Premier tour des législatives : victoire du NUPES ?

À la suite du premier tour des élections législatives, la coalition NUPES est arrivée en tête en termes de voix et arrivée deuxième pour le nombre de circonscription. Nous saluons ce succès important. Il est incontestable. Il a déclenché chez beaucoup un sentiment de revanche après une période sombre pour la gauche parlementaire. Nous pouvons comprendre cet engouement et cette joie relative, même si de notre côté, nous ne croyons pas en la possibilité d’un bouleversement en profondeur par les urnes.

Dans la lutte entre les classe qui détermine l’Histoire, les enjeux sont bien trop importants pour que le pouvoir soit réellement démocratique. La démocratie libérale est une interface entre le pouvoir patronal, bancaire, capitaliste et impérialiste, et la grande majorité du peuple.

La Ve République, issue du coup de force gaulliste en 1958, est construite comme un outil maniable entre les mains de la classe sociale qu’elle sert. C’est d’ailleurs ce que Mitterrand soulignait -avec une dose d’opportunisme- dans son essai Le coup d’État permanent (1964). Les institutions sont architecturées pour servir la stabilité des marchés et poursuivre la domination des exploiteurs. Les marges de manœuvre pour réaliser un programme politique sont donc faibles et les pièges sont nombreux. Nous le verrons aussi, ceux et celles qui appellent constamment au respect du choix des urnes quand leurs candidats sont élus, n’hésitent pas un instant à transgresser tous ces principes lorsqu’une opposition peut grandir.

En dépit de ce constat, il nous faut reconnaître que la campagne de NUPES a été bien réalisée, avec courage et détermination, et qu’elle est aussi le reflet de transformations politiques à l’œuvre dans notre pays. Enfin, elle offre un échappatoire salutaire, même temporairement, face à des débats qui étaient polarisés autour de thématiques d’extrême-droite. En cela, c’est aussi un sursaut idéologique. Il est important de la saluer et de l’analyser.

Transformer l’essai

Première formation en termes de voix, NUPES dépasse à la fois LREM et l’extrême-droite. C’est là un tour de force. Avec 194 circonscriptions dans lesquelles l’alliance NUPES est majoritaire, il existe des opportunités de réaliser une percée. Sans avoir la majorité absolue, ni même relative, un groupe puissant à l’Assemblée pourrait obliger le gouvernement à revoir ses plans de bataille. Mais il faut pour cela parvenir à passer le second tour.

C’est là où la question du « cordon sanitaire » et de l’abstention joueront en plein. Les névroses anticommunistes se manifestent déjà. Chaque fois que la gauche est arrivée en position de force, même modérée, un schéma similaire s’est mis en place. Il faut donc s’attendre à ce qu’une levée de bouclier se fasse, et que l’ensemble des organisations à droite de NUPES fassent cause commune contre les candidats de cette liste. Déja, Olivier Verran déclarait que le « programme de Mélenchon est dangereux », tandis que tous ce que la France contient d’intellectuels et de philosophe de salon dénonçaient un retour du stalinisme. Il paraît donc plutôt logique que les reports de voix soient faibles. L’inconnue sera donc l’abstention, qui a été particulièrement forte. Ce réservoir de voix peut être déterminant pour connaître le nombre d’élus.

Attendre de voir

Mao, avec justesse, parlait des «  balles enrobées de sucre  » qui peuvent être tirées sur les militants et militantes. La cooptation et la corruption induite par le fonctionnement de la démocratie représentative libérale sont des menaces parfois plus grandes que la répression pure et simple. Dans la coalition NUPES, le centre de gravité est pour le moment LFI. Mais cela peut changer pour aller vers une posture plus droitière. Le Parti Socialiste est avarié, mais il n’est pas encore coulé, et la place qu’il occupe  : une alternance «  de gauche  » au pouvoir, est vacante. Rien ne peut indiquer que l’abîme n’engloutisse pas l’alliance. Même un engagement sincère ne prémunit pas contre les déviations et contre le fait de s’engager sur des rails dont on ne connaît que trop bien la destination. Nous verrons bien ce que cela donnera.

Un redécoupage du paysage politique

Cette élection participe à accentuer un redécoupage du paysage politique français. Il finit d’enterrer la logique de bipartisme pour aller vers une configuration avec un centre qui possède une majorité relative, et des ailes qui ne parviennent pas à conquérir l’hégémonie. Cette configuration est soit figée, soit instable. Elle consacre un centre de gravité central, mais elle rend illusoire une alternance durable. Les permutations PS – UMP/RPR…etc. ne sont plus possibles. La machine est grippée et l’absence de soupape de sécurité fait qu’une instabilité politique s’installe. Elle fait passer les crises politiques, dans lesquelles la population ne veut plus être dirigée par tel ou tel courant, au stade de crises de régime  : la population ne veut plus être dirigée comme elle l’est d’un point de vue systémique.

Savoir à qui cette instabilité profitera n’est absolument pas tranché. Elle peut très bien être une porte ouverte pour l’installation d’un nouveau Parti de l’Ordre voire d’un régime terroriste de type fasciste. Elle peut très bien être aussi un espace pour les forces extra-parlementaires de gauche. Elle peut tout aussi très bien retomber platement, devenir un nouveau consensus mou, avec une alternance d’un NUPES devenu un néo-PS avec un centre droit ressuscité.

Si un grand nombre de critères jouent un rôle dans la manière dont les choses vont évoluer, il en est un qui est déterminant  : celui de l’action consciente et organisée de la gauche progressiste et révolutionnaire. Nous sommes les principaux artisans de nos victoires, mais aussi de nos défaites. La question qui se pose, cependant, est celle de la maturité politique  : ne plus être hypnotisé par les victoires réformistes et oubliant immédiatement l’analyse sur l’État et la Révolution  ; mais aussi résoudre les querelles qui existent en notre sein. Ce sont là des luttes en soi à gagner, les premières à gagner pour ensuite en gagner d’autres.

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