Communiqué commun Ukraine-Russie-Bélarus sur la situation en Biélorussie.

Nous retransmettons la position de nos camarades de l’ICOR de Biélorussie « Coin Rouge », de la Russie « Plate-forme Marxiste-Léniniste » et de l’Ukraine « Conseil de Coordination du Mouvement Ouvrier ». Etant directement aux prises avec la question et avec l’impérialisme Russe, leur position est plus tranchée que celle que nous avons pris jusqu’à présent. Leur positionnement tend à prendre bien plus en considération les dynamiques internes du Bélarus, tandis que nous avons tendance à prendre en considération davantage les dynamiques géopolitiques et la mainmise de notre impérialisme. Loukachenko, bien que représentant une certaine indépendance pour le Bélarus, ne s’est pas moins mouillé dans une libéralisation du pays et dans des négociations avec l’occident comme avec la Russie. Nous avons cependant tendance à ne pas placer spontanément sa chute – qui pourrait faire basculer encore davantage le Bélarus dans une orbite ou une autre – au premier plan, par rapport à la question de victoires sociales et politiques dans le cadre actuel. Dans tous les cas, le mieux que nous puissions faire est de militer contre les aventures militaires de notre impérialisme dans ce pays et dans cette région, et à mobiliser et sensibiliser face aux risques de guerre.

“Pour le moment, il s’agit de la chute de Loukachenko”
Déclaration commune de trois organisations de l’ICOR : de Biélorussie « Coin Rouge », de la Russie « Plate-forme Marxiste-Léniniste » et de l’Ukraine « Conseil de Coordination du Mouvement Ouvrier »

Le 9 août 2020, les élections présidentielles régulières ont eu lieu en République de Biélorussie. La campagne électorale a été caractérisée par le fait que les personnages les plus importantes, susceptibles d’influencer le résultat des élections, ont été exclues du champ politique. Les personnes suivantes ont été arrêtées : le candidat à la présidentielle Viktor Babariko, le chef de cabinet de l’une des candidates, et Sergueï Tikhanovskyle, mari de Svetlana Tikhanovskaïa,. La Commission électorale centrale n’a pas compté plus de la moitié des signatures recueillies pour le candidat à la présidentielle  Zepkalo, de sorte qu’il n’a pas été enregistré.

Pendant la campagne électorale, les autorités ont activement empêché les candidats de communiquer avec leurs électeurs en limitant le temps et le nombre de lieux de communication entre les candidats et leurs électeurs. Des arrestations sélectives de citoyens lors des rassemblements électoraux ont eu lieu.

Suite à l’annonce des résultats préliminaires des élections le 9 août 2020, un rassemblement pacifique de citoyens, voulant protester contre la fraude électorale, a été brutalement réprimé par la police spéciale et des troupes du ministère de l’Intérieur avec des balles en « caoutchouc », des grenades éclair et des canons à eau. Des collaborateurs du ministère de l’Intérieur ont dirigé des voitures sur les manifestants et leur ont tiré dessus. La première nuit après les élections, environ trois mille citoyens ont été arrêtés dans diverses villes biélorusses, principalement dans la capitale de la République. Parmi eux se trouvaient de nombreux journalistes, entre autres aussi de la Fédération de Russie et de l’Union européenne, qui étaient venus pour rendre compte du déroulement des élections en Biélorussie. Afin de limiter la diffusion des informations sur les événements dans les rues et la possibilité de mobilisation et d’auto-organisation des citoyens, les autorités ont désactivé Internet, y compris les serveurs proxy et VPN.

L’affrontement entre les citoyens et la milice a duré trois nuits. Pendant cette période, plus de 7 000 citoyens ont été arrêtés, dont de nombreux journalistes, des ouvriers et des militants de divers partis et mouvements, y compris des militants de gauche. L’accès à l’information a été et est toujours fortement restreint. Des centaines de personnes ont été blessées à des degrés divers. Trois personnes ont été tuées : Alexander Taraikovsky – abattu par la milice près de la station de métro Pushkinskaya à Minsk ; Alexander Vichor – battu à mort par des policiers à Gomel, et Gennady Schutow – d’une balle dans la tête à Brest. Plus de 10 personnes sont actuellement portées disparues.

Après la libération des prisonniers, il s’est avéré que les gens avaient été torturés, battus, abusés sexuellement aux postes de police, qu’ils n’avaient pas été autorisés à utiliser les toilettes, ils n’étaient pas autorisés à aller aux toilettes, n’avaient pas reçu de nourriture et seulement peu d’eau et on les empêchaient de dormir. L’assistance médicale n’était fournie que lorsque les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur se rendaient compte qu’autrement le détenu risquait de mourir.

A partir du 12 août, les manifestations sont entrées dans une phase pacifique. Les effectifs des travailleurs ont commencé à parler d’une grève sur tout le territoire de la République contre la fraude électorale et les violences policières. Malheureusement, la plupart des grévistes ont été réprimés. Menaces et licenciements effectifs, menaces d’être obligé de réparer les dommages causés par la grève, expulsions (une part importante des travailleurs et leurs familles vivent dans des appartements et des foyers appartenant aux usines), procédures pénales et arrestations de militants des comités de grève. En particulier : Sergueï Dylewski, président du comité de grève de l’usine de tracteurs de Minsk, et Aleksandr Lavrynowitsch, président du comité de grève de l’usine de tracteurs à roues de Minsk, ont été arrêtés. Actuellement, les travailleurs de nombreuses grandes entreprises dotées d’un comité de grève actif mènent une « grève italienne », démissionnent des syndicats officiels et se préparent à créer leurs propres syndicats.

Les 16 et 23 août, des Marches de protestation ont eu lieu à Minsk, auxquelles plus de 200 000 personnes ont participé. Les Marches ont été soutenues par la plupart des agglomérations en Biélorussie. Les autorités ont fait sortir contre eux des troupes du ministère de l’Intérieur et des milices. Le 23 août, des unités militaires régulières avec des véhicules blindés de transport de troupes et un armement mortel ont été rajoutées. Loukachenko a menacé qu’en cas de “provocations”, il utiliserait des armes létales contre les manifestants.

La situation au Biélorussie change de jour en jour. Nous sommes conscients que ceux qui participent aux manifestations et ceux qui luttent pour le pouvoir, ne travaillent pas tous pour l’idée socialiste. Mais pour le moment, il s’agit du renversement de l’usurpateur qui a restreint au maximum les droits de la population (et surtout ceux des salariés des entreprises) dans le domaine de la démocratie, de la liberté de réunion et de la liberté d’expression. Un personnage qui a changé les droits et libertés de tous les Biélorusses, peu importe leurs opinions politiques, leur religion, leur âge ou leur sexe.

Tout au long de son règne, Loukachenko a tenté de faire passer son pouvoir pour un régime « socialiste » qui plaçait la justice sociale et la protection des citoyens par l’État avant tout. Toutes ces années, il était clair pour les militants de gauche que le régime de Loukachenko n’avait rien à voir avec la justice sociale, car il n’était pas juste de maintenir le prolétariat au travail avec de petits salaires, sans allocations de chômage et sans syndicats libres. L’ensemble du système de pouvoir en Biélorussie est dirigé contre les travailleurs, qui sont totalement privés de la liberté de pensée et de leur propre opinion. 

Les lois sont réécrites de telle manière que le travailleur n’a aucun droit de grève, aucun droit de réunion et même pas le droit d’exprimer son opinion au travail. 

Il peut être licencié à cause de toutes actions ou déclarations, dépouillé de son salaire additionnel s’ajoutant à son misérable salaire et de sa maison ; ses enfants peuvent être placés sous la tutelle de l’État. Ce que Loukachenko appelle un « État-providence » est en fait un camp de concentration avec des allègements économiques pour que les gens acceptent la voie de l’État.

Malgré les protestations et l’apparente illégitimité du régime actuel, il est toujours possible qu’il persiste. Il peut rester à flot par la violence armée et la propagande. Mais dans les six prochains mois, il devra faire face à une vague massive d’émigration, à une dévaluation et à une détérioration catastrophique du niveau de vie de la population, ce qui conduira à une nouvelle vague de protestations et au renversement du régime.

Avec détermination, nous disons non :
– à l’usurpation du pouvoir
– à la fraude électorale
– aux violences policières
– aux violations des droits de l’homme
– à la violation de la liberté de réunion

Loukachenko et ses partisans ne sont même pas des tigres en papier, mais juste une ombre. Et les premiers rayons du soleil suffiront pour disperser celle-ci. Vive la Biélorussie !

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