Pass Sanitaire, la défaite ?

Nous avons hésité avant de rédiger ce document. Ce n’est pas la première fois que nous voulons prendre du recul avant de nous exprimer sur un sujet, en particulier lorsque celui-ci critique les prises de position d’organisations pour lesquelles nous pouvons avoir de l’estime. Cependant, nous pensons que s’il est important de saluer et de souligner le travail réalisé par les autres organisations qui participent à la nébuleuse de la gauche parlementaire, nous devons également critiques les positions fausses.

Car le militantisme politique ne peut pas se nourrir uniquement de déclarations creuses et de silences gênés devant les sujets difficiles. Militer, c’est prendre aussi des décisions qui ont des conséquences pratiques, ces décisions impliquent des choix, mais aussi le fait de procéder à des affirmations  : nous ne nous battons pas qu’autour d’antis, nous avons un projet, celui d’une société nouvelle. Il ne nous suffit pas de nous adosser au mur des postures de principes, nous devons aussi penser, en dépit de la faiblesse de notre mouvement, en tant que forces capable de proposer.

Alors que la France repasse au dessus des 10 000 cas / jours, des manifestations anti-pass vaccinal se multiplient. Elles prennent une place centrale dans l’actualité. Pendant ce temps, les questions sociales sont remisées, réduites, oubliées. L’extrême-droite s’est ruée sur l’occasion, tandis qu’une partie de l’extrême-gauche tergiverse, ou minimise pudiquement cette bien étrange communauté de point de vues.

Cela n’enlève rien au fait de regretter que le pass sanitaire, ce pis aller, soit la solution choisie par le gouvernement. Il s’agit d’une manière autoritaire de régler une question qui aurait pu être résolue autrement. Elle montre le désaveu général de la population envers ces méthodes de commandement qui sont antidémocratiques et méprisantes. Il existe aussi un certain nombre d’angles morts, notamment pour les femmes enceintes ou ayant projet de l’être, pour lequel les études font défaut.

Car, bien sûr, nous pouvons et devons comprendre le ras-le-bol d’une population à qui le gouvernement à menti sans cesse. Une population qui a le sentiment d’être infantilisée et d’avoir à subir un contrôle social permanent. C’est quelque chose qui est un sentiment logique, une expression quasiment normale. Mais il existe alors deux voies possibles  :
• Celle de prendre appui sur ce sentiment sain, et celui de lui donner une issue positive. A savoir que si on veut déterminer quelles seront les libertés collectives en commun, il faut se doter du pouvoir politique. Celle aussi d’être capable d’interfacer les désirs  : nous voulons être libres, oui, mais pour l’être nous devons passer par la fin de cette pandémie, voir même des campagnes d’éradication de ces maladies.
• Celle de renforcer démagogiquement les positions réactionnaires et individualistes qui existent au sein des masses populaires. Les adouber, les légitimer dans leur forme plus que dans leur fond, et vouloir renforcer les tendances à l’atomisation des masses.

Dans ce dilemme, ce qui revient est souvent la comparaison avec un précédent, celui des Gilets Jaunes.

La comparaison avec les Gilets Jaunes est souvent amenée pour justifier ce que Nantes Révoltée nomme le caractère «  protéiforme  » du mouvement. En somme, le fait que l’extrême-droite soit présente dans les manifestations. Et qu’elle en prenne d’ailleurs la tête, comme à Paris. Nous pensons qu’il y a là une erreur manifeste d’analyse.

Le mouvement des Gilets Jaunes, en dépit de ses revendications parfois décousues, était avant tout une colère contre la spoliation, le poids écrasant des impôts pour les classes populaires (dont le plus injuste, la TVA), contre la vie chère. Il s’est mué progressivement, au travers du constat de l’impasse démocratique-parlementaire, en une lutte pour un changement de régime. Cette lutte politique d’importance était fondamentalement progressiste car elle posait la question, même sous des termes qui étaient parfois maladroits, du contrôle populaire sur l’État.

Dans le cas de ce mouvement, l’alibi de la lutte contre la casse des droits sociaux ne peut occulter une réalité  : c’est la question du pass vaccinal et de l’obligation d’être vacciné qui est le point de ralliement central des colères.

La réalité est que ce mouvement porte en lui un seul message de fond : la primauté d’une vision étroitement individualiste de la liberté, érigée en horizon indépassable et en projet de société. Une conception dans laquelle la responsabilité collective, l’effort commun, la prise en compte de la nécessité, est niée, remisée au placard.

Le Grand Renoncement à changer le monde.

Elle s’inscrit dans un Grand Renoncement. Renoncement à un projet d’une société nouvelle, et à la conscience des étapes qui permettent d’en tracer la route. Renoncement à un projet qui transcende l’individu, qui en fait un des «  maillons de la chaîne de l’histoire  ». Renoncement au fait que des efforts collectifs, des contraintes, des risques puissent être consentis pour avancer. Dans l’état actuel des choses, ce mouvement met en avant un souhait  : celui de vivre de la manière la plus libre dans un monde dévoré par les flammes.

Mais le fait que ce soit un mouvement de masse réactionnaire n’implique pas que sa nature puisse évoluer vers autre chose. Cela dépend de notre action politique et de notre capacité à pouvoir poser politiquement les questions, notamment en termes de démocratie populaire, mais aussi en termes de responsabilité dans la construction d’un monde commun.

Il faut aussi le dire, les intérêts du gouvernement et ceux des masses populaires peuvent parfois coïncider. Cette coïncidence des intérêts ne signifie pas la communauté de buts. Ils sont diamétralement opposés. En l’occurrence, les exploiteurs veulent pouvoir remettre en marche l’économie le plus rapidement possible. Nous, nous voulons sortir de cette période de cauchemar et reprendre nos luttes… Pour cela, il faut tordre le cou à la pandémie.

Or, cette difficulté de faire émerger une position dans laquelle on peut concevoir que le gouvernement ne soit pas un «  mal absolu  » mais un «  mal relatif  » oblige à sortir de la posture de principe et à réfléchir autrement.

L’extrême-droite en position de force.

Ces mouvements ont des conséquences. D’une part en termes de radicalisation d’une partie de la population fermement opposée à la vaccination et à toute contrainte, de l’autre en termes de passage à l’action de certains.

Dans le Doubs, ainsi, une coupure de courant ciblée a frappé un centre de vaccination. Dans le Vercors, une croix gammée a été taguée sur un autre. A Urrugne, c’est même un incendie qui en a touché encore un autre. Trois centres ont été fermés dans le Béarn. A Toulouse, des tentatives de corruption ont été repérées dans le but d’obtenir un certificat de vaccination sans injection.

Les comparaisons douteuses ont d’ailleurs fleuri. Comparaison avec l’avortement, sous l’argument du «  mon corps, mon choix  ». Comparaison avec l’apartheid ou avec la Shoah… Non seulement elles sont fausses, mais elles souillent ces questions avec des arguments libéraux et individualistes.

Nous le rappelons, la vaccination est un acte solidaire et collectif, non une décision uniquement individuelle et qui n’engage que la personne qui fait ce choix. Si nous devons choisir une métaphore routière, elle ne serait pas le fait de porter sa ceinture ou non (après tout, qui n’a pas entendu l’argument que la ceinture pouvait aussi tuer ?). Elle est plus celle de choisir de boire au volant et à faire courir le risque de percuter quelqu’un.

Quant à l’Apartheid et à la Shoah, il s’agissait individus qui n’avaient strictement aucun choix et aucune prise sur leur destin. Ils ont été placés dans une situation qui les ont conduits à la misère, l’exclusion ou la mort dès leur naissance. Personne n’est en passe d’être fusillé ou gazé pour son refus de la vaccination. Tout au plus, la personne qui assume cette posture sera donc cloisonnée à des lieux et des activités individuelles. C’est là aussi la récompense de l’individualisme.

La réalité étant, une nouvelle fois, et il faut le marteler, qu’il ne s’agit pas uniquement d’un choix individuel. Le port du masque, le respect des gestes barrières, la vaccination… ont des conséquences qui dépassent largement celles de l’individu. Car il ne s’agit pas juste de ne «  pas tomber malade  », mais il s’agit aussi de contribuer à deux choses  :
• Limiter au maximum les chaînes de transmission et éviter que celles-ci se perpétuent indéfiniment.
• Éviter au maximum les réplications du virus, ce qui pourrait permettre l’apparition de nouveaux variants plus agressifs, capables de s’affranchir des anticorps, naturels ou apparus par la vaccination.

Car si les effets à long terme des vaccins sont extrêmement hypothétiques, ceux de la maladie commencent à être découverts  : troubles neurologiques, problèmes psychologiques, Covid long… De plus, un nouveau confinement serait une catastrophe morale.
C’est un choix qui n’engage pas que soi même, son cercle, ou même son pays, mais bien l’humanité entière. La participation à la transmission du virus et à la création de nouveaux variants ne se répercute pas que sur nos pays développés, bénéficiant de soins d’une qualité respectable, et surtout d’une sécurité sociale (gagnée, chèrement, par un effort collectif et sacrificiel). Elle se déverse sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui, la Tunisie est en pénurie d’oxygène médical, par exemple. C’est une illustration de la porosité des responsabilités.

Mais si les conséquences sur la santé sont si importantes aux yeux de tant de monde, il nous faut poser la question dans des termes plus larges, notamment la dévastation de notre environnement et le besoin d’une écologie totale  !

Être vacciné pour pouvoir lutter.

Nous faisons face à des offensives sans précédent de la part du gouvernement et du patronat. Tant que la crise sanitaire n’est pas conjurée, non seulement nous ne pouvons pas lutter collectivement dans des conditions idéales, mais le gouvernement peut révoquer nos droits. Il peut décréter tant qu’il veut les mesures qu’il veut. Non seulement cela impacte les manifestations, mais cela impacte surtout le travail d’organisation et de structuration des mouvements et des luttes. La dépendance technologique aux outils informatiques pour pallier au manque de rencontre physique augmente la vulnérabilité. Nous pouvons être isolés, surveillés, tandis que les tensions montent entre les individus.

Lutter contre la pandémie, se faire vacciner, encourager et défendre la vaccination est à la fois un combat idéologique contre les conspirationnistes et les partisans de l’atomisation des individus (ce qui facilite leur radicalisation réactionnaire). Elle est aussi une responsabilité collective pour la défense de nos droits économiques et politiques, en particulier dans cette année d’élection. Lutter pour cette vaccination, c’est également remettre au centre l’action et la responsabilité collective.

Nous pensons que nous devons défendre la vaccination massive et son importance primordiale pour sortir du chaos.
Nous devons donner une issue de lutte à la défiance envers le gouvernement : sachons identifier les étapes pour sortir de cette crise et organiser une riposte.
Défendons l’action collective, la solidarité et l’entraide concrète ! La vaccination, pour ensuite battre les patrons !

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