“Loi séparatisme” ou racisme rampant ?

En prenant appui sur des violences urbaines, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a développé une loi, dénommée «  Loi contre le Séparatisme  ». Une loi extrêmement inquiétante.

À l’origine, le projet de loi se dénommait «  loi contre le communautarisme  ». Elle est née des suites des affrontements qui ont eu lieu à Dijon, en juin 2020. À ce propos, Gérald Darmanin avait déclaré  : «   Je pense qu’il y a des faits importants qui démontrent que nous sommes dans un moment de confrontation entre communautés extrêmement violent.  » tout en précisant, par la suite  : «   La France est un pays où aucune religion n’est supérieure à une autre. La première des choses que l’on peut faire, c’est d’éviter la guerre civile. Et la pire de toutes  : celle née des religions   ». Une entrée en matière étrange, étant donnée que les affrontements entre un groupe Tchétchène et des jeunes dealers de Dijon n’avait, a priori, aucune motivation confessionnelle.

Partant de ce point de départ, la loi contre le communautarisme a donc muté. Elle est devenue contre le séparatisme, puis contre les séparatismes au pluriel. Cette modification révèle d’ailleurs une lutte de ligne intense au sein du gouvernement.

Macron est marqué par un héritage royaliste. Il a une vision de la société réactionnaire, mais inclusive. Chacun possède sa place dans une société organique, organisée autour des intérêts de la bourgeoisie. D’autres, comme Darmanin, sont des réactionnaires de bas étage, qui voient dans le racisme une occasion, une aubaine à saisir. Après tout, nous avons eu un aperçu de sa vision du consentement.

Cette loi a pour vocation de s’attaquer aux groupes “hostiles à la République“. Elle rentre en action lorsque “quand, au nom d’une religion, de telle ou telle influence extérieure, on dit ‘je ne respecte plus les lois de la République‘”. Elle exige également un “contrat d’engagement avec les associations : dès lors qu’une association ne respecte pas les valeurs de la République on arrête de lui donner de l’argent public“. Si l’Islam est directement ciblé, les associations catholiques anti-IVG, responsables d’entraves constantes à l’accès à ce droit, seront-elles concernées. Non. Ce n’est pas le but. Cette loi n’a d’autre objectif que de s’en prendre à l’Islam, ou, à la limite aux organisations de gauche. Elle est aussi une dangereuse diversion.

Diversion.

Nous sommes en pleine pandémie. Nous sommes à l’orée d’une crise économique d’ampleur. La situation est grave économiquement et politiquement. Cependant le gouvernement n’arrête pas pour autant ses projets, comme la privatisation des routes nationales, appliquant scrupuleusement le programme dessiné dans Cap-2022. Il faut lui reconnaître le mérite de la constance.

Tandis que ces questions d’actualité sont brûlantes, la focalisation sur la question de l’Islam, au travers de provocations, comme les tweets de Weintraub, les vexations, comme le départ de députés du fait de la présence d’une femme voilée, et les faux-débats occupent le devant de la scène. La rentrée est une catastrophe, des enfants dorment dans les rues, mais seule l’Islam semble être prioritaire.

Il faut dire que la campagne électorale débute doucement. Elle est dans une configuration très particulière. La droite et l’extrême-droite sont perdues, dépassées par le programme économique de Macron, et peinent à justifier leur existence. Il lui faut donc une thématique où elle peut aller plus loin que les autres. L’islam et l’insécurité sont des sujets particulièrement bankables. Il suffit de les agiter pour attirer l’attention, et donc les voix.

Racisme  ?

On peut argumenter que la loi en tant que telle n’est pas raciste. Elle ne concerne qu’une opinion, une croyance, une pratique de la religion. A un moment, nous reprenons, nous aussi, à notre compte, certains des éléments de langage des réactionnaires  : «  appeler un chat un chat  », «  arrêter d’être naïfs  ». Derrière l’Islam, il y a autre chose, il y a quelque chose qui est au-delà du débat inter-religionnel, au-delà de la question du voile, quelque chose qui touche la nature même des individus qui sont ciblés.

Est-ce que ce séparatisme possède une base de vérité  ? Oui, en quelque sorte. Mais principalement sous la forme d’une prophétie auto-réalisatrice. Ce «  séparatisme  » est avant tout celui de la France, qui semble vouloir rejeter, exclure, une partie de sa propre population, de sa propre nation, au sens populaire du terme.

Le racisme systémique, la conjonction de l’exclusion sociale et de celui-ci, finit par donner des fruits vénéneux. Pour beaucoup de jeunes issus et issues de l’immigration, il existe un sentiment d’être rejeté, exclu, relégué à un rang subalterne dans la société. Avec la destruction du tissu social, avec la hausse de la précarité, avec la réduction des financements aux travailleurs sociaux et aux associations, il est logique que de nouvelles formes d’attachement, de solidarité, se créent. Dans certains cas, elles prennent la forme de relations économiques informelles ou mafieuses, dans d’autres, sous la forme d’une identité et d’un attachement à des conceptions religieuses.

Or, la réponse, si on peut en parler ainsi, ne s’attache pas à résoudre ce problème matériel. Elle s’attache à exercer une pression sur certaines de ces expressions, en employant la répression, et, finalement, en alimentant les causes profondes. Exclure, brimer, stigmatiser ne fait que poursuivre une montée en tension et faciliter le travail des agents recruteurs réactionnaires.

Prétexte ou idée profonde  ?

Dans leur majorité, les individus qui mènent campagne contre les musulmans et les musulmanes, en les stigmatisant sans cesse, en les harcelant, en multipliant les provocations et les actes vexatoires n’en ont strictement rien à faire des aspects réactionnaires de cette religion. C’est un prétexte. Nous le redisons à nouveau, en réalité les fascistes ou les ultras de la réaction sont en accord total sur le fond idéologique le l’islam des Frères Musulmans. Que ce soit l’organisation de la société, les droits sociaux ou la place des femmes, tout n’est qu’harmonie entre eux.

Mais l’unique chose qui les froissent, qui leur posent problème, c’est la question sociale et la question raciale. Quand on prend le temps de lire les discours réactionnaires, on ne peut que constater la facilité incroyable avec laquelle la question de l’Islam dévie progressivement sur la question des «  racailles  » puis de l’immigration. C’est-à-dire, dans un premier temps la répression des classes sociales jugées dangereuses. Dans un deuxième temps, une volonté de modifier sensiblement la composition ethnique de la nation française.

Ces trois composantes Islam – Délinquance – Immigration sont intimement entremêlés dans les discours. Mais il faut identifier alors deux tendances principales  : ceux qui n’y croient pas mais qui l’emploient, et ceux qui y croient dur comme fer. Dans les faits, dans les promoteurs de cette loi, il existe un grand nombre d’individus qui considèrent cela comme une option comme une autre pour gagner des voix et gagner en influence. Ce sont des gens sans la moindre vergogne.

Ces individus ne sont probablement pas racistes, ne détestent personne, ils ont choisi cet angle d’attaque, comme un slogan, une réclame, en se disant que cela ferait leurs affaires. Une mentalité d’école de commerce en somme. Cependant, ils ne se rendent absolument pas compte de ce que cette surenchère génère comme climat catastrophique, et au moulin de qui ils apportent une précieuse eau.

Un climat pogromiste se répand.

Tandis que certains jouent à un jeu dangereux, d’autres fourbissent leurs armes. Plusieurs tentatives d’attentats anti-musulmans ont été déjouées par le passé. Des groupes de policiers racistes se sont organisés… Surtout, des tribuns avancent leurs slogans. Il ne s’agit plus seulement de se débarrasser de la pratique de l’Islam, jugée incompatible avec la République, il s’agit de déclarer une incompatibilité civilisationnelle, quand ce n’est pas un grand remplacement. Or, l’un ou l’autre implique, de fait une volonté d’exclure, de chasser, des individus qui sont présents en France, qui sont juridiquement français et françaises, et qui font de facto, partie de la nation au sens populaire du terme. Bien que ce ne soit pas explicitement mentionné, les méthodes ne laissent que peu de doute  : ce sont des exclusions ou des déportations. En adjoignant à cela un climat de guerre civile, une volonté de créer un sentiment d’encerclement, d’assiégés, on glisse lentement mais sûrement vers une pente qui amène à l’épuration ethnique. C’est à ce climat que des publicitaires de la politique contribuent.

Le vrai séparatisme est ailleurs.

Si nous parlons de séparatisme, nous devons bel et bien être capable de définir ce terme  : il s’agit, selon Wikipédia  : «  Le mot séparatisme désigne, de façon générale, la volonté d’un groupe d’individus unis par un certain caractère et en une zone géographique, de se détacher politiquement d’une collectivité à laquelle ils appartiennent.  »

Si on doit désigner une communauté homogène qui fait preuve de séparatisme, c’est celle des exploiteurs. Les capitalistes non seulement impose un ordre, une loi, par le truchement de leur État. Mais ils s’affranchissent de respecter celle-ci, et la transgressent constamment. La bourgeoisie essaie systématiquement de gruger, de tromper, de voler. En ne respectant pas le code du travail, en ne respectant pas le paiement des impôts, en conquérant des sinécures politiques qui lui permettent de tricher… Elle s’affranchit de la légalité lorsqu’elle entrave ses objectifs, sans la moindre vergogne.

La question de l’adhésion aux prêches de recruteurs réactionnaires est nourrie par la précarité, la pauvreté, l’absence de perspectives, les vexations constantes. Seule la liquidation de ces maux peut permettre de mettre fin à l’influence des prêcheurs de haine. C’est uniquement la création d’un espace d’élaboration commun, qui permette de définir de sens de la nation au sens populaire du terme, qui peut souder les exploités et exploitées ensemble, lutter contre les influences réactionnaires, et forger une véritable unité populaire.

Nous nous opposons à cette loi car elle est une pierre de plus dans la construction d’un édifice de haine. Car elle est un jeu dangereux, qui peut se payer en fleuves de sang. Car elle ouvre également une boîte de pandore, dans laquelle se trouve possiblement une censure des organisations politiques défendant une autre république, une autre démocratie que celle de la bourgeoisie. Nous dénonçons cette montée des enchères en termes de surveillance et de répression, cette montée de provocations.

Ne nous pouvons pas rester les bras croisés en attendant une prochaine guerre des races. Nous devons dénoncer le jeu politicien, mettre au premier plan la lutte contre l’exploitation, contre la misère, contre la guerre. Faisons front commun  !

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