Bench & Cigars  : boutiquiers, podcasteurs et influenceurs fitness à la ligne éditoriale réactionnaire), entre autres, nous en ont fait la démonstration à leur manière, sur leurs réseaux. C’est la gueule de bois, certains qui avaient tout plaqué pour aller chez «  le Z  », doivent maintenant assumer auprès de leurs anciennes allégeances, ou du moins, se résigner au statu quo ante.

Certes, le RN a progressé dans tous ses scores, mais comme nous en parlions ici7, le danger qu’il représente, en tant que «  boutique  » pour natio-opportuniste, n’a rien à voir avec celui d’un Zemmour, à la recherche d’une réelle hégémonie, idéologiquement nazifié. Ce caractère qualitativement différent entre les deux appareils fut bien perçu et compris par les militants fascistes eux-mêmes. Il n’est pas l’objet de nier les conséquences des discours réactionnaires de l’ex-FN, ni les réalités négatives que l’on doit attendre d’un passage de celui-ci au pouvoir, mais celles-ci doivent être analysées avec tous le sérieux que cela implique, et non pas en réponse à une peur semi-pavlovienne.

Son champ d’action politique autant que ses ambitions seraient, et sont d’or et déjà, limité (ce qui ne veut pas dire, inoffensif). De plus, Macron, et par glissement, la droite «  républicaine  », adopte et porte de plus en plus les références, la vision du monde et le programme du RN.8 Cela n’est certes en rien une bonne nouvelle, seulement le symptôme d’une progression générale du champ politico-étatique français vers la réaction, mais permet de remettre en racine, de ramener à la réalité, la mesure des peurs qu’il est raisonnable d’avoir, et celles qu’il faut garder pour plus tard.

Que faire  ?

L’unité antifasciste de tous les groupes progressistes, dans le cadre d’un front de lutte contre les idées, l’implantation et les agissements de l’extrême droite était, et reste, à propos.

L’enjeu est de contrecarrer ses projets et de saper sa base sociale, autant que notre propre situation le permet. Il ne s’agit pas ici de vœux pieux, mais d’un appel concret à la promotion d’une bonne entente pratique entre celles et ceux qui ont intérêt à la défaite, ou du moins, à la temporisation et au recul, du risque fasciste. Que ce soit au sein des inter-organisations, ou de quelconque autres formats ou contexte, il est toujours à l’ordre du jour de mettre nos forces et nos volontés en commun  : nous n’avons pas le luxe du sectarisme, qu’importe le splendide isolement auquel une chapelle ou une autre aspire.

Pour écraser l’ennemi, il faut connaître nos amis. Nos ennemis connaissent les leurs. Ne nous laissons pas doubler, nous ne manœuvrons pas à arme égale, sachant que le temps autant que l’état jouent contre nous.

1 https://www.nouvelobs.com/societe/20210303.OBS40903/le-terroriste-de-christchurch-etait-membre-bienfaiteur-de-generation-identitaire.html

2 https://www.ouest-france.fr/provence-alpes-cote-dazur/avignon-84000/avignon-l-homme-tue-par-la-police-se-revendiquait-de-generation-identitaire-7034653

3 Le documentaire « Generation Hate » (2018), enquêtant sur GI, offre une perspective des discours et des conceptions qui existaient et étaient promus au sein de GI, et le sont toujours au sein des multiples organisations d’extrême droite qui existent aujourd’hui en France, issu de GI, comme Rempart Lyon, ou non.

4 https://www.lefigaro.fr/faits-divers/mort-d-un-rugbyman-argentin-a-paris-qui-est-loik-le-priol-le-principal-suspect-interpelle-en-hongrie-20220323

5 https://actu.fr/hauts-de-france/feuchy_62331/pres-d-arras-fanny-et-sa-mere-agressees-chez-elles-par-un-militant-d-extreme-droite-elles-temoignent_51607110.html

6 https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/des-membres-d-un-groupuscule-neonazi-incarceres-apres-la-decouverte-en-alsace-dun-arsenal-et-de-plus-dune-tonne-de-munitions_14139413/

7 https://unitecommuniste.fr/antifascisme/le-rn-est-il-le-grand-satan-de-2022-1-2/ & https://unitecommuniste.fr/antifascisme/le-rn-est-il-le-grand-satan-de-2022-2-2/

8 On se souvient de ce débat lunaire où M. Le Pen s’est vu contrainte à défendre les musulmans français face à un Darmanin qui ressortait en substance ses références Maurassiennes.

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