Le COVID-19 est il une « maladie communiste » ?

While the pandemic’s final human toll is still unknown, those who have perished from the outbreak must be included in the global count of 100 million deaths at the hands of Communism,

“Alors que le bilan humain final de la pandémie est encore inconnu, ceux qui ont péri de l’épidémie doivent être inclus dans le compte mondial des 100 millions de morts des mains du communisme,”

La Victims Of Communism Memorial Foundation, fondation américaine conçue pour commémorer les victimes du communisme, a déclaré aujourd’hui un fait important et significatif. Elle intégrera désormais les morts et mortes du coronavirus dans sa comptabilité des «  crimes communistes  ».

Cette déclaration peut surprendre. La fondation le justifie en considérant que la Chine et son gouvernement ont menti sur l’ampleur de la maladie et qu’ils ont sciemment mis le monde en danger. Aux yeux de ses rédacteurs, cela en fait donc un crime par essence lié au communisme.

Pour l’Unité Communiste de Lyon, cette déclaration, qui ressemble à une farce de premier avril, est illustrative d’une certaine conception des choses.

  • La fondation est une officine qui répercute les positionnements d’une partie de la bourgeoisie US, de la frange la plus réactionnaire. Elle instrumentalise des souffrances réelles pour appuyer des projets politiques impérialistes. L’un d’entre eux est la guerre économique entre USA et Chine, qui date d’avant le COVID-19.
  • En fait respect des «  victimes du communisme  », il s’agit d’une instrumentalisation de tragédies dans un but cynique. Cette fondation produit d’ailleurs régulièrement des communiqués qui appuient les revendications de réactionnaires fascistes. Cela va des nostalgiques ukrainiens de Stepan Bandera ou des soutiens à la SS lettone. Ils sont également des promoteurs de la thèse d’une intentionnalité dans les famines soviétiques, reprenant l’idée d’un «  génocide de classe  » ou de l’holodomor. Ces thèses sont pourtant tombées en désuétude à l’ouverture des archives.
  • Elle s’inscrit dans une stratégie d’attaque, laquelle sous tendait la résolution européenne prise durant l’été 20191. Cette résolution avait pour but de provoquer la Russie de Poutine, Russie anticommuniste au demeurant, en l’obligeant à avaliser une vision du passé qui la mettait sur le même plan que le IIIe Reich. Il est d’ailleurs possible de retrouver nos analyses sur cette question, tant de manière synthétique2 que de manière beaucoup plus détaillée.3

Il est possible d’avoir un regard critique sur l’histoire des États socialistes. Elle n’a pas été une histoire faite de calme et de repos. Elle a été un combat. Nous ne nions pas que ce combat, cette lutte, a parfois causé des dommages terribles, a parfois fait périr des innocents et des innocentes, a parfois été tâché de sang. Mais la construction mentale qui vise à considérer que ceux-ci étaient l’objectif premier, le but de ces États et de leurs directions, est une construction bancale, basée sur du vent.

Nous avons toujours cherché à comprendre et à expliquer les périodes les plus difficiles. Expliquer n’étant pas justifier, nous considérons qu’il faut reconnaître des erreurs profondes et dramatiques. Nous nous désolons qu’elles aient pu causer des victimes. Nous comprenons que cela puisse susciter des réactions de rejet.

Comprendre et expliquer ne sont, en revanche, absolument pas ce qui est recherché par la Victims Of Communism Memorial Foundation. Elle se moque des morts, elle se moque des raisons, elle se moque des causes. Ce qui l’intéresse est d’instrumentaliser les douleurs, de se repaître des morts, de s’en servir comme marchepied pour ses propres objectifs. Des objectifs cyniques.

Il s’agit d’une méthode classique d’amalgame, il s’agit de confondre les responsabilités et d’en faire un bloc.

Nous n’analysons pas la Chine comme un État socialiste ou comme promouvant le communisme. S’il existe des aspects socialistes dans l’économie chinoise, ces derniers ne sont pas prédominants. Surtout, le socialisme ne peut être pensé que comme une transition vers un but  : le communisme. Surtout il ne saurait être pensé en dehors de la question de savoir quelle classe est au pouvoir.

En Chine, dire que le prolétariat exerce le pouvoir est une vision fausse.

Depuis que Xi Jinping exerce le pouvoir, par ailleurs, l’évolution penche d’avantage vers la droite que vers la gauche. Avant, lors de la direction de Hu Jintao, beaucoup plus social-démocrate, il existait encore un espace pour la nouvelle gauche4, pour qu’elle s’exprime. Il recherchait d’ailleurs plutôt le compromis dans les conflits sociaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Enfin, que dire de la stratégie internationale de la Chine et du fait qu’elle exporte des capitaux partout et consent des prêts usuraires à ses alliés avant de mettre la main sur des secteurs clé de leur économie ?

Mais faisons nous l’avocat du diable.

Considérons la Chine comme menteuse et défaillante dans sa gestion de la crise. C’est possible que le bilan humain soit beaucoup plus lourd que celui qui est annoncé. C’est également le soupçon qui pèse sur la plupart des États.

Cependant  :

  • Les voies par lesquelles l’épidémie s’est répandue sont les voies de la mondialisation, non une opération téléguidée par Beijing. Ces mêmes voies de la mondialisation sont précisément celles qui sont unanimement saluées par les libéraux.
  • Les États qui sont les plus touchés aujourd’hui sont parmi les États les plus puissants de la planète. Ils ont traité cette épidémie chinoise avec morgue et mépris, la considérant comme une maladie du tiers-monde et ont pris des mesures tardives – particulièrement les USA, pour limiter celle-ci.
  • Du point de vue de tous ceux et de toutes celles qui sont rentrés d’Asie, l’attitude générale des États d’occident a été un choc  : absence de mesures prophylactiques, absence de prévention…
  • Même des super-capitalistes comme Bill Gates travaillaient d’arrache-pied à avertir du risque de pandémie mondiale. Elle était prévisible. Rien n’a été fait.
  • La mortalité liée à la saturation des hôpitaux et à l’épuisement du personnel hospitalier est de la responsabilité des États seuls. Contrairement aux «  rumeurs  » il n’existe aucune agence supranationale qui dictait ses ordres à la France ou aux USA, il s’agissait d’un choix délibéré. Ni l’UE (qui, dans sa Constitution, est neutre sur la propriété des moyens de production, voir son article 3455) ni les accords de l’OMC (que la France transgresse allègrement sur d’autres points) n’obligeaient à ces privatisations. Il s’agissait d’un choix politique dont les partis au pouvoir sont intégralement responsables. Et le PS, EELV, LR ont tous suivi cette ligne.
  • Le fait que les USA soient désormais les premiers en termes de morts est révélateur. Révélateur de la faillite complète de leur système de santé et de leurs droits sociaux. De plus, économiquement, leur situation se rapproche de la catastrophe. Et la transcription politique de cette crise se fera très certainement par un durcissement brutal de l’attitude des gouvernements de ces mêmes pays. Comme illustration de la supériorité du capitalisme, il est difficile de faire moins convainquant.
  • Il est possible de blâmer la Chine pour certains aspects, mais elle a globalement joué le jeu en avertissant rapidement et en faisant d’ailleurs démonstration de sa force dans la construction d’hôpitaux de campagne en un temps record. L’accusation selon laquelle la Chine noyauterait l’OMS est une accusation dont la véracité n’est pas démontrée.

Ce type d’amalgame fait par la Fondation rejoint d’ailleurs ceux qui sont faits sur l’histoire du communisme et de ses 100 000 000 de morts. Ils imputent l’intégrale responsabilité de tout ce qui peut arriver de néfaste dans le monde à l’existence de forces antagonistes.

Ainsi, par le passé, ce type de tour de forces à pu être observé à plusieurs reprises.

  • Pour l’historien fascisant Ernst Nolte, les crimes nazis étaient la réponse aux crimes communistes, et donc la Shoah était, en tout premier lieu, causée par le communisme. Si Nolte se servait de cela pour réhabiliter en catimini le fascisme, d’autres, comme François Furet, se sont contentés d’une simple équivalence.
  • Pour des gens comme Stéphane Courtois, directeur du Livre Noir du Communisme et «  historien  » de référence de la bourgeoisie, il y a une obsession. Obsession de trouver les 100 millions de morts, quitte à tout mélanger. Ainsi, il n’hésite pas à intégrer les 27 millions de morts de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie. Les civils assassinés, les juifs tués sont donc des «  morts du communisme  ». Par ailleurs, Courtois intègre aussi dans les morts les «  âmes perdues  », c’est à dire le déficit de natalité. C’est un crachat sur ces morts tragiques, engloutis par l’impérialisme.
  • Pour un grand nombre d’acteurs politiques, les crimes coloniaux sont justifiés par le fait de protéger le monde d’une infection communiste. Cela justifiait tant les exactions commises par les anglais en Grèce et en Malaisie, les assassinats en Allemagne, la mise en œuvre de dictatures en Amérique du Sud, les crimes français en Algérie, Afrique, Indochine… Cela justifie aussi les régimes d’apartheid et de ségrégation. Les morts de ces crimes sont également imputés au communisme par certains extrémistes.

Ce communiqué s’inscrit dans une campagne de fond contre le communisme et contre les forces progressistes et révolutionnaires. Il s’inscrit également dans une géopolitique cynique et méprisante. Dans un sens, il est un prélude à une politique générale de la part des États d’occident pour la période de l’après  : une volonté de détourner les masses populaires du renversement du capitalisme, en criminalisant sa seule alternative réellement viable. Une volonté également de mobiliser les esprits en vue du monde géopolitique de demain  : un monde fragmenté en groupes ennemis.

Le ridicule de la démarche, cependant, tend à nuire à la cause anticommuniste. En amalgamant tout et n’importe quoi, ces fanatiques montrent que leur capacité à analyser les choses se réduit à des tours de passe-passe. Leur rhétorique leur permet de gagner du temps, uniquement du temps. Car la crise sanitaire ne fait pas ralentir la roue de l’histoire, au contraire. Elle accélère la décomposition des impérialismes les plus vulnérables.

Nous avons défendu et nous défendons toujours la plus grande transparence, le rejet de l’amalgame, la volonté de poser un constat scientifique sur notre histoire.6La reductio ad absurbum qu’ils font eux-mêmes de leur propre vision du monde montre que ce n’est pas le cas de nos adversaires. Cependant, il nous faut reconnaître que l’ONG Mémorial et toute la gangrène qu’elle représente, a, pour un temps, gagné la bataille idéologique.

L’opinion majoritaire ou médiane, en effet, a assimilé, en France et dans nombre de pays du moins, la criminalisation du communisme, qui avait elle-même pour motif de conjurer l’idée même de révolution et de servir le “There is no alternative” du capitalisme.

Il n’y a malheureusement rien d’étonnant à ce que l’idéologie de la classe dominante, la bourgeoisie, soit elle-même l’idéologie dominante dans la société, du moins tant que la domination bourgeoise tient bon. Marx en son temps avait bien analysé ce fait.

Cependant, la criminalisation du communisme a laissé, chez beaucoup de gens, un goût amer. L’idée même de progrès, l’idée que l’humanité puisse tendre vers un mieux, est remise en cause. Le pessimisme est à son comble, et celui-ci a d’ailleurs trouvé son paroxysme dans la popularité de la “collapsologie”, si à la mode, dite théorie de l’effondrement. L’être humain n’a plus de perspective.

Le philosophe Jean-Paul Sartre, compagnon de route des communistes, sans l’être lui-même, avait pressenti cela. Il avait dit que sans le communisme, l’humanité ne serait guère différente des termites, c’est à dire sans conscience de soi, sans perspective collective, sans horizon autre que la survie au jour le jour.

Comme pour y faire écho, le philosophe allemand Ernst Bloch avait dit que le pire régime socialiste vaudrait toujours mieux que le meilleur régime capitaliste, car il maintient le “principe d’espérance”.

Aujourd’hui, le coronavirus est en train de mettre à l’épreuve toutes les sociétés du monde capitaliste, d’en révéler au grand jour les faiblesses. Le fait que, n’ayant rien compris à ce qui arrive, l’ONG Mémorial puisse ainsi se couvrir de ridicule en ressortant de vieilles rengaines moisies et totalement décalées par rapport aux attentes de la société est hautement révélateur.

On ne fait pas l’économie de l’histoire. Dans la théorie de Marx, il existe aussi une forme “d’inconscient marxiste” (qui d’ailleurs n’est pas forcément contradictoire avec l’inconscient freudien). Selon leur position dans la société de classe et la fonction qu’ils occupent, les individus peuvent, sans en avoir conscience, réaliser des tendances qui sont l’expression des lois de l’histoire, et de la lutte des classes. Autrement dit, avec ou sans une conscience claire, le communisme reste d’actualité, peut-être plus que jamais.

Il se trouve en réalité qu’à travers différents mouvements de fond dans la société, qu’il s’agisse de la contestation des “1 %” et des plans d’austérité, des mouvements écologiques grandissants, de la montée en puissance de la contestation du patriarcat, de la revendication d’une démocratie directe et de bien d’autres façons, un nombre croissant de personnes, tout en se refusant à endosser le communisme, tendent, chacun à leur manière, à un projet de société qui se rapproche, dans le fond, des fondamentaux du programme communiste.

Les militants et les militantes formés aux fondamentaux du marxisme continuent d’avoir un rôle à jouer, une responsabilité. En être à la hauteur n’est pas chose aisée, vu l’immensité de la tâche. La situation continuera probablement de prendre des tours inattendus. A nous de penser stratégiquement, de nous donner de l’ambition, de faire vivre ce que nous avons appris avec esprit d’initiative, souplesse et créativité face à cette multitude de situations, et de penser en acteurs (et non en spectateurs) de l’histoire qui s’écrit.

Nous dénonçons ces fanatiques anticommunistes de l’ONG pour ce qu’ils sont : des ennemis de la libération des peuples, des ennemis de la libération des classes. Nous rejetons leurs analyses injurieuses, insultantes. Si les impérialistes, les réactionnaires, les fascistes, veulent faire le bilan du coronavirus, des maladies, des guerres, des famines, nous les aiderons volontiers à ne pas en oublier un seul. Car leurs responsabilités sont écrasantes dans cette crise. Et leur appétit de sacrifice aussi.

Xie Fuzhi & E. Vertuis

1https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html

2https://unitecommuniste.fr/international/repondre-a-lanticommunisme/ et https://unitecommuniste.fr/communiques/resolution-anticommuniste-une-reponse-rapide/

3https://unitecommuniste.fr/histoire/23-aout-1939-la-decision-terrible-1-3/

4Par nouvelle gauche nous entendons ce qui est parfois nommé en Chine «  néo-maoïsme  ». Il s’agit d’un mouvement qui se nourrit de l’héritage de la révolution culturelle. Il est présent dans les luttes sociales, les grèves ouvrières, les mouvements paysans, regroupe aussi des intellectuels et différents groupes militants pour beaucoup clandestins, et défend le retour de la Chine sur la voie d’un socialisme authentique. Ce mouvement est la principale force de contestation en Chine, de très loin. Ses militants sont victimes d’une répression bien plus forte que celle qui touche les prétendus “militants des droits de l’homme” sponsorisés par l’occident que nous voyons dans les médias occidentaux. Nous avons d’ailleurs relayé certaines de leurs luttes : https://unitecommuniste.fr/lutte/solidarite-avec-les-travailleurs-de-lusine-jiashi-shenzen/

5«  Les traités ne préjugent en rien le régime de la propriété dans les États membres.  »

6https://unitecommuniste.fr/non-classe/la-bataille-pour-lhistoire/ mais aussi https://unitecommuniste.fr/histoire/100-millions-sinon-rien-premiere-partie/ toujours en cours de rédaction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *