Pour un 8 mai de paix !

Ces 8 et 9 mai, nous célébrons le 77e anniversaire de la défaite du régime nazi, prélude à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette date est d’autant plus importante que les conceptions idéologiques et politiques qui ont présidé à l’irruption de ce conflit sont, aujourd’hui, particulièrement présentes. Alors que nous célébrons la paix et la fin de l’impérialisme génocidaire de l’Allemagne, la guerre est non seulement toujours présente, mais rien n’écarte une autre guerre d’une violence similaire.

Depuis le 24 février, l’ «  opération militaire spéciale  » lancée par V. Poutine s’est transformée en un bourbier infernal aux innombrables conséquences. La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine a causé un choc dans une Europe relativement démilitarisée. Elle contribue à relancer une course aux armements.

Le fossé qui s’est creusé entre la Russie et le reste de l’Europe n’est pas que du seul fait de la première. Il est indéniable qu’une politique de refoulement de la Russie a été mise en œuvre par les puissances d’Europe et les USA. Elle n’a pas été intégralement une «  conspiration contre la Russie  », les politologues américains les plus influents ayant eu tendance à se méfier de l’expansion de l’OTAN ou de l’UE. Elle a surtout été une prédation, profitant d’une Russie faible. Mais pour ce pays, qui a perdu 70 millions de vies à la suite des guerres du XXe siècle, c’est un danger inacceptable. L’isolement et l’incompréhension ont entretenu une spirale infernale, et la guerre en Ukraine est venue nourrir une prophétie auto-réalisatrice.

Alors que l’UE était en crise et que l’OTAN était considéré comme en état de «  mort cérébrale  » par Macron, l’invasion de l’Ukraine est venue apporter un second souffle à ces organisations. De nouvelle adhésions se profilent, particulièrement des États Scandinaves qui avaient pourtant une tradition de neutralité. De plus, les budgets militaires européens sont boostés par ce conflit.

Mais c’est aussi une prophétie auto-réalisatrice dans un autre sens. Une des hantises des géopolitologues américains est la naissance d’un bloc continental russo-chinois. Ce bloc n’est pas sans problèmes – notamment la disproportion entre Russie et Chine démographiquement et économiquement – il exige aussi une transformation profonde de l’organisation du territoire russe, centré sur l’Europe. Mais si la fracture entre Europe et Russie se poursuit durablement, si une frontière à l’image de la DMZ entre les Corées s’installe, cette hypothèse peut devenir à terme crédible.

Au final, Poutine a renforcé l’UE et l’OTAN.

L’Occident est cependant bien isolé. Si la plus grande partie du monde a condamné la Russie et l’agression qu’elle a brutalement mené contre l’Ukraine, peu ont pris le chemin des sanctions. Les exigences telles que l’expulsion de la Russie du Conseil des Droits de l’Homme ou du Conseil de Sécurité de l’ONU se heurtent à des abstentions massives. Trois raisons à cela  :

  • La vision de la Communauté Internationale pour l’Occident est fortement autocentrée. L’Occident ne parvient pas à intégrer l’idée qu’il puisse exister d’autres forces géopolitiques et d’autres vision du monde que la sienne. Or, une grande partie du monde ne s’intéresse pas aux querelles européennes, ou au minimum ne les exceptionnalise pas.
  • Le deux poids, deux mesures de l’Occident ne le rend pas crédible. Les injonctions à la condamnation de la Russie sont souvent mises dans la balance avec l’absence de réaction face au colonialisme ou aux agressions faites par les valets des occidentaux.
  • Pour un grand nombre de pays du monde, ce sont les ex-puissances coloniales qui incarnent l’archétype de l’agresseur. Ils n’ont bien souvent pas d’a priori sur la Russie, elle peut même être perçue positivement.

Au final, l’invasion de l’Ukraine, si elle a ressoudé l’Europe et l’OTAN n’en est pas moins aussi un révélateur du fait que l’agenda occidental n’est plus celui du reste du monde. Le monde se dirige vers une multipolarité que les anciennes puissances dominantes vont devoir accepter. L’idée selon laquelle naîtrait un jour un super-impérialisme qui exploiterait pacifiquement le monde est une nouvelle foi battue en brèche. Victime de ses rendements décroissants, l’hémisphère occidentale n’est plus intégralement hégémonique. Mais cette multipolarité, si elle constitue quelque part une démocratisation du monde, en augmente cependant aussi l’instabilité. Plus de puissances dans un monde toujours aussi étroit signifie donc une hausse du risque de conflits majeurs. C’est là une tendance inéluctable. C’est donc une donnée qu’il nous faut prendre en compte et intégrer dans notre vision du monde.

En Europe, ce conflit a désormais éclaté. S’il reste limité, il montre néanmoins que la guerre revient à l’ordre du jour. Mais au sein même des pays, les guerres civiles sont aussi des menaces  :

En Europe, les extrêmes-droites jouent sur le déclin relatif de l’Occident dans les rapports de force internationaux. Ils attisent des peurs viscérales, jouant constamment sur une menace d’une « colonisation à l’envers », d’un effacement racial et culturel, d’une disparition au profit d’un monde qui serait « multiculturel et cosmopolite ». Les théories, comme celles du « grand remplacement », qui a été au centre du débat de la présidentielle, sont extrêmement dangereuses. Leur ambition est de mettre en œuvre une épuration ethnique envers ceux qui ne sont pas perçu comme étant suffisamment « de souche ». Les élections ont montré que les droites avaient un électorat solide. Elles poursuivent leur infiltration, y compris dans les services de sécurité des États. Profitant de la peur, elles attendent la crise qui les portera au pouvoir. À ce titre, il faut la plus grande vigilance : la menace fasciste et l’action des groupes qui s’en revendiquent sont deux choses différentes. Cyril Hanouna, en invitant constamment des personnalités d’extrême-droite et en leur donnant une portée immense, est bien plus dangereux stratégiquement que des clowns de la haine à l’exemple de Serge Ayoub. De même, les vieux briscards d’Occident ou d’autres anciens groupes puissants se sont maquillés en centristes, attendant leur heure.

Face à ces menaces, nous appelons à la plus grande solidarité locale, nationale et internationale. Or, ni la coopération, ni la solidarité ne vont tant que cela de soi. Elles sont des actions qui sont volontaires et conscientes. Nos liens de solidarité doivent être entretenus, ravivés. D’où l’importance de ces espaces de mémoire, comme cette date du 8 mai en France, date que tous les antifascistes se doivent de partager. Les luttes en France sont difficiles et vont s’aggraver. Il faut s’attendre à ce que la répression puisse prendre la même forme que dans d’autres pays. Ainsi certains camarades maoïstes de Russie ont parfois été internés de force dans des hôpitaux psychiatriques pour les réprimer. Ces méthodes ne connaissent pas de frontières : elles peuvent arriver chez nous aussi.

À l’échelle internationale, nous appuyons les actions de l’ICOR et du Front Uni Antifasciste. Une grande manifestation est prévue en Allemagne pour le 8 mai. Nous ne pourrons y être présents et présentes, mais nous saluons nos camarades qui vont y participer.

Les 8 et 9 mai sont, pour l’ICOR, parmi les dates des journées contre la guerre. Ces dates sont importantes car la paix n’est pas un acquis définitif mais reste toujours précaire. Tant qu’il existe des puissances rivales, la guerre ne peut être définitivement écartée. Si elle ne se fait pas frontalement, du fait de la dissuasion nucléaire, elle a néanmoins des conséquences très concrètes pour ceux et celles qui la subissent.

L’ICOR promeut une coopération internationale et une union des organisations politiques révolutionnaires contre les volontés de guerre. Elle assure aussi un soutien direct et concret aux victimes de guerre, mais aussi aux forces pour la paix dans les pays belligérants.

Ce n’est pas sans fierté que nous pouvons ainsi prendre en exemple le soutien que nous avons pu apporter aux militants et militantes communistes d’Ukraine, présents à Kyiv et Karkiv, mais aussi à des Russes anti-guerre qui essaient d’échapper au risque de condamnation. Même si ces actes restent des gouttes d’eaux dans l’océan du besoin de solidarité internationale, ils n’en restent pas moins des arguments en faveur d’une unification des forces qui composent le camp du peuple.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.