Grève sanitaire dans l’Éducation Nationale.

Cette grève a été initiée à l’appel de la très large majorité des syndicats enseignants. Elle réclame non seulement un vrai protocole, protecteur, efficace, mais également que soient enfin pris en compte de nombreuses revendications salariales et de condition de travail. Enfin, il est impossible de séparer cette lutte du contexte lié à l’assassinat de Samuel Paty, qui pèse lourd dans les consciences.

La colère face à l’incompétence.

La position du ministère sur le protocole a été d’un ridicule achevé. Cela a contribué à dégoûter les rares enseignants qui pouvaient accorder du crédit au modèle éducatif défendu par Blanquer.

Le ministère, plus avide de reconnaissance médiatique que d’efficacité, a fonctionné en parlant systématiquement à la presse avant de s’adresser à la communauté éducative. Ainsi, régulièrement, les responsables d’établissements, les enseignants, mais aussi les personnels administratifs et d’entretien découvraient sur BFM-TV les nouvelles règles à adopter. Dans la précipitation à communiquer, Jean-Michel Blanquer s’est également maintes et maintes fois contredit d’un jour sur l’autre ou a vu ses décisions annulées par d’autres acteurs du gouvernement. Il ne peut ressortir de cela qu’un sentiment de pagaille, de désorganisation et de mépris, tant envers les élèves qu’envers ceux et celles qui les accueillent.

Quant aux protocoles en tant que tels, les règles établies ont toute été soumises au «  dans la mesure du possible  ». Un ajout qui, de fait, signifie que le ministère se défausse de toute responsabilité sur les établissements et qu’il ne compte pas adjoindre de moyens supplémentaires. Autour du #balancetonprotocole de nombreux acteurs et de nombreuses actrices de l’éducation en ont montré la réalité. Classes surchargées, couloirs bondés, cantines scolaires fonctionnant comme en temps normal… Les établissements, construits pour être des lieux de contact et d’échange, ne se prêtent que très mal à un exercice aussi difficile. Mais, l’essentiel est là  : le gouvernement peut faire mine d’avoir rempli sa part du contrat. Comme l’écrivait Jean Jaurès dans sa fameuse lettre – non tronquée  !  : «  Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence !  ».

Derrière les discours  : le mépris.

Car ce sont bien les apparences qui sont sauves. Apparence de soutenir l’éducation après l’assassinat de Samuel Paty, apparence de protéger notre santé, apparence d’être compétents… Alors que ces individus n’ont que mépris pour l’éducation. Nous rappelons que le 27 août Macron déclarait son mépris pour la fonction, considérant que les recrutements ne serviraient à rien pour «  redresser le pays  ».

Le ministère ne reconnaît pas le fait que les lieux d’éducation soient des lieux de contamination. Pour conjurer le problème, il refuse de le regarder. Cette négation constante se paie aujourd’hui par les taux de contamination extraordinairement élevés en France. Elle contribue à alourdir le bilan sanitaire, tant en termes de morts qu’en termes de personnes qui auront tout au long de leur vie des séquelles physiques, morales ou neurologiques de l’exposition au virus.

Cette responsabilité, qui confine au crime, doit être soulignée  !

Pour ne pas voir la grève, le gouvernement minimise son ampleur. Il n’a noté qu’entre 8 et 10  % de grévistes quant le SNES-FSU, principal syndicat, en notait 20  % dans le primaire et jusqu’à 45  % au collège. Dans les lycées, sommés de s’adapter à un protocole généré en urgence, il a fallu souvent choisir entre se réunir pour organiser celui-ci et faire grève. Cette prise en otage des enseignants, coincés entre leurs revendications salariale et l’injonction morale de penser avant tout aux élèves fait des ravages. Elle empêche, précisément, qu’ils et qu’elles soient réellement défendus. Le «  moindre mal  » frappe à nouveau.

Le climat d’angoisse.

Le climat sécuritaire joue aussi un rôle dans ce malaise profond. L’assassinat de Samuel Paty laisse des séquelles. Un climat de méfiance s’instaure entre élèves et enseignants. Il en résulte des dénonciations invraisemblables d’enfants de 10 ans ou de 8 ans, accusés de faire l’apologie du terrorisme. Ces affaires ont mis en exergue un traitement différencié des élèves en fonction de leurs origines ou opinions  : une menace de mort par un élève issu d’une famille musulmane est immédiatement attribuée au terrorisme, tandis que si la religion est absente de l’équation, il ne s’agit que d’un petit accrochage.

Le fait est que l’école est l’un des lieux de la rencontre entre les contradictions de la société capitaliste et néo-coloniale. Inégalités d’origine, de richesse, d’avenir. (Il faut noter cependant que la grande bourgeoisie s’isole de l’équation  : elle a ses propres réseaux d’éducation.) À cela s’adjoint un autre acteur  : l’État, incarné par l’administration et l’enseignant & enseignante. Que ce soit conscient ou réalisé inconsciemment, ceux-ci répercutent les commandes de l’État. Ces commandes impliquent des normes sociales et des exigences qui sont le reflet de la position idéologique de l’État. Cette normalisation – parfois clairement brutale – entraîne donc des conflits qui se répercutent sur les enseignants & enseignantes et dont ils sont victimes. Mais il est illusoire, à moins de carcéraliser l’enseignement, que ces contradictions, et donc ces violences, disparaissent.

Cette angoisse est utilisée cyniquement par le ministère, dont la conception de l’éducation est un curieux mélange d’autoritarisme traditionnel et de prestation de service très capitaliste.

Réformer, toujours.

Derrière cela, en sous-main, le ministère ne stoppe pas la machine à réformer. Déja Macron avait instrumentalisé le «  grand débat  » de 2018-2019 pour essayer de détourner les revendications des Gilets Jaunes vers ses propres objectifs. Aujourd’hui, Blanquer fait de même. La mise au rancart des examens du Bac et des E3C lui permet de passer à un contrôle continu de facto. Le fait de laisser les administrations se débrouiller face à la crise renforce également l’autonomie des établissements, qui est le projet des libéraux depuis Fillon en 2005.

Par ailleurs, nous ne pouvons pas ne pas parler de la poursuite de l’offensive dans le secteur de la santé. Les besoins médicaux actuels sont immenses, mais ils sont vus comme étant un temporaires pour le gouvernement. Pendant que nous avons les yeux rivés sur la pandémie, une nouvelle offensive se prépare. Elle vise à racler à nouveau jusqu’à l’os les hôpitaux et à prévoir des licenciements supplémentaires dans ce domaine. Le monde de demain risque fort d’être bien pire encore qu’hier.

Les luttes, elles aussi, en pâtissent.

La mise au pas du pays par la mise au pas de l’éducation.

Quant à la mobilisation lycéenne, celle-ci, que ce soit à Lyon ou Saint-Nazaire, a été impitoyablement réprimée. La police, qui sait qu’elle est soutenue avec vigueur par son ministère ( – elle  ! – ) n’a pas hésité à déployer la tactique de la nasse suivie d’arrestations au nom d’un outrage & rébellion fort pratique.

De même, il n’est pas possible de ne pas conclure ce bref communiqué sans parler de la situation dans l’Enseignement supérieur. Après la mise au pas des doctorants et des chercheurs & chercheuses, c’est au tour des étudiants d’être pris pour cible. Mettant fin à la tradition de la «  franchise étudiante  ». Celle-ci voulait que l’université soit un lieu dans lequel la police n’intervient pas et dans lequel la communauté universitaire demeure un espace sanctifié. Si, dès 2007, les interventions de la police sont devenues sans-cesse plus nombreuses et plus brutales, il n’existait pas de délit à proprement parler dans le fait d’occuper une université. C’est désormais chose faite  : 45 000 € d’amende et 3 ans de prisons peuvent être requis.

Cette mise au pas du pays ne peut pas ne pas être considérée comme des mesures préparatoires ouvrant la voie à d’autres transformations dans l’arsenal judiciaire. Aujourd’hui, même l’État de droit est ouvertement remis en cause  !

Nous défendons une conception de l’éducation comme étant gratuite, laïque, critique et populaire. Nous considérons que les revendications concernant une qualité d’encadrement, de formation, et lieux d’éducation sont justes, d’autant plus dans le climat de crise actuel. Nous condamnons également la forme du programme d’histoire-géographie-EMC, programme notionnel chargé de formater les élèves à accepter la façade de démocratie actuelle. Nous réclamons une éducation réellement critique, permettant aux élèves de posséder des clés de compréhension du monde.

Mais même en perfectionnant ce qui existe, il ne sera pas possible de faire de l’école un lieu d’émancipation tant que le capitalisme et la reproduction des inégalités existe. Le bouleversement éducatif aura lieu au moment même du bouleversement social et politique.

Dans l’intervalle, il nous paraît important d’appuyer cependant certaines revendications essentielles et immédiates :

  • Fin du financement public des écoles privées.
  • Fermeture des établissement et filières « de prestige » destinés aux enfants de la bourgeoisie.
  • Mise en place d’une réelle laïcité : abrogation du concordant de 1801 en Alsace-Moselle.
  • Embauche massive de personnel éducatif & administratif.
  • Rénovation des lieux d’éducation.
  • Riposte à la politique du gouvernement !

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