A fronts renversés.

Avant-hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, ont débattu. Un débat entre droite et extrême-droite en somme. Sauf que les distinctions entre les deux paraissent de plus en plus floues, de plus en plus indiscernables.

Il paraît loin, le débat de 2017, classique, simple, entre droite libérale et droite fasciste. Le débat Darmanin – Le Pen préfigure une nouvelle phase politique pour la France.

C’est une bataille à front renversés.

La droite élargie contre la boutique.

Deux trajectoires divergentes se rencontrent.

D’une part un RN qui, finalement, peine pour trouver la stratégie gagnante. La boutique familiale, qui s’est nourrie de son rôle d’outsider, d’opposition grognante, ne parvient toujours pas à passer pour un parti d’État, capable de gouverner. Il atteint le sommet de sa formule et ne progresse plus que marginalement. Pour gagner encore quelques voix, il se dédiabolise à tout va, tout en espérant ne pas perdre son identité, pour ne pas se couper de sa base historique  : les déçus, les déclassés, les perdus, les isolés… ceux qui peuvent être happés par son discours qui monte les uns contre les autres.

A l’inverse, Darmanin incarne le rêve secret d’une partie de la droite  : celui de la droite élargie, d’un nouveau Parti de l’Ordre, hégémonique du centre à l’extrême-droite, massif, immense…et sans vergogne. A l’image de celui qui l’a présenté dans ce débat.

Cette droite, Darmanin en est le parfait avatar. A t’il la moindre idée personnelle  ? La moindre conviction  ? Difficile à dire. Le député Charles De Courson l’avait décrit ainsi  : «  c’est un opportuniste, au sens étymologique du terme. Il s’adapte aux circonstances, sans grande convictions  ». Plus explicite, Christiane Taubira l’avait frappé de sa verve proverbiale  : “Lorsqu’une personne est à ce point pauvre, indigente moralement, politiquement, culturellement, lorsqu’une personne est à ce point indifférente aux dégâts considérables qu’il peut produire par ses paroles qui sont des insultes, qui sont surtout des déchets même de la pensée humaine, je n’en attends rien”.

Dans son rapport avec les autres, en particulier avec les femmes, il a tout du prédateur opportuniste. Il flaire la faiblesse, il sait l’exploiter sans la moindre once de vergogne, tout en en tirant, on ose le supposer, une fierté dominatrice.

Dans le débat, il ne s’est pas gêné pour aller plus loin, pour être plus agressif, plus brutal dans ses propos que le RN. Le visage de Marine Le Pen, au cours de ce débat, dit tout  : elle est ébahie de voir un adversaire «  centriste  » plus agressif et plus brutal qu’elle. Au lieu de parler du salafisme, au lieu de parler du fondamentalisme, de la radicalisation, Darmanin cible directement l’Islam, les musulmans, les musulmanes. Comparativement, Le Pen est passée pour une démocrate bon teint.

Il n’en pense probablement pas grand-chose. Mais il sait flairer l’occasion. Il sait que ses arguments, sans cesse martelés depuis plus de vingt ans, trouvent un auditoire. Il ouvre même grand les vannes de la haine  : lui, ministre de l’intérieur d’un gouvernement centriste, il avalise la haine la plus crasse, l’intolérance. Il la légitime. Il pousse tous les autres à se polariser autour d’elle.

Et tous ceux, toutes celles, qui seront entraînés dans son sillage seront éclaboussés, pataugeront dans la même boue infâme. Telle Marie-Georges Buffet, du PCF, qui se retrouve a poser des amendements pour que les résultats d’une enquête sur les « dispenses de piscine de complaisance  »… pour demander à ce que les résultats soient publics.

La triste présidentielle  :

L’avenir se décide bientôt. Que nous le voulions ou non, la présidentielle qui se prépare sera cruciale. Son centre de gravité se dessine aujourd’hui  : il sera la question musulmane. Et, autour de celle-ci, s’adjoint son compagnon d’infortune, qui lui est artificiellement amalgamé  : le débat sur la sécurité.

En dernière instance, nous pourrions même écrire que c’est l’islamo-gauchisme qui est le cœur de la prochaine présidentielle. L’islam comme paravent, mais, dans le fond, l’étranglement des classes dangereuses, l’écrasement de ceux qui veulent un avenir meilleur. Plus la crise économique s’approfondit, plus la crise politique couve.

Finalement, le «  barrage  » contre le RN est devenu une synthèse. Le fait que le programme économique, politique, social de l’extrême-droite soit déjà au pouvoir montre une chose  : ce qui est déterminant, ce sont les intérêts des exploiteurs. Ils donnent le ton, dictent leur loi. Le durcissement de la politique est simplement une manière de le faire accepter à une population qui n’en peut plus, qui n’en veut plus.

Même la gauche réformiste, inoffensive, est absente. Elle ne parvient pas à imposer sa présence sur les plateaux de télévision et dans les médias. Et quand elle parvient à le faire, elle est quasiment inaudible. Elle ne parvient pas à marquer de points notables.

Le spectre du communisme.

Dans ce débat, au lieu d’être le spectre, l’esprit frappeur, mentionné par Marx, le communisme est un bien fade fantôme. La situation actuelle est pourtant prévisible. Dès avant 2017, nous déclarions que la victoire au centre obligerait à un affrontement brutal lors des prochaines élections. Aujourd’hui, nous voilà dans l’antichambre de la catastrophe. Le quatre années qui viennent de s’écouler ont permis un relatif développement des organisations communistes. Mais l’étape supérieure, celle qui permet un vrai bond qualitatif, qui réunisse les forces qui veulent se battre, n’a pas été franchie.

L’année qui s’écoule doit être sous le signe du travail commun, de l’unité, de la volonté d’unification. Nous en faisons notre Delenda Carthago1, notre mantra, notre obsession. Nous sommes en face de nos responsabilités, en tant que communistes, en tant qu’antifascistes, en tant que militantes et militants. Nous ne pouvons nous en défausser sur d’autres. Notre faiblesse est de notre faute, intégralement.

Ne laissons pas notre pays devenir une terre fasciste, que ce soit sous la férule d’un RN ou d’un candidat d’une coalition répugnante. A nous de faire porter le débat ailleurs. A nous de sortir de jeux truqués, qui ne visent qu’à choisir qui sera l’administrateur de la dictature des exploiteurs.

Nous avons la possibilité de réclamer la notre fraction du pouvoir réel. Nous l’avons vu dans les AG de Gilets Jaunes. Ces embryons de démocratie populaire existent. A eux de devenir le véritable pouvoir  ! A eux d’être l’opposition extra-parlementaire  !

1Delenda Carthago est une locution latine traditionnellement attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet. (Source, Wikipédia)

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