L’Italie, le populisme et sa faillite de sa forme « de gauche. » Partie 1

L’Italie, le populisme et sa faillite de sa forme « de gauche. »

E.Vertuis

Partie 1

A la suite d’une longue crise politique, les élections ont porté au pouvoir, le premier juin, une coalition étonnante et héteroclite, formée d’une part du mouvement populiste “5 étoiles” et de l’autre de la Ligue, une organisations nationaliste d’extrême-droite. Pour obtenir un modus vivendi entre les deux forces, un juriste “indépendant” Giuseppe Conte, a obtenu le poste de premier ministre, tandis que les dirigeant des deux partis assurent la vice-présidence. Les ministres, quant à eux, semblent tout droit sortis d’un cauchemar fiévreux. Une ministre de la santé aux thèses conspirationnistes sur les vaccins, un ministère de l’environnement dirigé par un général des carabiniers, un ministère de “l’Agriculture, de la Famille et du Handicap” (sic.) confié à Lorenzo Fontana, qui est catholique anti-avortement, ça ne s’invente pas, et un ministère de l’intérieur confié à Matteo Salvini. Gérard Collomb aura ainsi le plaisir de coopérer directement avec le leader de la Ligue du Nord. Etant donné la passion de l’un et l’autre pour la question de la lutte à outrance contre les réfugiés, il est plus que certain qu’ils auront matière à discuter ensemble.

De fait, la terrible histoire de l’Aquarius a démontré la communauté de vue entre le gouvernement français et le gouvernement italien sur la question du traitement des migrants et des migrantes qui fuient les guerres que les impérialistes ont eux-même attisées.

L’Aquarius est un navire de secours battant pavillon italien, qui a pris en charge 630 naufragés et naufragées en mer Méditerranée. Devant faire route vers l’Italie, il a été interdit d’accès au port par décision du ministre de l’intérieur, lequel a obligé le navire, surchargé, manquant de vivres et de médicaments, à errer en mer. Malgré qu’Emmanuel Macron ait critiqué la “part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien”, celui-ci n’a pas daigné apporter la moindre aide au navire, qui est pourtant passé à 17 km des côtes Corses.

Ce n’est que lorsque le port de Valencia, dans l’Etat espagnol, a accepté de prendre en charge le navire que la fibre humanitaire de la France s’est réveillée, promettant toute l’aide possible à la ville.

La brouille n’a d’ailleurs pas empêché une rencontre entre Giuseppe Conte et Emmanuel Macron quelques jours plus tard. Rencontre sur fond de tension, de la part d’une bourgeoisie monopoliste italienne qui voit dans la France l’Etat qui lui a volé ses relations de clientèle avec la Libye. Mais surtout difficulté de compréhension entre deux lignes politiques réactionnaires mais antagoniques : une qui se veut ultra-libérale, l’autre qui opine déjà de manière beaucoup plus marquée pour des solutions simili-fascistes. Un pro-européen convaincu face à un eurosceptique par la droite.

L’Italie, par ailleurs, connaît une période trouble et clivante. L’extrême-droite garde des bastions importants. Durant la guerre froide, les réseaux stay-behind de la CIA et l’opération Gladio ont été des sinécures pour les anciens partisans de Mussolini ainsi que le moyen d’en recruter des nouveaux, pour lutter contre la puissance du PCI de l’immédiat après-guerre. Il n’y a pas eu de réelle “défascisation” dans le pays ou la petite-fille du Duce peut siéger au nom d’un parti qui propose les mêmes idées que son grand-père.

Dans les rues, les défilés de Casapound, une des organisations de masse fasciste, rythme une vie politique chaque fois davantage gangrénée par l’extrême-droite. Une extrême-droite qui n’hésite pas à tuer, comme le démontre le cas de Soumaïla Sacko, militant syndicaliste immigré, qui défendait les droits des travailleurs surexploités dans les latifundas du sud, dans lesquels les conditions de travail n’ont guère changé depuis l’Empire.

Dernièrement, le gouvernement italien a d’ailleurs annoncé son intention de ficher les membres de communautés Rroms, dans une logique qui ne peut qu’évoquer de bien tristes souvenirs. Souvenirs d’autant plus avivés par l’annonce de la part des ministres de l’intérieur Allemand ( Horst Seehofe, CSU), Autrichien (Herbert Kickl, FPÖ) et italien de former un « axe des volontaires contre l’immigration ». Dans une formulation qui, au mieux est maladroite et de mauvais goût, au pire est une véritable provocation. Ce sont d’ailleurs des aspect sur lesquels nous reviendront, tant les destins de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie sont liés.

Dans un pays où l’Etat comme les ménages sont endettés jusqu’au cou, les immigrés servent de bouc émissaires et sont pointés du doigt comme le problème de société. La question de l’immigration, travaillée depuis des années, devient une bombe à retardement tout comme une position virale, contaminatrice, qui explique notamment l’alliance étrange -au premier abord- entre le mouvement 5 Étoiles et la Ligue.

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