Une nouvelle étape dans la répression.

A Lyon, le 5 décembre, plus de 10 000 personnes ont défilé contre la loi sécurité et contre les violences policières.

Le projet de la loi sécurité continue son cheminement vers sa mise en place. Le contenu de cette loi se précise. Elle offre l’impunité la plus totale à la Police.

La loi sécurité a pour vocation de protéger extensivement les policiers dans leur fonction.

Elle s’inscrit dans une série de lois visant à faciliter l’action policière, tant d’un point de vue pratique que d’un point de vue moral. En accordant un soutien politique fort à la police, en la privant de toute responsabilité judiciaire, en la protégeant également de l’opprobre populaire, transmise par les images, le gouvernement se dirige vers une gestion terroriste des conflits sociaux.

Ces lois ne peuvent que faciliter le recours à la violence brute comme mode de traitement des menaces sociales et politiques. Elles facilitent également le développement d’un phénomène, pudiquement nommé «  bavures  », ou parfois «  violences policières  ».

Ce terme mérite en soi une critique. La police est violent dans sa fonction – c’est son rôle. Mais cette violence est exercée dans un cadre légal (critiquable, certes, mais normé). A cette violence «  normale  » s’adjoint donc des sur-violences, hors code déontologique, hors cadre normé, allant au-delà de la loi. Ces exactions sont tellement couvertes qu’elles ont pris la forme de normes sociales  : tutoiement, menaces, injures, provocations, coups, exécutions extra-judiciaires. Dans le fond, la loi sur la sécurité avalise le fait qu’elles seront cachées, camouflées, tues. En faisant cela, il les encourage encore davantage.

Les images de celles-ci sont un problème. Après de nombreuses – et honteuses – dénégations, la direction de l’État a été obligée d’en reconnaître la matérialité. Le cas du tabassage de Michel Zeclerc ou le harcèlement du journaliste Rémy Busine les y ont obligé. Sans pour autant que l’institution soit mise en cause. Il reste d’ailleurs à voir quelles suites seront données à ces affaires, qui, le plus souvent, ne se traduisent que par des tapes sur les doigts.

Cette reconnaissance, partielle, incomplète, est néanmoins importante pour les victimes. Elle contribue aussi à isoler la voix des ultras du soutien aux forces de l’ordre.

Cependant, il persiste à y voir des faits individuels, anecdotiques, alors que la réalité est tout autre.

Une nouvelle fois, il nous paraît important, fondamental, de préciser les choses suivantes. Nous ne pensons pas que, individuellement, les policiers soient tous et toutes des êtres mi-humains mi-machines, foncièrement mesquins et racistes. Non. Nous pensons qu’il s’agit d’un corps de métier comme un autre dans sa composition – mais pas dans ses fonctions  ! – et qu’il contient une palette importante de parcours, d’aspirations, de rêves, et de cynisme.

Ainsi, il existe de bons policiers comme des mauvais. L’administration le reconnaît aussi, disant en somme que «  la police n’est pas plus raciste que le reste de la population  ». Ce qui est probablement vrai. Mais à cela doit s’adjoindre impérativement un autre constat.

En tant que groupe chargé de faire appliquer la loi – quelque soit d’ailleurs l’opinion qu’on puisse avoir de celle-ci – assermenté, possédant une partie de ce monopole de la violence légale, les conséquence de ce «  pas plus raciste  » ne sont pas les mêmes que dans la vie «  civile  ». Elles peuvent aller jusqu’à l’assassinat.

L’Institution pratique également une féroce sélection, dans laquelle les profils les plus brutaux, les moins diplomates, les plus avides d’action vont vers les zones jugées les plus «  sensibles  ». Ce qui fait que «  le bon policier  » est précisément celui dont le profil ne correspondra pas aux zones où il serait, en se plaçant du point de vue de l’État bourgeois, le plus logique d’être placé.

Enfin, la fonction de l’institution elle-même. Elle est construite et architecturée dans le but du maintien de l’ordre – donc du maintien de la société en l’état et de son système d’exploitation. Les «  bons individus  », ceux qui respectent le code de déontologie, ceux qui vont suivre la procédure, être diplomates, etc. vont donc appliquer une répression «  dans la norme  ». De plus, la police joue un rôle politique éminent, et ses résultats sont au cœur d’une politique de surenchère répressive.

D’autant que l’outil ne vise pas à expurger le crime de la société. Cela serait chose impossible. Celui-ci naît de la misère et de l’absence de perspectives légales. La fonction de la police, le plus souvent, est donc de trouver un modus vivendi, un moyen-terme, avec les groupes criminels les plus puissants. C’est ce qui s’est vu notamment dans la bac de Marseille-Nord, mais également avec le «  super-flic  » Neyret à Lyon.

Dans ce cadre, les policiers idéalistes, mû par une sincère envie de faire le bien, sont noyés dans un océan qui encourage les plus brutaux, les plus virulents, les adeptes de la politique du chiffre. Dans cette situation, soit ils sont contraints de mener une lutte donquichotesque contre les institutions et finissent cassés, soit ils se conforment au modèle, soit ils démissionnent, soit ils se suicident.

Nous considérons que cette loi indique une étape nouvelle dans la répression.

Jusqu’à présent, les attaques contre les droits étaient principalement des attaques de nature économique. Elles s’en prenaient aux conquêtes sociales dans leur ensemble  : Services publics, retraites, chômage, assurance maladie… Fermant ainsi un arc narratif ouvert en 1945. Ces attaques ont accru la précarité d’une part toujours plus grande de la population.

Cette instabilité de la société s’est traduite par des mouvements sociaux forts, davantage mû par le désespoir, donc tendanciellement plus dangereux et, par voie de conséquence, plus réprimés. Elle se traduit également par un sentiment de violence et de frustration interne aux exploités eux-mêmes  : résurgence d’une xénophobie virulente, du racisme, de l’intolérance…

Pour faire face à cette intensification de la menace, les institutions ont imaginé de brillants stratagèmes. Et c’est là une déplaisante nouveauté  : les lois sont de plus en plus politiques, et les attaques se concentrent chaque fois davantage sur les droits démocratiques.

La force du système réside aussi dans une capacité à détourner une mesure utile et à en faire un moyen d’attaque supplémentaire. Ainsi, le fichage ADN des délinquants et criminels sexuels s’est étendu désormais à l’essentiel des délits. Les mesures visant à lutter contre le terrorisme permettent d’écraser préventivement les mobilisations sociales…etc.

Ainsi, les discours et les lois concernant les musulmans et les musulmanes de France, en plus d’être fondamentalement de nature discriminantes et xénophobes, sont également un coup de semonce contre les luttes sociales. Dans islamo-gauchisme, il y a effectivement «  islamo  », ce qui a été identifié clairement par la plupart des acteurs de l’antiracisme et de l’antifascisme. Mais il y a également le vocable «  gauchiste  », qui, lui est porteur de sens. L’ennemi est aussi un courant idéologique  : celui de la gauche révolutionnaire, amalgamée sous ce vocable. Ce dualité, en revanche, est restée aux oubliettes.

Ainsi, les raids contre les mosquées sont également le prélude aux raids contre les locaux militants. Cette dimension ne peut pas et ne doit pas être ignorée.

Le système policier et répressif est l’enfant chéri du régime  : son impunité et sa brutalité sont connues. Mais elles ne se limitent pas à son action, en interne également la police montre un visage inquiétant. Les témoignages montrent une ambiance apocalyptique, un sadisme de caserne, une omniprésence et une hégémonie de l’extrême-droite.

La Loi sur la Sécurité  : une opportunité que saisit le gouvernement.

Le gouvernement peut se permettre de mener ces attaques car il bénéficie d’un boulevard. Au fur et à mesure des campagnes de dénigrement, de propagande, il est parvenu à semer la défiance entre la très grande majorité de la population et les organisations militantes dans leur ensemble. Mais cette défiance a entraîné également un déficit de confiance dans les masses et dans leur capacité à lutter et à arracher des victoires. Cela s’est vu dans le KO technique des organisations au début du mouvement des Gilets Jaunes. Alimentant une spirale descendante de la défaite, cet affaiblissement laisse les coudées franches aux liquidateurs des droits sociaux. De plus, la politique du gouvernement Macron a montré l’unité de volonté dont les exploiteurs font preuve. Face aux grèves, face aux émeutes, ils ont attendu que les volontés s’émoussent et que la fatigue annihile les luttes. Cela a contribué à faire la démonstration de la faiblesse terrible, étouffante, des organisations de lutte.

Derrière ces éléments importants, il réside un état de fait  : la difficulté pour un grand nombre d’acteurs de la lutte, des luttes, de quitter un présentisme ankylosant. Né de la fin de la Guerre Froide, ce présentisme fait que nombre d’entre-nous ont des difficultés immenses à sortir du paradigme de la «  fin de l’histoire  ». Une tendance important existe au fait de penser que le temps des troubles s’écrit au passé, et que demain est un autre aujourd’hui, lui-même un autre hier. Pourtant le monde change. La vie change. Les spectres des conflits apparaissent à nouveau. Le «  vieux monstre concentrationnaire  » dépeint par Alain Resnais dans Nuit et Brouillard ne nous a pas quitté.

Nous avons besoin d’un véritable front de lutte.

Les manifestations, en dépit du confinement, se sont multipliées, elles ont été nombreuses et suivies. Elles ont montré le rejet massif de cette loi par une grande partie de la population  ! Nous appelons à ce qu’elles s’intensifient et se multiplient – dans le respect des normes sanitaires  !

Nous appelons, dans les luttes qui se déroulent, à coopérer le plus largement possible entre forces progressistes et révolutionnaire pour faire face aux attaques. Nous appelons au travail commun le plus large possible entre les forces qui s’opposent à cette loi et à ce projet de société. Nous affirmons que la mentalité de «  temps de paix  » doit s’effacer au profit de la prise de conscience de l’urgence vitale pour les droits démocratiques et économiques.

Nous devons prendre en considération que lutter demain ne sera pas dans les mêmes conditions qu’hier. Nous avons besoin non seulement de nous protéger pour pouvoir continuer à agir, mais également pour construire un projet de société différent.

Ne nous laissons pas écraser par la répression  !

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