Il y a 75 ans, Adolf Hitler

Il y a 75 ans, Adolf Hitler, chancelier et Fuhrer du Reich, se suicidait dans le bunker de la chancellerie. Le soir même, le drapeau rouge, marqué du marteau et de la faucille, flottait sur Berlin. Quelques jours auparavant, Benito Mussolini, le Duce de l’Italie, périssait sous les balles des partisans italiens, avant d’être exposé publiquement avec sa maîtresse.

La guerre mondiale en Europe touchait à sa fin. Elle avait englouti près de 40 millions d’européens, dont une très grande majorité de civils. Certains États, comme la RSS de Biélorussie, ont perdu un habitant sur 4.

Hitler, en tant qu’individu, était un fanatique. Un fanatique impérialiste, anticommuniste et antisémite. Il était également le fils d’une époque. Il n’a pas inventé sa théorie criminelle, il l’a reprise. Il a repris l’antisémitisme courant, notamment nourri par le tsarisme. Il a repris les désirs coloniaux et le mépris racial propre à ce système. Il a repris la haine du communisme, puisque celui-ci refusait la guerre mondiale et la hiérarchie en classes.

Des individus comme Hitler, il en a existé et il en existe des milliers dans le monde. Heureusement tous n’arrivent pas au pouvoir. Et ils n’arrivent pas seuls à celui-ci.

Ce n’est ni son charisme personnel, ni ses talents, qui lui ont permis de pouvoir occuper les fonctions suprêmes du Reich. Hitler, comme Mussolini, comme l’amiral Horty en Hongrie, ou comme Franco, ont été installés, portés au pouvoir. Ils étaient des outils. Des outils qui servaient, consciemment ou non, les intérêts politiques et géopolitiques d’acteurs puissants.

Hitler, comme les autres, était un rempart. Un rempart de la réaction contre la menace de la révolution prolétarienne. Il était l’outil des cartels industriels et bancaires pour permettre de nettoyer une Allemagne encore secouée des soubresauts de sa révolution. Derrière les arguments de la race au dessus de tout, de la nation transcendant et abolissant les classes, derrière la «  lutte du sang contre l’or  » se nichaient les intérêts très solidement matérialistes de Thyssen, de Krupp, de Blohm & Voss. Éliminer les bolcheviques, éliminer toute structure sociale et culturelle qui ne soit pas inféodée aux buts criminels du régime, mobiliser l’Allemagne pour la guerre impérialiste.

Hitler et son régime de crime ont trouvé bien des gens pour l’applaudir. En France, malgré la peur du réarmement, il a été soutenu comme un moyen de contrer l’URSS. En Angleterre, surtout, tout a été mis en œuvre pour que l’Allemagne nazie soit en mesure de faire la guerre et de la remporter. Si Churchill s’est montré un farouche anti-nazi durant la Seconde Guerre mondiale, il ne faut pas oublier que lui aussi, conjointement à Neuville Chamberlain, il l’a salué.

En investissant Hitler d’un pouvoir considérable, ni les dirigeants de cartels ni les politiciens pensaient avoir trouvé le laquais parfait. Cela amène a une considération  : la grande bourgeoisie Allemande a soutenu le régime jusqu’à son effondrement inéluctable. En dépit d’une certaine autonomisation de l’empire financier SS ou des Reichswerken Hermann Göring, l’État nazi n’a jamais été coupé de sa base de classe. Il a représenté une interface brutale, terroriste, mais chargée de la même mission que les autres États bourgeois  : assurer au mieux possible les intérêts de ses commanditaires. Et si Hitler et sa clique sont arrivé et venus, dans la victoire ou défaite, les groupes industriels et leurs patrons sont restés en place.

Leur soutien n’a été retiré au Fuhrer qu’au moment où la défaite était inéluctable et où il fallait négocier…avec l’occident.

En revanche, le pion que les Anglais et Français se réjouissaient d’avoir les a mordu à la gorge. Contre toute attente, l’accord tactique entre les deux ennemis mortels a bouleversé les plans des impérialistes et des fauteurs de guerre.

La guerre est connue. Elle a été terrible. Elle a saigné le monde. Durant son règne de terrer, le régime nazi a pu entreprendre la mise en esclavage de tout un continent. Le régime a également entrepris froidement, méthodiquement, l’extermination de pans entiers de sa population sur des critères de naissance. Cette barbarie criminelle a représenté l’application suprême des thèses génocidaires nées dans le colonialisme.

Elle a également atteint partiellement les buts qu’elle s’était fixé. Elle a ravagé le camp du socialisme, mettant à bas l’immense travail accompli par les peuples d’URSS, au prix d’efforts incroyables. Il n’est pas possible d’ailleurs d’isoler cette saignée de 27 millions de personnes de la réapparition de tendances droitières, réclamant une NEP-bis.

En dépit de ses efforts, en dépit du poids immense d’une Europe réduite en esclavage, l’hitlérisme n’est pas parvenu à ses fins. Il a été miné de l’intérieur, par la résistance, y compris au sein des camps de travail. Il a été broyé par l’extérieur, face aux armées de la coalition anti-fasciste.

Dans une série de batailles, principalement contre l’Armée Rouge, l’Allemagne nazie a été battue, écrasée. A ce titre, nous trouvons injustifiable que son rôle soit minimisé ou qu’elle puisse être renvoyée dos à dos à la Wehrmacht et la SS. Mais il est tout aussi idiot de nier le rôle vital du prêt-bail, et la solidarité, l’abnégation, des autres belligérants.

Le 30 avril 1945, au milieu des ruines, Hitler mettait donc fin à sa vie.

Mais son ordre à survécu. Il a survécu dans l’administration de la RFA, dans ses services secrets, l’organisation Gehlen. Il a survécu dans toutes les dictatures de l’après-guerre, dans lesquelles des individus comme Hans-Ulrich Rudel ou Klaus Barbie ont joué des rôles important. Il a survécu dans la guerre froide. Dans les opérations militaires dirigées contre l’URSS jusqu’en 1956, dans les réseaux d’assassins et de terroristes, tels que la loge P2, Gladio et les stay behind de la CIA.

Il survit encore dans l’actualité récente avec les groupes fascistes en mèche avec l’État Allemand du NSU mais aussi de la leaderless resistance aux USA, ou encore du blood & honor partout dans le monde.

Philosophiquement, il a survécu dans le colonialisme, le suprémacisme, le racisme et l’antisémitisme. Il est resté un monstre tapi dans l’ombre, mais bien pourtant bien réel. Un monstre qui se nourrit des peurs.

A chaque crise, à chaque moment d’incertitude, il réparait. Aujourd’hui, alors que la pandémie secoue de fond en comble la société, le discours chauvin, xénophobe, raciste et conspiratif renaît avec une ampleur nouvelle. Il cherche les bouc-émissaires des malheurs du monde, il cherche les réponses simplistes aux problèmes profonds. Il cherche la mobilisation réactionnaire pour de nouvelles guerres et de nouvelles Shoah.

Il y a 75 ans comme aujourd’hui, il est impératif de combattre avec la dernière extrémité cette création. Alors que se profile à l’horizon une ère de luttes immenses, ne laissons jamais les agents de la réaction, les valets du patronat, diviser ceux qui croulent sous les poids des mêmes chaînes  : celles des exploiteurs, des bourgeoisies, des impérialismes.

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