Communiqué commun ATIK – UC – UPML sur la loi sécurité.

Nous, ATIK –  Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe – UC – Unité Communiste – et UPML – Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste – considérons que la Loi Sécurité et la Loi Séparatisme sont des menaces importantes. Nous pointons une trajectoire dangereuse choisie par l’État français et ses gouvernements successifs, de droite comme de gauche : celui de la répression à outrance.


Cette trajectoire épouse précisément celle de la destruction des droits sociaux.

Bien que la France soit une puissance impérialiste, elle connaît une crise économique importante et la concurrence de nouveaux acteurs internationaux. Pour protéger les taux de profit des exploiteurs, il faut donc réduire les droits sociaux et les salaires  : c’est là le sens des politiques suivies depuis le milieu des années 1980 et accélérées depuis début 2000.

La colère répond à la misère.

Les mouvements sociaux constants depuis plus d’une décennie et l’irruption de nouvelles formes de contestation comme les Gilets Jaunes expliquent ce choix. Après avoir saccagé les conquêtes sociales, fruit de plus d’un siècle de combats, le gouvernement s’attaque aux droits politiques.

Cette loi de sécurité globale s’inscrit dans un arsenal juridique et judiciaire qui s’est étoffé d’années en années. Les exploiteurs ont habilement utilisé tous les prétextes possibles pour réaliser cela.

La loi Sécurité  : briser les mobilisations.

Dans l’ensemble cette loi vise à pouvoir renforcer les pouvoirs de la Police, notamment en dotant la Police Municipale de pouvoirs judiciaires plus importants. Elle permet également l’utilisation de drones pour la collecte d’informations. Son article 24, qui a fait couler beaucoup d’encre, est construit pour protéger les policiers face à la diffusion d’images et de données personnelles.

Une nouvelle fois, la répression emploie des éléments anecdotiques pour justifier une répression générale. En utilisant de rarissimes cas où des policiers ont été ciblés individuellement, une loi spécifique est mise en place.

Dans les faits, ces mesures se traduiront par une répression plus rapide, plus documentée, et surtout par la possibilité de pouvoir censurer les images des violences policières. Nous rappelons que depuis des décennies, la France est régulièrement dans le collimateur de la Commission Européenne des Droits de l’Homme du fait de la répression particulièrement féroce qui sévit chez elle.

Loi séparatisme  : le racisme à toutes les sauces.

La société française a été sous le choc lors des vagues d’attentats. Profitant de l’indignation, les gouvernements ont pu introduire des nouvelles lois répressives. Aujourd’hui, il est possible d’être arrêté sur la base d’une intention vague, indémontrable, de commettre un acte illégal. Ces lois ont notamment été détournées de leur vocation antiterroriste pour réprimer le mouvement des Gilets Jaunes.

Depuis des années l’islam est utilisé comme un épouvantail pour effrayer la société française et lui faire accepter passivement des mesures réactionnaires. Auparavant, il s’agissait du noir, de l’arabe, du juif. Le mot musulman permet de tenir des discours racistes sans être condamné – ou si peu – par un habile tour de passe-passe. Mais le fond reste le même.

La loi sur le séparatisme, qui doit lutter contre les dérives sectaires chez les croyants musulmans et musulmanes, est en réalité une mesure visant à rendre impossible leur intégration. Elle est stigmatisante et vexatoire. Surtout, son contenu vise, là aussi, à pouvoir s’octroyer un droit de regard sur les consciences et les opinions de l’ensemble de la société.

Car derrière l’Islam, ce sont les classes populaires et l’ensemble des exploités qui sont ciblés. Les militants et militantes aussi sont concernés par ces mesures. Car derrière la guerre contre l’islamo-gauchisme, c’est bien une attaque contre les progressistes et les révolutionnaires. Il s’agit ni plus ni moins d’un copier-coller du judéo-maçonnisme et du judéo-bolchévisme des années 30.

Cette loi contient ainsi la possibilité de pouvoir interdire «  toute idéologie politique qui se dresserait contre les valeurs de la République  ». Une phrase creuse, qui permet de s’en prendre à toute opposition, voire à la science même. Ainsi les ministères chargés de l’éducation veulent enquêter sur l’enseignement et la recherche. L’université, «  nid d’islamo-gauchiste  » accusée de produire des théories mettant en péril l’ordre et corrompant la société. Lorsque les sciences sociales deviennent l’ennemi de la société, c’est qu’elle est pourrie et tremblante.

Démocratie – dictature  : une limite ténue.

Les droits démocratiques sont fragiles. Il n’existe aucune garantie de leur maintien. L’expérience de plusieurs pays d’Europe montre qu’il est aisé de passer d’une démocratie libérale à une dictature.

Nous rappelons également que la Ve République est née du coup de force gaulliste, et qu’elle a été architecturée pour permettre un contrôle maximal sur la société. En cas de crise de régime importante, elle possède en son sein les dispositions qui lui permettent de passer à une dictature ouverte.

Dans l’ensemble, une grande majorité de partis ont accepté le fond de la loi  : c’est à dire renforcer l’étau sur la société, et n’ont fait que débattre de modalités secondaires. Il existe dans le fond une quasi-unanimité à considérer que la société française traverse une crise profonde, et que les libertés d’hier n’ont plus leur place aujourd’hui.

L’arsenal État d’Urgence – Loi Sécurité – Loi Séparatisme offre une amplitude d’action maximale au gouvernement. En mettant en place une répression préventive, en augmentant les capacités de réponse policière, en montant les exploités les uns contre les autres, le gouvernement espère traverser la crise. Mais il est déjà prêt à plus  !

Demain  : une inconnue.

Les expériences du XIX e et du XXe siècle ont montré que la frontière entre la démocratie des exploiteurs et la dictature féroce et terroriste est ténue. Cette barrière semble progressivement se fissurer. Les prochaines échéances électorales sont, pour le moment, une course à qui sera le réactionnaire le plus agressif et le plus brutal. Elles suscitent une inquiétude profonde.

Nous appelons à lutter contre cette loi, à en dénoncer le caractère profondément antidémocratique, nous appelons également à la solidarité contre la répression, où qu’elle soit  !

Militants en France ou ailleurs, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre les réactionnaires et contre l’impérialisme. Unissons nos forces  !

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