Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire – Partie IV

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CONSTRUIRE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE

L’opposition extra-parlementaire répond à un constat : la démocratie bourgeoise se borne strictement à l’idée que le vote est l’acte suprême, le seul légitime, le pinacle de la démocratie. Certes, certains réformistes progressistes concèdent qu’il est possible de doubler ceci d’une pointe de démocratie participative, mais cela reste aux plus bas échelons, sur des questions subsidiaires. Discuter la politique de défense ? Discuter le budget de l’Etat ? Non.

La bourgeoisie présente la démocratie comme un blanc-seing donné, tous les 5 ans, à un député voleur, à un président menteur, et dont il est de bon ton de se contenter. La démocratie, pour la bourgeoisie, se limite aux cadres étroits qu’elle décide, qu’elle impose, dont elle décrète la légitimité. Qu’importe si elle transgresse régulièrement sa propre légalité, elle joue à domicile en permanence.

Si les forces communistes sont déjà dispersées, que dire de celles de la nébuleuse anticapitaliste ? Cette masse, pourtant importante, est régulièrement victime de son isolement, régulièrement infectée par des thèses fausses, elle est battue dans le détail, écrasée par l’hégémonie culturelle, politique de la bourgeoisie. Cette nébuleuse, malgré ses oppositions, malgré ses différences, doit, dans ce front large, se rassembler.

L’opposition extra-parlementaire a pour idée de réclamer le contraire. La démocratie, réelle, c’est celle de la mobilisation des masses. C’est celle des assemblées populaires, c’est celle de la rue, des syndicats, des organisations politiques, révolutionnaires, antiparlementaires. La démocratie réelle se traduit par le fait que les masses prennent des décisions et sont en mesure de les exécuter. Dans la doxa bourgeoise, seule les élus « légitime » peuvent s’exprimer publiquement, prendre position. Ce droit à l’expression, cette légitimité devront être arrachés.

Cette idée ne saurait être, à elle seule, la voie de la révolution. Dans l’Etat actuel des choses, elle représente une solution intermédiaire, un moyen, un premier point d’ancrage, une première marche vers la rupture avec la bourgeoisie et ses jeux truqués.

L’opposition est ouverte  tout ceux, toutes celles -individus comme organisations- qui se placent en rupture avec la démocratie bourgeoise. A partir du moment où l’engagement est mû par l’honnêteté, par la sincérité, par le respect des règles internes à l’opposition, de sa « légalité propre », en somme, il n’existe pas d’obstacles à une adhésion.

Elle est un front commun contre l’exploitation, contre la domination, contre les divisions et diversions lancées par les ennemis du peuple. Elle est le premier rempart dans la période de défensive stratégique que traversent les classes populaires de l’Etat français.

Ses bases n’ont besoin que d’être minimes pour être efficaces :

Le rejet du sectarisme comme norme. L’Unité Communiste Lyon, ainsi que les structures dans lesquelles ses militants ont pu officier avant, peut en témoigner : l’anticommunisme, l’anti-léninisme n’est pas mort. Tandis que milles prétextes sont trouvés pour excuser les conflits avec les sociaux-démocrates de gauche, avec les trotskistes, entre les anarchistes, le léninisme continue d’être vu comme une horrible maladie. La formidable machine de propagande bourgeoise porte ses fruits : rendre ennemie l’idéologie de la liberté et de l’égalité. Pourtant, le travail commun existe, porte ses fruits, montre que la confiance et l’esprit d’unité, soudé par le travail de terrain, est un ciment plus efficace, plus juste, que les semblants d’affinités qui peuvent exister.

            Le refus du parlementarisme, de la démocratie représentative comme étant des modes d’expression et de gouvernement légitimes. Le refus de l’accaparation du pouvoir par une poignée de politiciens professionnels, élus sur des mandats vagues et non-contraignants.

Le rejet du crétinisme parlementaire, ce mode de prise de décision alambiqué, par l’amendement à la virgule, par le langage technocratique. Au contraire, les prises de décisions doivent être sur le fond, claires, simples et limpides aux yeux de toutes et tous.

Le respect des règles et de prises de décision, la lutte contre le sabotage interne, contre l’obstruction, contre le non-respect des mandats. La lutte contre l’entrisme, le noyautage, la récupération par des sous-marins de la politique.

Le rejet du capitalisme comme mode de production et d’organisation de la société. Bien évidemment, il ne s’agit nullement de défendre un retour au capitalisme « du bon vieux temps », ou d’un féodalisme périmé. Il s’agit d’abolir la propriété privée des moyens de production et de la remettre entre les mains des masses.

Le rejet de l’impérialisme, et, en premier lieu, l’impérialisme français. L’opposition extra-parlementaire ne saurait tolérer de chauvins, sociaux ou non, soucieux d’accroitre le « bien-être national » par l’invasion, l’annexion, la domination. Cela passe également par une reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, ce y -compris au sein de « l’hexagone » et de ses dépendances.

L’indépendance de classe. Les balles sucrées de la bourgeoisie, qui corrompent, qui achètent, mais qui salissent et tuent aussi, sont un danger réel. Dépendre de la bourgeoisie, dépendre d’un de ses partis -qu’il soit réformiste radical ou non- signifie in fine se mettre à sa remorque. La liberté de ton, la liberté d’action ne doit dépendre que de la volonté et des forces objectivement disponibles. L’opposition ne doit pas dépendre des subsides, des subventions, de l’argent de la bourgeoisie et de ses relais. Elle ne doit compter que sur ses propres forces, ses propres ressources.

LES OBJECTIFS DE L’OPPOSITION EXTRA-PARLEMENTAIRE.

A l’heure actuelle, seul les salons de la bourgeoisie, ses confortables fauteuils, ses sinécures, ses cadres. Une unité, qu’elle rassemble anarchistes, libertaires, communistes, honnêtes et progressistes, doit permettre de fournir, vis-à-vis des masses, un autre discours. Dans le cas de ces élections, ce pôle aurait pu appeler à dénoncer, à boycotter ce jeu truqué. Il aurait pu avoir le poids suffisant pour être, à sa mesure, un acteur du débat, un intervenant politique, tout aussi légitime, aux yeux des masses qu’un candidat.

Ses formes restent à définir, cependant les questions qu’elle pose ne sont nullement insolubles avec un minimum de volonté, avec un minimum de travail sérieux.

Elle présente un double aspect : cette opposition doit être à la fois une « ligue » d’organisation, mais -en même temps – elle doit être plus que tout cela. Si elle peut être, au début, une conférence inter-organisation, mettant en œuvre un matériel commun, elle ne peut rester que cela. Sans évolution, elle reviendrait à être unitaire pour deux. . Si l’opposition reste dans un entre-soi confortable, si elle ne quitte pas sa safe-zone pour devenir un pôle, elle s’effondrera. Il est essentiel d’être critique vis-à-vis des expériences similaires. Elles sont restées dans les universités, dans les centre-ville, dans les squats. Nombre de ces contestations n’ont pas fusionné avec les masses, sont restées sourdes à leur situation, à leurs revendications, à leur état d’esprit. Réussir cette transformation,, cette fusion, est la condition sine qua non du succès. Cette réussite permettra de forger un outil puissant, un bouclier, mais également une épée avec laquelle il sera possible de frapper la bourgeoisie et ses relais -progressistes ou réactionnaires.

L’expérience concrète du débat politique, de l’exercice, même limité, des tâches de direction, est une fantastique source d’expérience. De même, elle rentre dans la logique, par les liens, par les débats concrets qu’elle pose, de la bataille idéologique. Le travail commun formera un brise-lame pour nombre d’idées fausses. Nulle question ne doit être taboue en son sein. Notamment, celles, particulièrement épineuses, de la question nationale au sein de l’Etat français, mais également des contradictions au sein du peuple, que celles-ci soient autour des question de la division genrée du travail, du patriarcat, du racisme, de la pratique religieuse, des idées réactionnaires ou arriérées.

De nombreux cadres, il est important d’être honnête sur ce point, ont fait leurs premières armes dans les assemblées générales majoritairement étudiantes. Ce sont dans ces lieux de débat, d’échange, de confrontation, que se sont aiguisées nombre d’éminentes capacités d’exercice des tâches d’encadrement, d’agitation ou de propagande. Cependant, ces cadres sont bien souvent de parfaits représentants de la petite bourgeoisie, enthousiasmés par les idées révolutionnaires, mais rapidement effrayés par les évolutions qu’elles peuvent prendre, et qui, parfois, retournent purement et simplement leurs veste, passant avec armes et bagages dans les rangs des carriéristes ou même de la réaction.C’est un bénéfice que peut apporter cette opposition. Elle doit être un creuset duquel naîtra une génération de militants et de militantes d’une trempe nouvelle, mais, également, issus des milieux populaires, prolétaires, ouvriers, et non plus simplement d’intellectuels de bonne volonté, aussi positive leur présence soit-elle.

A moyen terme, l’existence de cette structure peut permettre d’en faire un centre de gravité de l’hostilité contre le système capitaliste, contre l’impérialisme. Cela peut devenir un point d’appui essentiel, fédérant les opposition, les unissant, y adjoignant ceux et celles qui veulent lutter.

A long terme, cet outil ne remplacera jamais, pour l’impulsion d’une révolution, le Parti. Pourtant, ce travail n’en est pas moins fondamental. Nombre d’organisations, se revendiquant du communisme, pourtant l’oublient, l’omettent, voir même l’écartent.

Ou il oublient la démocratie populaire, oublient les soviets, et ne voient, dans la question du pouvoir, que leur ordre. Ceux-ci oublient les masses et n’ont pas confiance en elles pour se saisir politiquement des questions. Ces organisations et ces individus pensent que le Parti est tout, qu’il est l’alpha et l’oméga de la vie politique et de la révolution. Ceux-ci pêchent par leur autoritarisme, par leur aventurisme.

A l’inverse, d’autres les fétichisent à outrance, se mettent à la remorque, ne cherchent pas à apporter des conceptions politiques poussées, mais, au contraire, flattent la démagogie, les tendances réactionnaires, oublient que la lutte des classes et la lutte idéologique est partout, même au sein du peuple.

L’Unité Communiste de Lyon considère son rapport à cette question de la manière suivante : à nos yeux, les deux sont nécessaires, le Parti, pour porter les mots d’ordre, pour impulser la ligne politique, pour fournir des cadres organisationnels. Les Soviets comme outils des masses populaires pour prendre en charge ces questions politiques, pour transformer, par leur capacité créatrice, ces mots d’ordres en réalité.

Ces soviets sont la base du pouvoir populaire, du pouvoir révolutionnaire. Plus ils grandiront en influence, plus ils seront à même de pouvoir contester la légitimité du pouvoir bourgeois, plus ils seront à même de pouvoir opposer la leur.

Ce sont des spéculations sur le long terme, mais ses fondements peuvent déjà être lancés. Il est même urgent qu’ils le soient.

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