Barbarossa 2/2 Une guerre différente.

Barberousse est une guerre d’un nouveau genre. Contrairement à la guerre sur le front de l’Ouest, qui s’est déroulée assez classiquement, la guerre à l’Est est une transposition de la guerre coloniale et raciale choisie par les nazis. Sur ce front, il n’y a eu aucune convention de Genève, aucune cible taboue, aucune limite à la violence. C’est une croisade, une Sainte-Alliance internationale contre le bolchevisme.

Center sheds light on unknown details of Babyn Yar massacre - South Florida  Sun-Sentinel
Le ravin de Babi Yar, lieu d’extermination.

Les ordres de l’État-major sont clairs  : les soldats russes sont keine kameraden. Ils ne sont pas des camarades. Ils sont des ennemis. Les intellectuels, les fonctionnaires, les membres du Parti sont traqués et éliminés. Le Kommissarbefehl, l’ordre d’éliminer les Commissaires politiques et les communistes, vise a éliminer les Juifs et les bolcheviques – ce qui, pour les nazis revient au même. Sur les arrières de la Wehrmacht, les redoutables Einsatzgruppen sont envoyés pour éliminer ceux et celles que le régime nazi considère comme indésirables. Dans les régions où les communautés Juives sont importante, ils suscitent des pogroms avec l’appui des nationalistes Ukrainiens. Ces pogroms décousus se muent en extermination systématique. La Shoah par balle commence.

Le dilemme du traitement des Slaves.

File:Bundesarchiv Bild 146-1979-113-04, Lager Winnica, gefangene Russen.jpg  - Wikimedia Commons
Prisonniers soviétiques dans des camps Allemands.

L’arrogance des Allemands leur joue des tours. Des collaborateurs sont recrutés sur place. Mais finalement peu, seuls les ultras rejoignent les rangs de la SS. Dans les régions agricoles au sein desquelles la collectivisation de 1929-1932 s’était mal passée, la présence des occupants est, au départ, prise pour une bonne nouvelle. Mais la population se rend compte que les nazis ne sont pas là pour privatiser les terres et restaurer les structures paysannes d’avant la révolution. Ils sont là pour exploiter à mort. Les populations Slave n’ont pas d’autre destin, au sein du Generalplan Ost, que d’être des esclaves voués à la misère et à la faim. Pour nourrir leur pays, les Allemands estiment que 30 ou 40 millions de soviétiques doivent mourir de faim. Pour les gouverneurs locaux, comme Alfred Rosenberg, théoricien nazi, c’est une catastrophe. Mais rien ne peut faire reculer Hitler et la SS.

Les populations envoyées travailler en Allemagne sont traitées comme du bétail. Alors que les Polonais, pourtant ennemis génétiques des aryens, peuvent espérer «  un salaire et du pain  », les soviétiques sont considérés comme des danger bactériologiques. Ils doivent être traités avec une dureté d’un autre ordre. Quant à ceux qui restent, leur avenir est de préparer le terrain à la colonisation, puis d’être refoulés au-delà de l’Oural. Ce pillage permet à l’Allemagne nazie de maintenir l’illusion d’un niveau de vie élevé  : les objectifs sociaux-impérialistes de l’Allemagne sont là  : piller pour ne pas faire payer le prix de la guerre par la population Allemande. Pour l’instant  !

A Vladivostok, la paix demeure.

L’Allemagne, en dépit de son accord avec le Japon, ne lance guère de pression pour que celui-ci intervienne. Les nazis sont persuadés de pouvoir en finir par eux-mêmes en peu de temps, et ne veulent pas partager le butin avec un allié qu’ils méprisent. Les japonais, de leur côté, accaparés par la Chine, lorgnant sur le butin facile de l’Asie du Sud Est, n’insistent pas. De plus, en 1939, ils se sont frottés à l’Armée Rouge avec pertes et fracas. Leur tentative d’attaque sur la Mongolie les a confrontés à un nom que les Allemands apprirent par la suite à craindre  : Joukov.

Bataille de Khalkhin Gol — Wikipédia
Tankistes soviétiques à Khalkin Gol (1939)

D’ailleurs, la guerre ne se passe pas précisément comme prévu. Dans les opérations terrestres, l’URSS est la première résistance sérieuse que rencontre l’Allemagne. Et elle ne cesse pas. La résistance acharnée de la part de l’Armée Rouge, en dépit des déroutes de la première période, se mue en guerre des partisans. Il n’existe plus alors de différence entre le front et les arrières. Les nazis considèrent désormais que tout soviétique est un suspect. Si, en France, il existe des villages martyrs, comme Oradour, en Russie, il y en eu plus de 5000. Les massacres commis par les Allemands à l’Ouest sont d’ailleurs souvent une transposition de la violence exercée à l’Est.

Deux fronts.

De plus, il ne faut pas l’occulter, l’URSS est de moins en moins isolée. L’Angleterre lui fournit un peu d’aide, symbolique, en 1941. Mais avec l’entrée en guerre des USA, le prêt-bail permet progressivement à l’occident de venir en aide à son bien étrange allié. Cela serait faire preuve de mauvais goût en oubliant des efforts conjoints de la coalition antifasciste mondiale, aussi éphémère fut elle. Mais il s’agissait aussi de ne pas laisser à l’Allemagne le loisir de devenir une puissance invulnérable, si elle s’imposait sur les steppes.

27 millions de citoyens soviétiques sont morts durant cette guerre. Un nombre difficile à visualiser. Cela correspond à un gros tiers de la population française, engloutie dans la tourmente d’une guerre dont elle voulait se tenir éloignée. Une guerre qui s’est payée de sang et qui a bouleversé l’URSS. Celle-ci a du reprendre, complètement désarticulée, son œuvre de construction du socialisme.

Les purges & la guerre.

Il faut là faire une courte parenthèse pour traiter un point  : celui du poids des purges dans l’armée. On sait aujourd’hui, grâce aux archives et aux travaux réalisés notamment par J. Arch Getty, que les purges ont bien moins tué que ce qu’on pouvait penser (en 1940, 80 % des officiers avaient récupéré leurs postes). La plupart du temps, elles se sont traduites par des relégations loin des régions frontalières. C’est le cas par exemple à Smolensk, où les généraux de cette région vitale étaient jugés trop compromis avec des les potentats locaux, tels que Rumiantsev et Shil’man, qui dirigeaient d’une main de fer la région. Cependant, l’armée inspire au gouvernement une crainte d’un coup bonapartiste. Crainte à laquelle contribuent les oppositionnels en exil, lesquels répètent sans cesse que la Révolution Française se répète. L’armée est donc fille d’un compromis néfaste  : elle est organiquement conçue pour ne pas être en mesure de faire des coups d’État.

  • Donc elle n’est plus dotée des grandes divisions blindées autonomes de l’époque de Toukhatchevski.
  • Elle est très étroitement contrôlée par des commissaires politiques qui doivent contresigner chaque ordre.
  • Elle est commandée plus par des «  rouges  » que par des experts, (Voroshilov, Boudienny), qui étaient d’ailleurs des membres de «  l’opposition militaire  », donc des militants se méfiant des officiers.
  • Il existe une surestimation politique des problèmes militaires, qui se traduit, comme pendant la guerre d’Espagne, par des offensives «  de prestige  », chargés de remonter le moral aux civils. Mais elles se traduisent par des pertes extrêmement lourdes .
  • Il existe une responsabilité de la part du gouvernement soviétique et de Staline dans les défaites du début de la guerre. Mais elle doit être tempérée. Des scénarios uchroniques existent, mais ils sont précaire  : les choix terribles des années 1930-1940 ont peut-être été la seule voie pour qu’une hégémonie Allemande sur l’Europe ne se matérialise pas.

Le rapport de force politique / armée change au cours de la guerre. Tandis que Hitler se sépare de Hadler et prend le commandement complet de la Wehrmacht, le gouvernement soviétique délègue de plus en plus à l’armée le rôle de gérer les opérations. A partir de mi-1942, et surtout après Stalingrad, le vent souffle en faveur de l’armée, avec notamment la restauration des officiers. Ce n’est qu’a la fin de la guerre que le Parti tente de reprendre l’ascendant. Mais la situation est déséquilibrée. L’armée est devenue un des principaux points de recrutement du Parti. Cela contribue à changer sa physionomie profonde.

Le coût politique de la guerre.

Les concessions, les compromis, rendus nécessaires par la guerre ont pesé lourd sur ses choix politiques et stratégiques. Surtout que la paix est aussi précaire que la précédente. Dès 1947, la guerre froide s’impose. Les communistes d’URSS ont payé un prix fort cette guerre. La nouvelle génération, effrayée par ce risque, se réfugie dans des positionnements toujours plus modérés et droitiers, isolant la génération précédente, celle de la Révolution. Les changements survenus dans les années 1950 & 1960 sont directement liés aux souffrances de la guerre et à la montée des ingénieurs, des directeurs

Aleksandr Vasilevsky quotes (5 quotes) | Quotes of famous people
Une image qui est devenue familière : le général bardé de médailles à la place du militant bolchévique.

et des militaires dans l’appareil d’État. Toute une génération de militants politiques formés est engloutie par le conflit. Son absence se fait durement sentir après la guerre.

Aujourd’hui, certains rêvent d’une guerre avec la Russie. Les rivalités géopolitiques, qui n’ont pas changé, amènent aux mêmes résultats. Nous n’avons pas de sympathie pour le gouvernement Russe. Mais nous rejetons absolument toute idée d’une nouvelle guerre sur ces terres, pour des motifs de piraterie.

Nous ne pouvons pas non plus oublier que les raisons qui ont amené un peuple moderne, cultivé, comme celui des Allemands à lancer une croisade génocidaire existent toujours. Elles ne sont d’aucun lieu ou d’aucun temps  !

Les millions de morts de cette guerre nous regardent. Qu’ils ne soient pas morts en vain  !

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