Combien de confinements ?

Après bientôt une quarantaine de jours de confinement, la question qui est légitimement dans tous les esprits est  : comment en sortir  ? Or, la réponse n’est absolument pas évidente.

Ces dernières semaine, la mortalité a été extrêmement fortes. Plus de 21 000 morts, principalement des personnes âgées. Mais le bilan est loin d’être encore réellement réalisé. Il a déjà été annoncé que la mortalité anormale avait largement dépassé celle de la canicule de 2003 tout comme celle de la plupart des épidémies de grippe saisonnières. Et l’épidémie n’est pas encore terminée. Nous adressons nos condoléances les plus sincères à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher. Nos pensées vont vers eux et elles.

Malgré ces terribles deuils, il est important de reconnaître que le confinement a permis un aplanissement de la courbe des infections. En dépit de toutes les inégalités, en dépit des violences policières innombrables et cruelles, en dépit des violences conjugales et familiales, le confinement à contribué à éviter une destruction complète du tissus hospitalier.

Mais quelque part, il est aussi victime de son succès. Avec un taux d’infection de 5,7  % (estimé) de la population, le confinement a fonctionné. Mais il laisse aussi un sentiment amer et inquiétant  : celui d’une pandémie qui est loin d’être terminée. Il n’est pas non plus rassurant de penser qu’il y a eu une saturation des services de santé avec un taux d’infection qui est demeuré, malgré tout, très bas.

Cela signifie qu’il reste donc, au minimum, un potentiel de 94,3  % de la population qui court le risque d’être touchée, en partant du principe d’une immunité acquise à 100  %. Principe qui d’ailleurs n’est pas encore avéré et qui est, en dernière instance un problème insurmontable.

La question qui se pose est de savoir quels sont les projets du gouvernement, projets qui ont tendance à avoir l’air pris au jour le jour, avec des ordres, des contre-ordres, des revirements brutaux…Une partie de ce qui suit est donc du domaine de la spéculation. Spéculation cependant alimentée par des principes de rationalité qui sous-tendent tout raisonnement.

En somme, nous pouvons penser que les objectifs du gouvernement sont les suivant  :

  • Tenter de juguler au plus vite et avec le moins de casse possible la crise pandémique. En réalité il n’y a pas d’intérêt au fait de causer des morts.
  • Tenter de limiter la pression au maximum sur le cœur de l’économie à la fois pour éviter de nuire aux intérêts de la grande bourgeoisie, mais également pour tenter de limiter le délitement du tissus économique du pays.
  • Tenter de ménager une certaine stabilité politique dans le pays pour éviter une crise politique majeure.
  • Ne pas se laisser enterrer par les États qui peuvent se permettre une politique de remise en route beaucoup plus rapide et brutale.

Mais ces objectifs sont extraordinairement difficiles à atteindre sans que cela ne dépasse les limites de l’acceptable pour la population, déjà largement échaudée par l’incompétence du gouvernement et par les tensions sociales préexistantes. Il existe des points de ruptures qui sont déjà dépassés, notamment dans les quartiers populaires, dans lesquels 40 jours d’isolement n’ont absolument rien de romantique ou de reposant, bien au contraire. Plus les discriminations sociales étaient fortes avant le confinement, plus elles ont eu tendance à s’accentuer, avec d’ailleurs le rôle de catalyseur, voire de détonateur, de la police.

L’idée d’une reprise progressive le 11 mai, puis d’un retour en classe le 18 mai, est probablement une remise en route temporaire. Il serait tout à fait envisageable et rationnel pour le gouvernement, et conforme aux intérêts de la bourgeoisie, que de tenter au maximum de faire coïncider une nouvelle étape pandémique avec la prise des congés payées.

  • D’une part cela éliminerait le besoin d’une législation spéciale sur la réduction de celles-ci, ce qui serait mal perçu et pourrait accentuer encore davantage les tensions.
  • De l’autre, le secteur du travail saisonnier (hors agriculture) risque, quelque soient les scénarios, de demeurer fermé.

Nous nous dirigeons donc vers une possible série de confinements, suivis de sas de décompression, pendant lesquels la maladie se répand à nouveau, puis avec de nouveaux confinements. Ces espaces permettraient des contaminations «  contrôlées  » et adaptées à la dimension du système hospitalier.

Mais, d’une part cette solution va se heurter au poids de plus en plus grand de l’endettement et de la concurrence internationale toujours plus aiguë. La baisse de la consommation intoxique aussi l’espoir d’une reprise rapide de l’économie. Et ceux et celles qui, sous la sidération, ont accepté des mesures d’autorité, les accepteront-ils à nouveau, la deuxième ou la troisième fois  ? La lassitude pourrait très bien faire triompher des lignes hostiles au confinement, lignes soutenues par les franges des exploiteurs les plus radicales et les plus déterminées à sacrifier des vies humaines.

Pour relancer l’économie et éponger rapidement la dette, il n’est d’ailleurs pas exclu que soit mis en marche la menace de taxer l’épargne. Cette taxe, non seulement frapperait les plus petits épargnants, mais pousserait à sortir l’argent des comptes pour le dépenser. Cette mesure est extrêmement inéquitable, puisqu’elle ne touche pas aux investissements, aux placements, à l’immobilier, ce qui représente le patrimoine des plus aisés.

Pour faire accepter cette stratégie, maintenir le pays sous contrôle, pressurer le plus vulnérables, gérer le chaos de la perte de plusieurs millions d’emploi, des mesures politiques seront certainement mises en œuvre. Il n’est pas dit que la notion de liberté démocratique ne change pas de sens rapidement, sur l’autel de la gestion de crise.

Quelque choix les stratégies employées par le gouvernement, il n’en reste pas moins que la réponse reste la même  : préparer les luttes à venir, quelques soient leurs formes. Mais surtout, préparer également une réponse politique à la hauteur des enjeux de la période. Une réponse politique qui ose poser la question de la nature du régime, de la nature du pouvoir et de quels intérêts sert l’État.

Cette crise, la crise économique et la crise écologique doivent mettre à l’ordre du jour l’idée d’un pouvoir populaire, seul à même de mettre fin à la dictature des rendements financiers, à la dictature de l’argent.

Cette pandémie, est, en réalité, non pas un événement isolé, mais bien un symptôme de la déstabilisation des écosystèmes. Il est vital que cette déstabilisation s’arrête.

La philanthropie, la charité, ne seront pas les réponses efficaces à ces maux. La seule réponse est par une gestion démocratique et populaire de l’ensemble des moyens de production des richesses et par l’exercice du pouvoir politique par celles et ceux qui les produise.

Elle passe aussi par le fait de chasser du pouvoir les pantins des exploiteurs. Cela demande donc d’être organisés et organisées.

Nous sommes dans le purgatoire du confinement. Ce temps peut, et doit, être mis à profit pour avancer sur cela, pour se préparer à affronter la sortie.

Confinement I, confinement II, ou pas, organisons-nous pour ne plus revivre cela !

E. Vertuis.

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