Raffineries et farce de la démocratie

Manuel Valls a annoncé récemment que les raffineries, les ports, les axes routiers, bloqués par les travailleurs en lutte, pourraient être débloquées par la force, si nécessaire, avec l’usage des forces de l’ordre.

Il ne faudrait pas que la menace de la pénurie puisse semer le doute dans les esprits, nuire aux automobilistes, tout comme le blocage des ports risquerait –horreur- de nuire quelque peu à l’économie.

Valls, ainsi, déclarait : “L’accès aux ports, l’accès aux centres névralgiques économiques, l’accès aux aéroports doit être possible et on ne peut pas tolérer ces barrages, même si c’est une difficulté supplémentaire pour les forces de l’ordre”.

Aujourd’hui, 20 avril, les forces de l’ordre ont entamé le déblocage du terminal pétrolier de Lorient, illustrant parfaitement les paroles de Manuel Valls. Les gendarmes ont ainsi chargé les piquets de grève et les barrages formés par les travailleurs en lutte.

Les gendarmes mobiles ont repris l'entrée du dépôt pétrolier.

Cette intervention n’est pas sans rappeler le déblocage de la raffinerie de Feyzin (69) durant la lutte contre la réforme des retraites. A ce moment, l’armée est intervenue pour disperser les barrages, et remettre manu militari –c’est le cas de le dire- en route les machines distillant le précieux or noir.

Pourtant, nous sommes bien obligés de nous interroger naïvement, le droit de grève n’est-il pas un droit démocratique reconnu ? Ne fait-il pas partie de ces « libertés fondamentales » dont on nous rebat les oreilles, tant elles incarnent la grandeur et la perfection de la République ?

Soyons sérieux. Tant que la grève ne gêne pas réellement, tant qu’elle ne menace pas de manière un tant soit peu sérieuse le bon fonctionnement de l’économie, elle est tolérée. Tolérée ne signifiant, bien sûr, pas « aimée », il suffit de voir la propagande anti-gréviste déversée contre tout mouvement.

Cependant, pour peu qu’elle sorte de ces cadres tolérés, bien que restant dans le cadre légal, elle est immédiatement combattue avec force, quitte à ce que l’Etat viole ses propres cadres légaux.

Gênante, entrainant des pertes, entrainant une action sur l’économie, la grève « dure » n’est pourtant pas un danger pour l’ordre établie, pour l’Etat. Mais qu’à cela ne tienne, ceci est suffisant pour justifier le fait qu’elle soit brisée.

« L’Etat opprime et la Loi triche »[i]

L’Etat, bras armé de la bourgeoisie, n’est nullement un arbitre.  Il n’est pas une émanation qui flotte au-dessus de la société, qui en est coupée, et qui serait neutre. Au contraire, l’Etat est là pour maintenir l’exploitation dans un cadre légal favorable à la bourgeoisie. Les maigres libertés gagnées de haute lutte ne sont que temporaires dans les faits.

L’Etat, la loi, nous garantissent pourtant des « libertés fondamentales ». « Fondamentales », ce mot signifierait qu’elles formeraient le fondement de notre société. Beau et pieux mensonge. 

Il n’est pas de Liberté en régime capitaliste.

Il n’existe rien qui soit une « liberté fondamentale » en régime capitaliste, juste des droits formels. Formellement nous avons le droit de lutter, formellement nous avons le droit de manifester, formellement nous avons le droit à beaucoup de choses. Mais la confrontation avec la réalité révèle que ces droits n’existent que tant qu’ils ne gênent pas l’exploitation, qu’ils ne la remettent pas en cause.

Ces droits sont une boîte, un bac à sable, dans lequel –grand seigneur- l’Etat nous autorise à nous ébattre et à jouer. Gare cependant lorsque les travailleurs essaient d’en sortir, la matraque, le gaz, le fusil, la prison les attendent.

Marx ne se trompait pas quand il écrivait que la démocratie bourgeoise n’est que la démocratie des bourgeois, tout comme la démocratie Athénienne était celle des propriétaires d’esclaves.  Cette démocratie n’est que la dictature de la bourgeoisie sur les travailleurs, tout comme la “belle” démocratie athénienne était la dictature contre les esclaves.

 

Quand l’illusion réformiste se brise face à la réalité.

Aux rêveurs, aux naïfs qui croient que la bourgeoisie ne se rebellera pas, qu’elle discutera, qu’elle posera les armes lors de la révolution, voire même qu’elle acceptera de céder face à la « volonté de la majorité », face à la « mobilisation citoyenne », regardez la réalité en face.

Si, pour un si petit enjeu, la réaction de l’Etat, la réaction de la bourgeoisie, est telle ; comment imaginer un seul instant qu’elle puisse ne pas se battre avec la dernière énergie lorsque ses intérêts seront menacés directement, ou même que le pouvoir lui échappera.

Comment croire qu’elle puisse accepter de laisser les rênes du pouvoir à un gouvernement « ouvrier » sans être brisée avant ? Comment croire qu’elle puisse accepter d’être taxée sur ses bénéfices ? Comment croire qu’elle acceptera de verser sur ses deniers –issus de la sueur de notre travail en fait- un salaire à vie, cette chimère réformiste ?

 Car la dictature de la bourgeoisie, ce n’est pas une chose en l’air, une idée, c’est une réalité concrète. Une réalité faite de violence et de répression.

La bourgeoisie veut tenir son ordre par le fer et le feu. Le fait-elle par méchanceté ? Non. Elle le fait car c’est son intérêt de classe de le faire, qu’elle en est vivement consciente, et qu’elle est vivement intéressée par le protéger. Elle n’hésite pas un instant, pour se faire, pour satisfaire ses appétits, pour se défendre, à violer sa propre légalité. Par le passé, lorsqu’elle s’est sentie menacée, elle n’a pas hésité a appeller les fascistes au pouvoir, pour écraser dans le sang le mouvement ouvrier.

Nous le savons. L’histoire a enseigné que la bourgeoisie ne s’encombre guère d’états d’âme. Et à raison.

Car dans un monde socialiste, ils n’auront plus de place, plus de privilèges, plus de rangs, plus rien. Et comme l’écrivait Lénine : “Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon.” [ii]

La bourgeoisie nous réprime parce qu’elle se sait pourrissante et aux abois. Elle n’a plus de place dans ce Monde. Elle n’est plus qu’un parasite vivant sur le dos des travailleurs.

Sa dictature, les travailleurs la briseront !

 

 


[i] Couplet de l’internationale.

[ii] Lénine : Le Renégat Kautsky et la révolution prolétarienne.

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