3 ans

« Le temps des décisions est venu  » a déclaré Elmar Kriegler, un des auteurs du rapport du GIEC.

La troisième partie du rapport du GIEC vient d’être publiée. Elle est tout aussi effrayante que les deux premières. Le groupe d’étude sur le climat déclare sans ambages  : «  Le temps des décisions est venu  ».

Pour la première fois une date est posée  : il nous reste trois ans pour parvenir à réaliser une transformation profonde des moyens de production. Le GIEC considère qu’il reste trois ans pour atteindre le pic des émissions carbone.

« Dans les scénarios que nous avons évalués, limiter le réchauffement à 1,5 °C nécessite que les émissions de gaz à effet de serre plafonnent avant 2025 au plus tard.  »

Ces 1,5°C d’augmentation sont les objectifs les plus ambitieux définis par le GIEC. Ils sont aussi les seuls qui garantissent une possible adaptation sans que des catastrophes incontrôlables ne se multiplient. Comme le déclarait Shauna Aminath, ministre de l’environnement des Maldives  : «  la différence entre 1,5 et 2 °C est la mort pour nous.  » Pour le moment, les perspectives sont extrêmement sombres  : elles sont aux alentours des +3,2°C pour 2100. C’est une catastrophe absolue en perspective.

Bâtiment et réchauffement climatique : limiter la hausse des températures
La notion de “zone tempérée” va devenir décidément bien relative.

Même en tablant sur un scénario de +2°C 2025 apparaît comme une date butoir. La différence est dans la vitesse de descente des émissions. Pour obtenir celle de +1,5°C, un effort immense doit être consenti, avec des coupes claires1 dans les émissions. Cela implique une réduction de 43 % des GES d’ici 2030. Autant dire que c’est une thérapie de choc. Fin du charbon, réduction massive du pétrole, reforestation… Ce choc est difficilement accepté politiquement et géopolitiquement : au-delà de l’effort, difficile à faire consentir pour ceux qui vivent dans l’opulence – même relative – du Nord, il existe aussi la peur des pays de l’OPEP de retrouver un statu marginal d’avant la dépendance au pétrole. Les pieds traînent. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, déclarait : « certains gouvernements et responsables d’entreprises disent une chose et en font une autre. Pour le dire simplement, ils mentent . » Il faut dire que, pour citer Bismarck, « la politique est l’art du possible ». Elle implique donc le compromis. Hélas, le compromis avec les faits se traduit le plus souvent par l’inaction, le camouflage ou le mensonge. Ainsi : « Mettre d’accord la communauté scientifique et les gouvernements sur le résumé pour les décideurs n’a pas été facile, ce qui prouve une chose plus que tout : le temps des décisions est venu.  » On croirait de la fiction, mais c’est une réalité : il faut négocier la vérité pour le rendre acceptable ou rentable.

Troubles prévisibles

Un des points centraux évoqués dans le film catastrophe Don’t Look Up, qui retrace de manière plutôt fidèle le parcours du combattant des scientifiques chargés du climat, est ce déni constant. Les attitudes face au changement sont variées  : déni pur et simple, marchandage en comptant sur la géo-ingénierie, ou prise de conscience partielle, mais opportuniste, quand il s’agit de gagner des voix. Ceux qui en prennent conscience ont cependant du mal à l’intégrer dans un véritable plan d’action. Cette menace, bien que certaine, paraît intangible. Elle ressemble à celle face à la pandémie  : celle-ci était prévisible. Dans Le nouveau rapport de la CIA – Comment sera le monde en 2025 ? publié en 2009, auquel à participé le géopolitologue Alexandre Adler, le procès de développement de la pandémie est largement décrit. Conspiration  ? Non, simple travail de modélisation et d’analyse basé sur d’autres épidémies. De même, la fondation de Bill Gates avait interpelé les gouvernements sur ce risque. Mais peu avait été fait  : la prévention, en conjurant la menace, est souvent prise pour de la paranoïa. Ainsi, les stocks stratégiques de masques faits par Roselyne Bachelot avaient été largement critiqués pour leur coût. On pense toujours pouvoir anticiper les choses, faire des plans. Mais, pour paraphraser la phrase de Von Moltke «  le plan est la première victime de la guerre  ».

Il y a une tendance à voir le réchauffement climatique comme un phénomène somme toute linéaire  : c’est à dire que les hausses des températures se répercutent simplement en un temps «  un peu plus chaud  ». Mais c’est là une vision simpliste des choses, qui masque une réalité bien indésirable. Comme beaucoup de phénomènes physiques, le réchauffement climatique est un phénomène qui fonctionne par bonds qualitatifs. L’accumulation d’énergie provoque une hausse des effets spectaculaires (grands froids, fortes chaleurs…), mais aussi elle a des effets qu’on pourrait qualifier d’effets de seuil. C’est à dire que dépassé un certain seuil, des transformations importantes et irréversibles se produisent. Bien sûr, nous parlons à l’échelle humaine. La Terre à connu des climats sans calottes glaciaires par le passé, et elles peuvent se reconstituer si on parvient à réaliser les efforts nécessaires. Mais les délais ne sont pas les mêmes.

Prenons un exemple particulièrement important : le glacier de Twhaites. Ce glacier, parfois surnommé le glacier de l’apocalypse, forme une des murailles de glace de l’Antarctique. Il fond depuis des années. Cette fonte s’est accélérée très fortement ces dernières décennies. Or, il ne s’agit pas d’une fonte linéaire : un courant chaud s’est installé sous le glacier, et menace de le décoller du fond de la mer. S’il était décroché, sa fonte rapide pourrait provoquer une hausse de l’océan mondial d’environ trois mètres. Or, il ne s’agit pas d’un scénario hypothétique qui peut se réaliser dans 400 ans, mais d’une certitude que cela arrivera à l’échelle de quelques années.

En Antarctique, le temps des solutions désespérées - Heidi.news
Le glacier Thwaites : point vulnérable par excellence.

Cette hausse des océans n’est pas non plus linéaire ou sans conséquences : elle se traduira par une détérioration rapide des capacités de production agricole, donc par de nouvelles menaces sur la sécurité alimentaire des populations. Cela passera forcément pas des conflits plus ou moins brutaux pour la possession des espaces agricoles.

Entre l’argent et le bulletin

Nous regardons effarés la conjonction de la rapacité et de l’inconséquence politique. D’un côté le grand capital se dit «  si je n’en profite pas, cela sera mon concurrent  », de l’autre les politiques ne pensent qu’à court terme et qu’à leurs réélections. Ces attitudes menacent la survie de l’humanité et des écosystèmes. Elles ne sont simplement pas acceptables. De plus, du fait de la mondialisation des échanges et de l’imbrication des économies, les politiques qui doivent être menées dépassent le simple cadre de l’État. Ainsi, les prétentions à la vertu des pays du Nord ne reflètent que le fait qu’ils se soient débarrassés de leurs industries les plus polluantes, tout en continuant à en consommer les productions. Elles sont simplement ailleurs, principalement en Chine pour le secteur secondaire ou en Afrique pour le secteur primaire.

Notre Terre, notre berceau, est progressivement transformée en tombeau. Il n’existe pas des milliards de manière de faire face à cet effondrement  : les solutions réformistes ne donnent que des résultats cosmétiques.

Nous avons besoin de sortir de ce mode de fonctionnement. Dans l’équation entre l’intérêt privé et la survie de l’humanité, les deux parties sont inégales. L’une est éliminable, tandis que la disparition de l’autre nous entraîne vers notre disparition. Il nous faut donc une société qui puisse réguler et contrôler ce système économique devenu suicidaire.

Si la démagogie règne, si la course aux fauteuils confortables, donc aux sondages favorables, nous menace, nous devons sortir de ce système. Il nous faut un pouvoir qui puisse incarner l’intérêt à long terme, le plus profond, de l’humanité dans son ensemble.

Nous, nous considérons que l’écologie n’est pas un paramètre accessoire, un petit coup de vernis à passer sur notre idéologie pour la rendre à la mode. Nous considérons que la gestion des ressources naturelles, que la gestion des capacités de régénérations de la Terre et que la protection des espaces naturels est à la base de toute l’économie. Nous voulons proposer une vision de long terme, laquelle permettrait à l’humanité de passer le «  grand filtre  » de l’effondrement des civilisations.

Comme nous l’écrivions en janvier  : «  Nous devons considérer les événements qui se déroulent actuellement comme une leçon de vie. Une leçon sur le crétinisme parlementaire, tout d’abord. Une sur la faiblesse de l’opposition au système capitaliste, noyée dans les injonctions à ne pas réussir, à ne pas rechercher la conquête et l’exercice du pouvoir. Enfin, cette vague pandémique, les menaces de guerre et le risque de catastrophe écologique amènent l’humanité face à une croisée des chemins : ce qu’on appelle parfois le Grand filtre. Soit nous sommes capable de pouvoir parvenir à dépasser cette crise, soit nous sommes voués à échouer.  »

1La langue est trompeuse  : une coupe sombre est souvent vu comme une réduction massive. Or l’origine de la phrase fait référence à la sylviculture. Une coupe sombre est donc une coupe restreinte des arbres dans la forêt (elle reste sombre), tandis que des coupes claires sont des coupes dans laquelle l’ombre n’existe plus  : une suppression de tous les arbres.

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