La Capitole envahi !

Ce mercredi 6 janvier, vers 20h30 de Paris, des partisans et partisanes de Trump ont pris d’assaut le Capitole. Tandis que se déroulait la certification de la victoire du Démocrate Joe Biden à l’élection présidentielle, ces manifestantes et manifestants, à l’appel du président défait, ont tenté un coup de force.

Trump refuse obstinément la défaite. Après avoir jeté de l’huile sur le feu pendant des mois, il a exhorté ses troupes à passer à l’action. Une cohorte étonnante de personnages hauts et couleur, rassemblant les factions les plus diverses de l’extrême-droite américaine, a déferlé sur le Capitole, parvenant à l’intérieur de celui-ci, obligeant le Sénat US a évacuer les lieux. Parmi les costumes bigarrés, certains messages angoissants : Camp Auschwitz, symboles suprémacistes…

La situation, inattendue, surprenante, marque un début d’année 2021 aussi percutant que les menaces de guerre de 2020. Une nouvelle fois, les USA sont dans la tourmente. L’interrègne Trump-Biden promet d’être coloré.

Deux Amériques.

Joe Biden a, bien évidement condamné ces violences et appelé au respect de la démocratie. Il est difficile de ne pas sourire lorsqu’on songe au nombre de coups d’État orchestrés par son camp politique. Les démocrates, dans leur ensemble, se sont mobilisés pour réclamer le respect de la décision des urnes.

Quant au camp Trump, il apparaît divisé. Mike Pence et Mike Pompeo ont ainsi condamné l’opération. Les Républicains semblent vouloir limiter la casse, sachant que la défaite de leur ex-leader apparaît désormais consommée. Même Trump a dû appeler au calme ses supporters les plus féroces. Certains des plus zélés personnages ont d’ailleurs tenté d’inverser les faits. Il faut dire que les risques légaux sont importants, et le risque de poursuites judiciaires également.

Un bâtiment n’est pas le pouvoir !

Réussie ou non, la prise du Capitole aurait elle pu signifier un bouleversement politique aux USA  ? Aurait-elle pu être une «  révolution  »  ? Cela demeure douteux. Tant par la nature des manifestants et manifestantes, réclamant simplement une variante différente d’exploitation capitaliste (et pas forcément la plus avantageuse pour eux !). Mais cela l’est aussi du fait de la nature même de leur entreprise.

Le fétichisme des lieux de pouvoir ne doit pas faire oublier que le fonctionnement de l’État est plus lié à la fidélité des fonctionnaires et des rouages administratif qu’à la machine politique. C’est une expérience que chaque révolutionnaire à du faire. Marx et Lénine insistaient fortement, à raison, sur le fait qu’il fallait briser le vieil appareil d’État pour en faire émerger un nouveau, populaire.

Quatre morts ont été causées par les services de sécurité du Capitole. Dans l’absolu, c’est peu, surtout lorsqu’on compare la réaction des autorités US face aux mobilisations de #BLM ou face aux luttes sociales. C’est à cette faiblesse qu’on reconnaît l’absence de contradiction réelle entre fascistes et démocrates. L’extrême droite, ne bouleversant rien, n’est qu’une variante de la démocratie bourgeoise. Trump lui même s’est vanté d’être ‘law and order’ la Loi et l’Ordre. Il n’est ni la transformation, ni la révolution, mais bien la conservation.

Nous avons vu des réactions de soutien à Trump, vu comme un outsider, un anti-establishment, un croisé contre le Nouvel Ordre Mondial. C’est là faire bien peu de cas du fait qu’il soit un milliardaire parfaitement intégré dans le jeu économique de l’impérialisme. Cela nous oblige à répéter aussi quelque chose de très important  : si la bourgeoisie et les exploiteurs sont capable de se serrer les coudes pour saigner ceux qui les menacent, ils ont aussi leurs divisions et leurs contradictions. La vie politique des démocraties libérales est d’ailleurs, en grande majorité, la vie politique des grandes factions de la bourgeoisie.

L’extrême-droite et le pouvoir : je t’aime, moi non plus.

Si une partie de l’extrême-droite, dont l’extrême-droite française, s’est gargarisée de cette opération, d’autres ont voulu, au contraire, la minimiser.

Pour tordre la réalité, Matt Gaetz a ainsi déclaré que ces faits de violence étaient du ressort…d’antifascistes infiltrés. Ces fake news, reprises par les fascistes européens, ne peuvent que déclencher une certaine hilarité. L’incapacité de l’extrême-droite à s’assumer en révèle l’impuissance. Elle demeure, dans l’état actuel des choses, un lobby qui influence la politique des libéraux, un croupion du régime de dictature capitaliste, tout juste bonne à attendre que ses maîtres exploiteurs lui concèdent le pouvoir.

Nous n’avons pas spécialement l’intention d’apporter un «  soutien  » au gouvernement de l’impérialisme américain. D’autres l’ont fait. Ce n’est pas notre rôle, et cela n’a aucun sens. Nous constatons simplement que le nouveau gouvernement US va devoir composer avec une puissante mobilisation réactionnaire. Nous constatons également la fragilité des États-Unis. La superpuissance apparaît bien fatiguée, entre Covid, tensions raciales, tensions sociales et concurrences géopolitiques.

Cela signifie donc des opportunités pour certains d’échapper à son emprise. Pour d’autres de s’affirmer. Cela renforce l’entropie internationale et la tendance au chaos. Les réactionnaires jouent leur partition. Jouerons-nous la nôtre  ?

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