Confinement : toujours plus de violences policières.

Véritable marqueur des tensions sociales, les violences policières ne se sont pas taries avec le confinement. Au contraire, elles se sont épanouies, comme des fleurs vénéneuses. Depuis le début de la pandémie, il est difficile de faire le compte des personnes brutalisées, des personnes blessées, parfois très grièvement, mais également des morts discrètes, qu’on ne compte pas.

Une jambe arrachée ici, un policier tirant sur son voisin là-bas, un tabassage digne de la Guerre d’Algérie… Les cas ne manquent pas. Ils s’accumulent, nourrissant une colère sourde. Plusieurs pages, comme quarantine watch, se sont donné comme mission de recenser les cas de violence, pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Sur la base des opérations policières, il est possible de faire quelques constats sur leur origine, sur les réactions politiques, mais également sur leur instrumentalisation.

  • Un critère de classe fondamental. Il explique notamment la différence de traitement entre les quartiers populaires et les infractions massives au confinement et à la distanciation sociale qui ont eu cours dans le Paris bourgeois. La messe intégriste de la secte qui occupe l’Église de Saint Nicolas du Chardonnet ou le bal improvisé n’ont pas entraîné de vives réactions. En revanche, un grand nombre d’agressions massives et brutales ont été constatées dès que la composition sociale du quartier change. Quand cela se déroule de l’autre côté du périphérique, c’est même un traitement quasiment colonial qui s’est imposé.
  • Un critère qu’on ne pourrait qualifier autrement que comme racial. Dans les propos tenus par les policiers qui ont été filmés, cet aspect est revenu constamment. Nous ne pouvons pas oublier qu’il y a qu’il y a quelques années, le membre de Unité SGP-Police – Force Ouvrière Luc Poignant, déclarait que dire «  bamboula  » était convenable. Ces méthodes de traitement montrent aussi un héritage, une tradition issue de la colonisation, avec notamment un maintien de l’ordre par la terreur et une exacerbation des comportements racistes.
  • Une exacerbation par la pandémie mais aussi par l’impunité permise du fait des rues désertes. La pandémie apporte à cela la peur de la contamination, la peur du contact et de la proximité. Elle fait que les rapports sont d’autant plus violents qu’ils sont anxiogènes. Cette anxiété (certainement partagée) trouve son exutoire brutal d’autant plus facilement que les rues sont désertes. Dans le vide du confinement, personne ne vous entend crier et personne ne peut venir vous aider.

Nous regardons ces images avec un grand effroi.

Il y a certainement, parmi les policiers et les policières des individus qui sont sincèrement choqués de la manière dont les choses se passent, des propos, des actes, et de l’absence de déontologie honteuse. Il existe des individus qui pensent pouvoir réussir à transformer le cadre de la police pour en faire une institution garante de la sécurité de tous et respectueuse des lois. Mais ces voix sont noyées dans la masse, elles sont écrasées. Pourquoi  ? Parce que l’institution en elle-même est construite pour réprimer les classes populaires, pour maintenir un ordre basé sur l’injustice et sur l’inégalité sociale. Elle est un cadre normatif qui broie les individus et les trie pour en sélectionner les plus féroces et les plus corrompus. Pour les idéalistes présent et présentes dans la police, il n’existe que trois chemins. Se normaliser et accepter, partir dans une lutte donquichottesque contre l’institution, ou la sortie par la démission ou le suicide.

Conçue depuis sa naissance comme un outil d’ordre social, elle ne peut avoir d’autre nature. Et, par voie de conséquence, d’autre comportement.

Face à cela, face à ces images et ces propos ignobles, des lignes de défense se sont dressées. Elles ne font que déshonorer ceux et celles qui les emploient.

Il est dit que les quartiers populaires ne respectent pas le confinement. C’est partiellement vrai, puisqu’il a été possible de voir que le Paris bourgeois ne se privait pas de certaines libertés. C’est partiellement vrai, mais aussi compréhensible. L’aspect romantique et bohème du confinement demeure un grand privilège de classe. Dans les quartiers populaires, la grande majorité des emplois sont d’une nature qui ne les rend pas adaptable au télétravail. Le trajet métro-boulot-confinement est nettement plus dur à vivre, en dernière instance, qu’un confinement constant avec une adaptation de l’activité professionnelle.

Il se déroule aussi dans des conditions de promiscuité et d’espace urbain qui ne permettent pas le même confort de vie. Si les quartiers de centre-ville permettent des sorties respectant le 1h & 1km, ce n’est pas le cas des grandes cités. Ce n’est pas un hasard si, à Lyon, les contrôles massifs ont eu lieu dans des points de jonction entre le centre et la périphérie populaire, comme à la station Vaux-en-Velin la Soie. Ils ont débouché sur un très grand nombre de procès verbaux et d’amendes. Celles-ci, conçues pour être dissuasives, sont extrêmement inégalitaires.

Les violences ont aussi été mises dos à dos. C’est souvent la spécialité des réformistes, lesquels ne veulent pas jeter l’opprobre sur la police tout en ne se coupant pas d’un rêve de conquérir le réservoir électoral potentiel que sont les quartiers populaires. Cette manière d’appeler au calme sans comprendre, sans expliquer, sans donner un sens à la colère, est une manière également de renforcer l’impunité. Cette incapacité à pouvoir dénoncer les abus particuliers des policiers, mais surtout le caractère systémique de la violence est une constante. Même si des individus comme François Ruffin sont des personnalités sympathiques, il est toujours édifiant de se dire qu’ils peuvent sortir des énormités invraisemblables. Au début de l’affaire Benalla, il avait ainsi déclaré que l’attitude de la brute macronienne était distinguable de celle de la Police, qui «  ne se comporte par comme ça  ». Certes, entre temps les Gilets Jaunes ont eu lieu, et les lignes ont bougé. Mais il reste toujours nombre de démocrates pour expliquer comment ils mettront en place une répression «  de gauche  » une fois au pouvoir.

Plus loin dans le spectre droitier, il existe l’immense nébuleuse de charognards. Ceux et celles qui font des quartiers populaires des zones de non-droit, qu’il faudrait pacifier par la force. Ceux et celles qui en font une affaire «  religieuse  » ou «  culturelle  », autant de cache-sexes pour ne pas dire ce qu’ils pensent profondément. Car la loi, même bourgeoise, sanctionne le fond de leur pensée raciste, pogromiste et génocidaire. Ceux-ci non seulement n’expliquent pas la tension, mais ils la désirent. Ils désirent plus de sang, plus d’intolérance et plus de violence.

Alors ils salissent les victimes, en retournant les culpabilités. Ils nient les évidences en demandant qu’elles soient remises dans un contexte, contexte construit par le mensonge. Alors ils inventent des conspirations, des complots, des collusions entre l’État et un pseudo islam tentaculaire, apatride et antipatriotique. Un pseudo islam qui fait écho à l’invention qui avait été faite le siècle dernier, autour de l’antisémitisme et du judéo-bolchevisme.

Quelque soient les formes que peuvent prendre les négations, elles nourrissent toutes la même politique  : asservir ceux et celles qui souffrent.

Durant le mouvement des Gilets Jaunes, une réelle unité est née, notamment contre les violences policières. Elle s’est basée sur la confrontation avec le mépris policier, avec l’impunité et les déferlement de haine. Cette solidarité à toujours été attaquée par les fascistes, lesquels ne peuvent s’empêcher de désirer plus d’ordre et plus de répression. Ils n’ont jamais voulu condamner ouvertement l’attitude de la police ni la dénoncer pour ce qu’elle est. Et pour cause, ils ne souhaitent que la rendre plus féroce. Ainsi, la jeunesse des quartiers populaires est souvent pointée du doigt comme bénéficiant d’une tolérance importante de la part des autorités ou de la police. C’est un comble ignoble.

Le confinement nous isole, nous rendant vulnérables à la manipulation mentale. Celle-ci est d’ailleurs accrue par les algorithmes des réseaux sociaux, qui enferment les individus dans des bulles mentales. Ce type de terrain est connu pour être le champ d’opération favori de l’extrême-droite la plus perverse. Elle essaie de créer un environnement angoissant, hostile, démoralisant, en lançant théories fumeuses sur théories fumeuses et en essayant de fragmenter les solidarités.

Tous les faisceaux lancés par ces groupes n’ont qu’un but  : mettre fin au déconfinement pour relancer l’économie, sous prétexte d’un intérêt suprême de la nation. Derrière cet «  intérêt suprême  », en réalité, c’est celui d’une bourgeoisie exploiteuse et impitoyable. Cette même bourgeoisie qui impose la misère dans les quartiers populaires, chez les Gilets Jaunes, chez les ouvriers et ouvrières, chez les employés et employées, chez les paysans et les paysannes.

Face à ces manœuvres, nous affirmons la nécessité de l’unité populaire, d’un front commun de tous ceux et de toutes celles qui courbent l’échine sous les matraques, sous les dettes, sous l’exploitation. La violence contre les uns est le prélude à la violence contre les autres.

Nous n’acceptons pas la brutalité.

Nous n’acceptons pas le racisme.

Nous n’acceptons pas le mépris de classe.

Nous n’acceptons pas l’impunité  !

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