Grève des enseignants et enseignantes !

Aujourd’hui, les enseignant et enseignantes, à l’appel de plusieurs syndicats, se sont mis en grève durant le premier jour de l’épreuve du baccalauréat.

La mobilisation a été un succès en termes de grévistes, bien que le ministère essaie, à son habitude, de minorer les chiffres des participants et participantes. Au final, environ 30 % des enseignants et enseignantes semblent avoir participé à la grève. A Lyon, c’est un rassemblement et une assemblée générale d’entre 400 et 500 personnes qui s’est tenue.

Une telle mobilisation, le premier jour des épreuves du bac, est un véritable succès. Le rectorat et les chefs d’établissement ont fait pression pour tenter de juguler le nombre de grévistes, ou ont fait des réquisitions des AED ou des personnels administratifs, mais dans l’ensemble, la journée est un succès. Succès qui en ouvre d’autres !

Pour beaucoup d’élèves, cependant, l’épreuve du baccalauréat est devenue une étape vers le néant, tant la machinerie de Parcousup a bouché l’avenir. Plus que la grève, hypocritement érigée en action dirigée contre les élèves, ce qui les pénalise sont les réformes. Ainsi, Parcoursup s’est imposé comme un véritable hachoir à orientation.

Pour mémoire, Parcoursup est la continuité de la gare de triage créer par Adminssion Post-Bac. Dans APB, cependant, les élèves pouvaient définir des vœux hiérarchisés, qui leur permettaient d’avoir une certaine prise sur leur avenir étudiant.

Dans Parcousup, en revanche, c’est une « mise à disposition » de recruteurs et de recruteuses qui est opérée. Cette inversion fait que les établissements d’enseignement supérieur font « leur marché », recrutant les élèves mis à disposition en fonction de leur profil (et très souvent, de leur origine géographique – donc sociale, du fait de la ségrégation socio-spatiale -). Une fois que le nombre désiré est atteint, les autres sont envoyés au rebut. De plus cela s’attaque au concept même de l’orientation. Cela devient de la gestion de flux en fonction des intérêts du tissus industriel local.

In fine, lorsque 400 000 lycéens et lycéennes se retrouvent sans affectation, ce n’est pas une erreur de Parcoursup, c’est au contraire qu’il a marché exactement comme prévu.

La question du nouveau bac se pose aussi d’une manière brûlante :

Deux lycéens ou lycéennes n’étaient, déjà, pas jugés à la même valeur, du fait de leur lycée d’origine, vont voir cet écart être accru. Les prétendues mesures d’égalité vont se heurter au prisme de la réalité.

La libéralisation à toujours mené à la concentration des ressources, jamais à l’égalitarisme. Celle du système des options ne va pas échapper à cette règle. Comme il est absolument impossible pour tous les lycées de couvrir toutes les options, des choix vont devoir être faits. Au lieu d’avoir des filières par établissement, ce seront des établissement-filières qui apparaîtront.

Les bacs à options vont accentuer une ségrégation spatiale, en fonction des options qui seront concentrées dans les différents établissements. Les options de prestige seront concentrées ans ceux bénéficiant déjà d’une attractivité, mais les lycées laissés pour compte verront leur situation se dégrader encore davantage.

Par ailleurs, il est fondamental de rappeler que la lutte pour une défense du baccalauréat s’inscrit également dans la lutte pour la défense du contrat de travail. Un des objectifs de la liquidation du cadrage national des diplômes est de s’attaquer à leur valeur juridique. Il s’agit d’une manœuvre en sous-marin dans le but de frapper une des dispositions fondamentales du Code du Travail : les conventions collectives.

Détruire les conventions collectives était au cœur des opérations massives menée par le gouvernement EELV – PRG – PS puis par le gouvernement LREM. Dans la loi El-Khomri et la loi travail, l’un des buts était de faire sauter ces éléments essentiels du rapport de force des travailleurs et travailleuses envers leurs exploiteurs et de les remplacer par des accords d’entreprises, nettement moins favorables.

En transformant le bac national -déjà inégalitaire et peu reconnu- en bac d’établissement (ce qui est également valable pour les Licences et les Masters), cela rend impossible, à terme, leur reconnaissance juridique. Elle ne leur permet plus, par voie de conséquence, de trouver une reconnaissance dans le navire sombrant des conventions collectives.

En somme, la nouvelle génération de bacheliers et de bachelières est vouée à être une génération sacrifiée, destinée à être surexploitée, et, surtout, à être mise en concurrence directe et brutale avec les générations précédentes. En dernière instance, ces néo-bachelier serviront de menace pour faire accepter des baisses de salaire, des conditions de travail plus rudes, à ceux et celles qui sont déjà en poste.

Cette mesure de fragmentation des statuts inter-générationnels ne peut pas ne pas avoir de conséquences dramatiques sur les salaires et les conditions de travail.

D’une manière générale, il est essentiel de rappeler que la réforme qui est concoctée par le gouvernement est cohérente et architecturée. Elle vise des objectifs extrêmement ambitieux, puisque ceci inclut le fait de changer complètement le fonctionnement des lycées.

En les autonomisant d’un point de vue administratif, ce qui renforce les pouvoirs des chefs d’établissement, devenant de fait des équivalents, en termes de compétences, des présidents et présidentes d’université après l’application de la LRU. De fait, les proviseurs et chefs auront une autorité accrue. Les réformes renforcent le pouvoir administratif au détriment de la pédagogie. En fait de « confiance », c’est la perpétuation de la veille de l’opinion et du contrôle de la pensée sur les enseignants et enseignantes.

Cette autonomie administrative se dédouble d’une autonomie de recrutement, les établissements pourront ainsi constituer eux-mêmes leurs équipes, sous des recrutements ressemblant à ceux pratiqués par les mairies. Ainsi, les CAPES et Agrégation seront ravalés au rang d’habilitation, mais ne seront plus de garanties de pouvoir bénéficier d’un poste. Il s’agissait d’une disposition prévue d’ores et déjà dans la masterisation des concours, qui devait créer une équivalence, in fine, entre M2 et Capes.

Plusieurs établissements ont également dû accepter des privatisations et des externalisations (entretien, cantine), qui, non seulement ne permettent pas de bénéficier d’une qualité plus importante de service, mais sont également coûteuses. Ces marchés captifs sont des cadeaux, accordés selon des critères clientélistes.

Également, de plus en plus d’établissements demandent aux professeurs de faire des heures supplémentaires sur la base du volontariat, mais avec l’idée, exprimée dans Cap 2022, d’en faire une norme. Cela vise à réduire dont le nombre de postes en saturant les enseignants et enseignantes avec des classes surchargées et des heures plus nombreuses.

Lorsque ce ne sont pas ces exigences qui sont formulées, c’est l’incitation au bénévolat. Or, le bénévolat est une réduction de salaire déguisée, puisqu’elle implique un plus long temps de travail pour un salaire identique.

Toutes ces agressions ne visent qu’a mettre au pas le système éducatif et à le rendre « rentable », avant qu’il ne soit purement et simplement privatisé.

Les projets du gouvernement sont littéralement les même que ceux qui étaient proposés, il y a 15 ans, par François Fillon : autonomie des établissements, mise en place du contrôle continu, changement dans les hiérarchies…

Les luttes ont permis de pouvoir stopper ce projet pendant ces quinze années. L’offensive d’aujourd’hui est donc le match retour d’hier. Seulement, le contexte politique est davantage défavorable. Macron est tenu par ses commanditaires, il exécute servilement leurs ordres, dans le but d’ouvrir le marché de l’éducation a la privatisation et de réduire les dépenses publiques.

Aujourd’hui, après l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, il est possible de se douter que le gouvernement ne reculera pas sans essayer au maximum de forcer les choses.

En dépit du courage, de la mobilisation, de l’abnégation de ceux et celles qui luttent, la question se pose : face au refus obstiné, les luttes réformistes et économiques ne peuvent s’imposer. Comment faire pour qu’elles soient plus puissantes et plus efficaces ?

Nous pensons que les luttes sociales sont indispensables, mais qu’elles doivent également se projeter sur le terrain politique. L’aspect central du mouvement des Gilets Jaunes est ainsi celui-ci : la politisation de la lutte est ce qui a permis son expansion et le fait qu’elle ne reste pas sectorielle.

Nous n’avons pas le choix, nous devons poser également la question du pouvoir.

La question, de la démocratie truquée, mais aussi la question de la démocratie que nous voulons, dans laquelle il sera possible de battre jusqu’au bout les tentatives de destructions des droits sociaux que les luttes précédentes ont arraché.

L’assemblée générale des enseignants a appelé à poursuivre la lutte. Soutenons-la ! Défendons pied à pied le système éducatif !

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