75e anniversaire des bombardements atomiques.

Les 6 et 9 août 1945, les USA ont fait usage de l’arme atomique.

Les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, épargnées par les bombardements jusqu’à présent, ont été rasée en un éclair. Depuis leurs B-29, les équipages des «  Enola Gay  » et «  Bockscar  » viennent de faire entrer l’humanité dans l’âge atomique. Le 6 août sol, a 8h 16 et 2 secondes, la vie de 75 000 japonais et japonaises s’arrête instantanément. Au total, ce sont entre 95 000 et 166 000 morts et mortes. Les autorités japonaises ont mis plusieurs jours avant de comprendre ce qui s’était déroulé tant l’événement paraît incompréhensible.

Le 9 août, dans la ville de Nagasaki, ce sont de 60 000 à 80 000 morts qui sont comptés. Le même jour, l’Union Soviétique franchissait le fleuve Amour et déferlait sur les positions japonaises.

Le 14 août, après avoir maté une mutinerie de militaires ultras, l’Empereur du Japon prenait la parole pour annoncer la reddition de son pays. Trois jours après, une nouvelle annonce aux soldats et aux marins leur demandait de cesser les hostilités au Mandchoukuo.

Usages exclusifs de l’arme nucléaire, ces bombardements atomiques ont été et sont toujours l’objet d’un grand nombre de débats. Pourquoi ont-ils eu lieu  ? Sont-ils des crimes contre l’humanité  ? Quelle attitude avoir vis-à-vis de l’arme nucléaire  ?

Une grand nombre de raisons ont justifié, aux yeux des Américains, l’emploi répété de l’arme atomique. Ces considérations sont à la fois militaires, politiques et géopolitiques.

Les raisons du feu nucléaire.

Seconde guerre mondiale: la chute du Japon impérial

A la décharge des américains, il apparaissait nettement plus rationnel de frapper avec une dureté sans précédent dans l’histoire que de courir le risque d’un débarquement au Japon. En dépit de la situation militaire absolument désespérée, de la famine, les Japonais sont résolus à lutter. La fraction militaire au pouvoir part de la logique suivante  : « Nous sommes 100 millions, les Américains ne peuvent tous nous tuer, donc il négocieront  ». L’expérience des débarquements à Iwo Jima et à Okinawa ont également été des traumatismes pour les soldats, tout comme les frappes de Kamikazes. Les USA estiment le prix à payer à un million de soldats hors de combat. Ce n’est donc pas un acte intégralement «  gratuit  ».

Indépendamment de cette question, la prévision d’un débarquement (l’opération Downfall), impliquerait les anglais et ferait se poursuivre la guerre jusqu’en fin 1946. C’est déjà, pour les USA, un point dérageant. Le colonialisme anglais se marie mal avec la politique de la «  porte ouverte  » des USA, qui veulent mettre fin aux «  pré carrés coloniaux  » (nécessité faisant loi, cette perception des choses changea avec la guerre froide.) Surtout, le temps joue contre les occidentaux. Ils ont réclamé l’aide de l’URSS pour mettre fin à la présence japonaise en Mandchourie. Or, cette intervention, avec l’effondrement des capacités militaires japonaises, n’est plus souhaitée. Elle est même indésirable. Un débarquement au Japon prendrait du temps et obligerait également à revoir la participation de l’URSS à une éventuelle occupation du Japon. Dans ce cadre là, l’arme nucléaire est une manière de solder le problème rapidement. D’autant que les Américains sentent bien que d’autres factions que celle au pouvoir sont en mesure d’arracher la reddition à l’empereur. Le seul véritable point qui est non négociable dans l’ultimatum US est la question du pouvoir impérial. Elle est la raison pour laquelle les japonais ont «  ignoré  » celui-ci. Une «  ignorance  » qui valait «  demande d’éclaircissement  ». Le Japon s’était déjà adressé à l’URSS pour formuler ses conditions acceptables de capitulation. Les américains les connaissaient.

En outre, elle constitue également un avertissement lancé au reste du monde, et particulièrement au potentiel futur ennemi soviétique. L’usage de l’arme nucléaire sur le Japon est un test grandeur nature d’un nouveau matériel, une démonstration de puissance. Il sert à marquer également la limite à ne pas franchir. Désormais, toutes les relations internationale entre grande puissance furent sous l’épée de Damoclès du feu nucléaire. Il s’agit du fil rouge des relations diplomatiques entre grands jusqu’à ce qu’une contre-mesure se développe.

Les bombardements aériens sur les populations civiles ont été un crime contre l’humanité.

Japon – Nouvelles victimes de la bombe d'Hiroshima reconnues ...
Le résultat du raid.

L’armée japonaise n’a rien a envier, en termes de cruauté, aux divisions SS. Elle a traité les populations civiles avec un mépris souverain, n’hésitant pas à exercer les pires châtiments en cas de résistance, même la plus symbolique. Elle a traité les prisonniers de guerre comme des animaux de trait, multipliant les travaux forcés et les mauvais traitement. Cependant, le caractère inhumain de cette guerre n’enlève en rien le fait que ces bombardements constituent des crimes en soi.

Le choix des cibles civiles, plutôt que militaire, ne peut pas être moralement défendu dans le contexte dans lequel cela a été fait. Le Japon se contentait de rendre les coups. Il n’avait plus de marine efficace. Il n’avait plus d’aviation à long rayon d’action. Il avait replié ses forces pour préparer la bataille défensive finale. Il n’y avait plus de zone de contact réellement dangereuse entre les forces Alliées et les Japonais (excepté en Chine, mais cela ne menaçait guerre les soldats occidentaux.) C’est donc froidement que la question a été tranchée, non dans la fureur du combat.

Cela n’a pas été sans débats. Edward Teller, physicien par exemple, avait proposé de faire exploser la bombe dans la rade de Tokyo, pour faire une démonstration de force. L’historien Raymond Cartier cite la proposition du mont Fuji, sans confirmation. Henry L. Stimson proposait un avertissement et le fait de prévenir des zones frappées. En outre il écarta Kyoto. Hormis cet amendement, toutes les autres mesures visant à atténuer le sort des civils ont été écartées. Il fallait que la frappe soit la plus terrifiante possible. Hiroshima, ville sans grande valeur militaire, a été ainsi couvée, protégée, pour être dans l’état optimal pour servir de test. Quant à Nagasaki, ville portuaire importante, c’est uniquement la mauvaise météo au dessus de Kokura qui l’a faite choisir, le jour même.

Ce choix de se livrer à un bombardement de terreur, et de terreur absolue, est à mettre en perspective avec la relative retenue des Américains en Europe. En dépit du fait que la DCA japonaise et que sa chasse étaient absolument misérables comparativement à la Flak et à la Luftwaffe allemande, l’USAAF a fait le choix d’abandonner les raids de précision. Il semble qu’il y ait eu, derrière ce choix de faire brûler les villes japonaises, une certaine considération raciste. Il est par ailleurs douteux que les USA eussent employé les armes nucléaires en Europe. Mais la vie des japonais ayant une valeur jugée moindre que celle d’autres membres des pays de l’Axe (et ayant moins de relais parmi les descendants d’immigrés aux USA), le coût politique de l’opération n’était pas le même.

La première frappe a été faite par surprise. La deuxième frappe a été précipitée volontairement, sans attendre le résultat du nouvel ultimatum, sans attendre les effets des tracts lancés sur la population. En somme, les USA, pour gagner du temps, non pour des motifs humanitaires, ont fait le choix de frapper à nouveau.

Le chemin de croix des Hibakushas.

Le vocabulaire s’est enrichi d’un nouveau mot  : hibakusha. Les victimes des bombardements atomiques. Brûlées, irradiées, broyées. Les survivants et survivantes découvrent les effets à long terme des radiations et des retombées atomiques. 650 000 personnes ont été reconnue hibakusha au Japon. C’est plus que l’ensemble des pertes américaines pendant la guerre. Leur statut de victime n’a pu être reconnu publiquement qu’après 1952. Auparavant, la censure américaine a été chargée d’«  éliminer toute critique flagrante des pouvoirs alliés  » à l’exception de l’URSS. Il n’est pas inutile de mentionner que l’occupation américaine du Japon s’est déroulée avec de nombreux drames et des comportements criminels. L’Atomic Bomb Casualty Commission, jusqu’en 1975, a d’ailleurs pratiqué des études sans consentement sur les survivants, tout comme des vols de cadavres ou de parties de ceux-ci aux familles.

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Commémoration des victimes. (Crédit AFP)

Les frappes atomiques constituent une source toujours vive de ressentiment de la part des japonais envers les Américains. Aujourd’hui, les associations de survivants et de survivantes mènent toujours des campagnes contre l’armement nucléaire et pour le pacifisme. Dans la littérature, dans la culture, dans le cinéma japonais, la question de l’atome est toujours extrêmement présente. Elle forme d’ailleurs un frein important au développement du nationalisme agressif au Japon.

Les scientifiques ont-ils sauvé le monde  ?

Il faut souligner un point essentiel dans cet événement. Une grande partie des scientifiques qui ont travaillé sur ce projet l’ont fait car ils pensaient qu’il servirait à mettre fin au nazisme et au militarisme japonais. La grande majorité l’ont fait par idéalisme. Cependant, devant la destruction de Hiroshima et de Nagasaki, ils ont vu l’horreur de l’âge nucléaire se profiler. Et surtout la crainte de savoir cette arme entre les main d’une unique puissance.

Les époux Rosenberg, l'amour atomique
Ethel et Julius Rosenberg.

A la fois pour conjurer cette menace, mais également par profonde sympathie pour les espoirs de paix qu’incarnait l’URSS, la grande majorité des sommités scientifiques se sont rapprochées du NKVD. Les procès de Julius et Ethel Rosenberg ont été de ceux qui ont marqué la période du Maccarthysme. Mais ils n’étaient que des éléments subalternes dans le réseau d’espionnage soviétique, dirigé par le maître-espion Soudoplatov. Il faut cependant leur rendre hommage, tout comme il faut également le faire pour Oppenheimer, Fermi, Bohr… qui ont, en prenant des risques énormes, de manière désintéressé, pour faire en sorte que le camp socialiste soit à parité avec les USA.

Imaginer un monde dans lequel les USA auraient le monopole de l’arme atomique est glaçant. Sans risques de représailles, il ne fait aucun doute que nombre de situations géopolitiquement complexes auraient été soldées par la même force brute que celle qui s’est abattue sur la rivière Ōta, un beau matin de 1945.

La géopolitique actuelle : l’impossible désarmement nucléaire.

C’est là un des problèmes épineux de la géopolitique actuelle. L’existence de l’arme nucléaire est un problème gênant. Un désarmement nucléaire des grandes puissances militaires est, dans le fond, impossible sans qu’il soit général. Aucune ne peut accepter de prendre le risque de pouvoir subir des frappes stratégiques sans possibilité de riposte. Mais pour les puissances moyennes ou faibles qui possèdent ou posséderaient l’arme nucléaire, comme la Corée du Nord, un désarmement est même inenvisageable, car il est ce qui garantit la sanctuarisation de son territoire. Soit, comme sa sœur du Sud, elle se met sous la protection du parapluie nucléaire d’une autre puissance, soit elle court le risque d’être envahie.

Tant qu’il existe des risques de guerre, il paraît improbable que l’arme nucléaire disparaisse des arsenaux, même si sa doctrine d’emploi la limite à des cas dramatiques. La Russie la réserve ainsi en cas de menace sur l’existence de l’État. Cela signifie qu’elle accepterai un affrontement limité avec d’autres forces, voire la perte d’une partie de son territoire, sans avoir recours à l’arme ultime.

Shocking Footage Of Nukes Being Tested On Marines - YouTube
La guerre de Corée aurait peut-être ressemblé à cela sans parité nucléaire.

Cependant, Mao écrivait que l’arme nucléaire n’est qu’un tigre de papier. C’est une vérité paradoxale. Si l’arme nucléaire prémunit contre les invasions et contre les dangers qui pèsent sur les États impérialistes, elle n’empêche en rien les luttes internes, les révolutions, les changements de régime. Les USA n’ont pas pu l’employer contre la République Populaire de Chine, ni contre Cuba. Ils ne peuvent pas l’employer contre les mouvements de lutte interne à leur pays. L’arme nucléaire ne stabilisera pas et ne sauvera pas le monde capitaliste de sa déchéance.

Ce jour est le jour contre la guerre pour nous camarades d’Asie. Aujourd’hui, commémorons les Hibakushas. Clamons notre détestation des guerres impérialistes et du militarisme. Nous militons pour un monde dans lequel ces images, ces événements, ne puissent plus être considérés que comme des manifestations de barbarie, d’un passé révolu. Que plus jamais l’arme nucléaire n’ait à servir. Que plus jamais une ville ne soit, en un instant, rayée de la carte.

Vive la paix mondiale  ! Plus de guerre entre peuples  ! Paix et socialisme  !

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