Mauvais climat.

Le temps est franchement mauvais en France et ailleurs. Ces nuages noirs sont à la fois physiques et métaphoriques.

A Lyon, nous avons pu voir que les phénomènes extrêmes sont de plus en plus fréquents. Torrents de pluie, inondation et orage de grêle ont frappé la région. A Annonay, en Ardèche, une tornade a pu être observée en train de se former. Heureusement sans conséquence. Mais d’autres n’ont pas eu cette chance.

En revanche, en République Tchèque, c’est même une tornade qui s’est formée, ravageant le village de Hrusky, causant 3 morts et 60 blessés. Des vents de 322 km/h ont été relevés. Le maire du village a ainsi déclaré  : « C’est l’enfer sur terre ». D’autres phénomènes du même genre ont frappé le reste de l’Europe centrale. L’Europe découvre un climat de mousson inconnu habituellement.

Beaucoup plus au sud, le glacier Thwaites suscite une inquiétude importante. Il est le rempart qui protège toute une partie de l’Antarctique du dégel. Ce monstre se détache progressivement sous l’influence de courants chauds, lesquels sapent les attaches qui le relient au fond marin. A lui seul, il pourrait représenter une hausse de 65cm du niveau des océans. Ces éléments épars sont l’expression d’un phénomène d’ampleur dont on ne peut ignorer l’existence. Le réchauffement climatique n’est plus une abstraction, il est une réalité visible, qui s’accélère.

Le GIEC (Groupe Indépendant d’Étude sur le Climat) vient d’ailleurs de rendre un rapport à l’ONU. Ce rapport est terrifiant puisqu’il laisse entendre que les possibilités de survie de l’humanité sont en train d’être atteintes. Le rapport est laconique  : “La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas.” Tous les compartiments de la vie sont atteints. Accès à l’eau douce, accès à l’alimentation, protection contre les chaleurs…Mais aussi pauvreté, faim, maladies… Le rapport se conclut ainsi  : “Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement.

Nous sommes donc, en plus de la pandémie toujours active, toujours capable de rebondir, face à des enjeux immenses, écrasants. Des enjeux qui sont centraux par rapport à notre avenir. Mais des enjeux qui, à l’heure actuelle, peine à trouver leur place. Il suffit pour cela de regarder la vie politique française, elle aussi saturée de nuages noirs.

Entre deux tours.

Quelles élections passionnent moins que les régionales  ? Peut-être les européennes, et encore. Avec une abstention entre 65 et 85  %, beaucoup ont boudé l’offre politique faite pour le renouvellement des régions. Il faut dire qu’elles ont été peu médiatisées, que les enjeux sont méconnus, mais également que l’offre politique est massivement rejetée par les électeurs et électrices.

Mais, cela n’empêche pas celles-ci d’avoir une certaine importance  : elles les régions possèdent certaines prérogatives politiques et économiques locales. Elles sont aussi un moyen pour les partis d’engranger de l’argent et de posséder des voix en plus pour les sénatoriales. Pour nous, qui sommes dans une posture extra-parlementaire, elles sont une chambre d’écho des stratégies des organisations parlementaristes.

Or, aujourd’hui, qu’observons nous  ? Nous pouvons voir que l’implantation de l’extrême-droite reste relativement fragile, faute de relais locaux. Ce n’est pas négatif. En revanche, nous voyons aussi un climat politique particulièrement violent. Dans certains cas, on entend même des discours qu’on aurait cru remisés depuis la fin de la Guerre Froide. Ainsi, en Île de France, où la coalition PS-EELV-LFI pourrait l’emporter, bon nombre de personnalités sont montés au créneau. Des anciens PS, comme Manuel Valls ou Jean-Paul Huchon ont appelé à voter pour la candidate LR Valérie Pécresse pour empêcher la victoire de « gens irresponsables, irréfléchis et beaucoup trop idéologues ». Pour l’ancien ministre de l’intérieur, revenu de l’extérieur, s’allier à Jean-Luc Mélenchon, lui-même ex-PS, est une «  faute morale  ».

Pour Valls, cette liste est toxique car elle condense « les ambiguïtés, les compromissions de membres des listes de La France insoumise en Ile-de-France avec l’islamisme, par rapport à la lutte contre l’antisémitisme, au soutien aux policiers, sur la laïcité ». Nous en sommes presque revenus à 1972 et la menace du totalitarisme lorsque Mitterrand était candidat de la gauche parlementaire coalisée. En revanche, Jean Sol, candidat de LR aux élections départementales, est prêt à travailler avec le RN. Cela ne choque plus. De toute manière, il devient difficile de discerner, dans l’application des politiques, la séparation entre droite classique et extrême.

Cette médiocrité des discours, ces invectives paranoïdes, contribuent a alimenter un climat d’ensauvagement. Nous employons ce terme à dessein. Il fait partie désormais du vocabulaire d’un ministre de l’Intérieur sans vergogne. Dans sa bouche, il sert à montrer que la société est devenue plus violente, et qu’il faut la gérer par des expéditions punitives. A ses yeux, le RN est devenu mou, et il se fait fort de le remplacer. Et cela même si c’est le sentiment, et bien le sentiment, d’insécurité qui a augmenté, et non les violences.

Nous, nous l’employons dans un autre sens, dans celui qu’employait Aimé Césaire.

«  Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […] il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.  »

Cet ensauvagement n’est pas celui de «  classes dangereuses  » qui se démènent et qui s’émeutent. Il est celui d’élites intellectuelles, de penseurs, de philosophes, de politiciens, chez qui l’idée d’une gestion militaire des choses fait son chemin. Il est dans l’acceptation d’une gestion par l’expédition punitive, par la police à la coloniale.

Brutalité et violence.

Faire la liste de toutes les violences d’État serait terriblement fastidieux. Nous ne prendrons que deux exemples  : la rave de Redon et l’agression raciste de Dole.

Concernant la première, nous ne partageons pas particulièrement les conceptions sur la «  libération par la fête  ». Nous comprenons le désir de liberté après cette période de confinement, mais nous ne pensons pas que ce mode opératoire permette d’en gagner de nouvelles. Et surtout de transformer la société, car certains organisateurs se comportent parfois avec des attitudes de boutiquiers. Mais la question n’est pas là.

L’intervention des forces de l’ordre a été particulièrement brutale. Elle a dépassé largement le cadre permis par la loi. Au delà de ça, les gendarmes se sont livrés à des actions extra-légales, notamment la destruction, sous les yeux des caméras, du matériel de son. C’est une pratique illégale dont le but n’est pas d’assurer le maintien de l’ordre, mais bien de détruire, de manière très clausewitzienne, les capacités matérielles à morales de l’adversaire. Il en est de même dans certaines pratiques répressives, nous pensons aux antifascistes Lyonnais il y a quelques années, qui ont vu leur matériel militant et leurs bibliothèques détruites. Il s’agit là d’une méthode qui possède des caractéristiques terroristes.

Dans le cas de l’agression raciste de Dole, nous avons une dimension supplémentaire qui est franchie. C’est la justice elle-même qui a mis en accusation un homme d’origine nord-Africaine sur lequel un individu a foncé en voiture, dans le but manifeste de le tuer. Il est désormais inculpé de dégradation volontaire sur la voiture de son agresseur. Décidément, un sale temps règne.

Dans une dimension plus internationale, ces tensions et ces brutalités se retrouvent largement. Nous avons pu ainsi voir la marine russe tirer des coups de semonce sur des navires anglais au large de la Crimée. De même, l’armée française modifie progressivement sa doctrine pour intégrer à nouveau des opérations symétriques. Cela va de paire avec une militarisation de la société, dans laquelle le SNU (Service National Universel) joue un rôle central  : il permet une reprise en douceur de la notion de conscription, tout en ayant une apparence civile.

De bien piètres réponses.

Quand nous voyons la hauteur des enjeux sociaux, écologiques, politiques, géopolitiques et la médiocrité des réponses fournies, une seule question vient à l’esprit  : pourquoi  ?

Le capitalisme, l’impérialisme, la division de la société en classes et en intérêts contradictoires explique cela. Les capitalistes ne souhaitent pas la fin du monde, non. Mais ils sont incapable de sortir d’un dilemme terrible  : le premier qui respectera les règles du jeu écologique et rationnel perdra une partie de sa rentabilité et sera dévoré par ceux qui n’ont pas fait ces choix. Même s’ils trouvent un terrain d’entente pour réaliser quelques menues avancées, la tentation de la tricherie, la tentation de la transgression sera écrasante. Respecter l’environnement et les êtres humains est une véritable suicide économique.

La réponse ne peut venir que de quelque chose, d’une force politique, qui non seulement dépasse ces contradictions, mais est capable de se montrer l’émanation politique des intérêts profonds de la société dans son ensemble. Et ces intérêts sont simples  : il s’agit d’avoir un avenir, premièrement. D’assurer la survie de l’humanité et de son environnement. D’assurer une vie saine, décente, à l’ensemble de ses membres. De permettre leur épanouissement individuel et collectif. D’assurer la possibilité enfin d’une amélioration continue des loisirs, de la culture, de la santé.

Toute tentative de résoudre cela se heurte à des réticences, des oppositions, des égoïsmes. L’idée même d’une réponse qui implique l’intégralité de la population est taxée de totalitaire. Pourtant, face à des enjeux aussi immenses, aussi importants, aussi vitaux, il n’est pas possible de laisser le pouvoir être au main d’une poignée. Il mérite d’être remis entre les mains non seulement du plus grand nombre, mais surtout de ceux et de celles qui n’ont rien à gagner à l’exploitation, mais tout à son abolition  : ceux et celles qui produisent les richesses, dont le labeur nourrir l’ensemble de la société. Une démocratie populaire, avec une souveraineté populaire absolue.

C’est à cela que nous voulons travailler. C’est avec ces responsabilités en tête que nous avançons.

C’est uniquement ainsi que ces lourds nuages noirs seront dispersés, et qu’un avenir rayonnant pourra apparaître.

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