Zemmour agressé – faut-il le soutenir ?

Edit : Cet article se focalise non pas sur la question de l’homme qui s’en est pris à Zemmour, mais sur la question du soutien à ce dernier. Le fait que nous puissions comprendre les mécanismes qui conduisent à s’en prendre à Zemmour et à exprimer de la colère contre lui n’a pas valeur de soutien aux propos employés et à leur forme. Les injures sont bien souvent basées dur des éléments réactionnaires, ou reflétant également une culture de l’agression et du viol.

Le 2 mai, dans Paris, Eric Zemmour a été reconnu dans la rue par un homme, lequel, tout en filmant, l’a suivi sur une dizaine de mètres en l’injuriant, avant de lui cracher dessus. La vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux au travers de Snapchat. Depuis, elle est devenue un sujet de débat, et un fer de lancer pour la droite la plus réactionnaire. Mais qu’en est il réellement  ?

En premier lieu, il faut cesser les simagrées. Cette agression reste du domaine verbal. De la part d’une frange qui accuse sans cesse ses contradicteurs de pleurnicherie, le fait que cet épiphénomène, que ce sont événement soit monté en épingle est quelque peu ironique. Cette violence est sans commune mesure avec celle subie sous les coups de la police, ou la violence quotidienne du harcèlement de rue fait aux femmes.

Mais qu’on se rassure, Zemmour est bien entouré. Il a été couvert de baisers par son milieu social, gauche et droite confondue. Le Président de la République s’est même entretenu avec lui pendant 45 minutes. Le voilà choyé et dorloté par les siens, par ceux qui considèrent que son venin rentre dans le cadre de la démocratie.

Cette menue affaire a cependant suscité des inquiétudes auprès de sa classe. Elle l’a inquiétée car elle rappelle que, au-delà des caméras, au-delà des réseaux sociaux, il existe une réalité pragmatique et concrète. Il existe des conséquences aux actes et aux propos. Même une personne aussi droitière que le Pape François 1er l’avait rappelé en disant “Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing“.

Zemmour face à Zemmour ?

« L’homme qui crache sur Zemmour n’est autre qu’un autre Zemmour » a publié Claude Askolovitch. « C’est un triste spectacle de voir Éric Zemmour ainsi se rencontrer, devenu celui que l’on chasse et qui baisse la tête, lui qui d’habitude porte beau la vindicte et le mépris des autres. » Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvons pas faire de l’homme qui l’a interpelé un «  Zemmour  » lui-même. Cette équivalence omet un aspect fondamental  : qui engendre qui  ? Quelle violence engendre quelle violence.

Nous ne sommes pas des fanatiques. Nous ne nous réjouissons jamais de la violence pour la violence. Mais nous ne pouvons mettre sur le même plan la violence de celui qui, depuis des décennies encaisse sans broncher et celle de son persécuteur.

Or, il convient de rappeler un moment que Zemmour n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas une victime de violence gratuite. C’est une personne qui s’est fait un nom comme porte-parole de la haine raciale et homophobe en France, haine pour laquelle il a été condamné à plusieurs reprises. Dans le confort cossu de ses lieux d’interventions, il peut vomir cette haine sans cesse, la déversant vers ces auditeurs, influençant leurs idées et leurs conceptions.

Si nous étions dans un monde idéal et égalitaire, il suffirait aux personnes qui subissent ces assauts constants de répondre par la même voie. Mais nous ne sommes pas dans ce monde, et ces personnes sont condamnées à subir l’influence grandissante des Zemmour ou des Morano. Elles le subissent comme une pluie battante, contre laquelle il n’existe ni protection, ni abri.

Zemmour, un petit florilège de la haine :

«  Pourquoi on est contrôlé [par la police] 17 fois [par jour] ? Mais parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ; c’est comme ça, c’est un fait.  »

«  Il y a des trafics dans ces quartiers, […] il y a de la polygamie aussi. Il y a beaucoup de délinquance, […] entre le trafic de drogue et la délinquance en col blanc, il y a une petite différence.  »

«  Je pense que l’autonomie totale en matière sexuelle est un mythe, et le consentement mutuel est un mythe.  »

«  Moi, je ne suis pas exactement un immigré, moi, je suis un peu comme un Martiniquais ou un Alsacien, c’est-à-dire que c’est la France qui est venue chez moi et qui m’a conquis et je la bénis, moi, de m’avoir colonisé.  »

«  Je pense que les religions monothéistes sont très sévères avec l’homosexualité parce qu’à l’époque il y avait très peu de monde sur la Terre. Et je pense que d’ailleurs, c’est une de, comme ça, de mes idées, que la tolérance moderne, entre guillemets, pour l’homosexualité vient de la surpopulation actuelle.  »

Certains de ces exemples ont valu à Eric Zemmour une condamnation. Voilà le portrait du personnage. Grossiers montages, amalgames, absences de statistiques, mise en exergue des arguments raciaux sur le contexte social… Zemmour est une machine à haine. Il est bien plus que simplement le représentant d’une frange réactionnaire-radicale de la bourgeoisie. Il en est devenu le porte-parole, le symbole. Il fait partie de ces individus qui travaillent d’arrache-pied à constituer un amalgame empoisonné  : le mythe islamo-gauchiste, revival du judéo-bolchevisme.

En embuscade, certains fourbissent aussi leurs armes. Ils sont prêt à partir en campagne. La droite et l’extrême-droite ont été d’une inutilité totale durant le confinement. Et pour cause  : la saturation des hôpitaux était la conséquence finale de l’application de leurs programmes. La solidarité leur est étrangère, sauf quand elle sert à ratisser des voix ou a stigmatiser d’autres. Leur programme politique est au point mort. Il faut donc des faits divers pour nourrir la machine à haïr. Lorsqu’ils réclament la «  liberté d’expression  », il faut comprendre qu’ils réclament l’impunité pour déverser leur poison haineux. Cette liberté d’expression est hypocrite.

Dans le climat actuel, nous ne pouvons que regarder avec inquiétude l’infiltration raciste et l’agitation réactionnaire. Dans les périodes de crise et d’incertitude, nous ne savons que trop bien quelles sont les perspectives des fascistes, sûrs du soutien d’une bourgeoisie qui rêve de faire marcher au pas les travailleurs et les travailleuses.

L’inquiétude nourrie par l’omniprésence des thèses conspirationnistes, les campagnes antisémites et les campagnes racistes anti-noirs et anti-arabes, camouflées derrière la « critique de l’Islam » servent les mêmes groupes.

Briser les rhétoriques fascistes :

Nous pensons qu’il faut combattre pied-à-pied ces thèses. Qu’il faut lutter contre la recherche d’un bouc-émissaire racial ou religieux. Que la parole des Zemmour n’a pas droit de cité, que son racisme fait de lui non seulement un délinquant, mais aussi un individu qui apporte une caution morale aux attentats racistes et xénophobes, comme la tuerie de Christchurch ou celle de Hanau.

Que Zemmour, maintenant ait peur, dans la rue, de subir des conséquences de ces propos, cela ne peut pas ne pas être une forme de rétribution.

Pas de soutien aux apprentis sorciers de la haine  !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *