La chasse aux sorcières continue.

Dimanche 9 mai, treize policiers de la BAC, armés de fusils d’assaut ont encerclé et maîtrisé un homme sur le parvis de la Basilique d’Ainay à Lyon. La raison est au mieux pathétique, au pire réellement terrifiante. Dans tous les cas, elle reflète l’état de panique et la droitisation avancée tant de l’État que de la classe qu’il sert : la bourgeoisie.

Un homme de 44 ans, habitué des promenades et des visites de lieux de cultes chrétiens pour méditer et prier, a eu, selon les paroissiens, «  l’audace  » d’être musulman, et de chanter en arabe les louanges de Dieu dans un lieu de culte. Il a prononcé le fameux «  Allah Akbar  » qui fait frémir les réactionnaires, pourtant une expression si anodine de foi pour les musulmans et les musulmanes.

On en arrive à une situation éminemment Kafkaïenne, la haute bourgeoisie de la paroisse terrorisée par la présence de cet individu dans «  leur  » église, un encerclement de policiers armés et prêts à tirer, une arrestation médiatisée, et une condamnation mardi à deux mois d’emprisonnement pour «  rébellion  ». Répétons cela, en une poignée de jours, cet homme est passé d’un simple dimanche comme un autre à deux mois fermes à l’ombre, pour une simple prière dans un lieu de culte.

Le comparution devant la cour a été aussi le théâtre de pathologisation de l’individu, on a cherché des éléments qui pouvaient expliquer rationnellement qu’un musulman «  ose  » venir dans une église à l’heure de la messe pour prier. On en oublierait presque que la Chrétienté et l’Islam partagent grandement la même source confessionnelle, le même dieu et les mêmes figures prophétiques. Penser qu’un homme visite des églises pour leur aspect calme et religieux est un bon moyen pour lui de méditer et exercer sa foi ne rentre pas dans une logique évidente quelconque.

Cette histoire effarante, nous la devons au climat pogromiste dans lequel baigne la société française depuis des décennies. Elle est aussi une pierre de touche.

D’une part, il est reproché aux musulmans et aux musulmanes de ne «  pas s’intégrer  » et de ne pas «  faire d’efforts  ». De l’autre, on les traite comme une diaspora menaçante, et on les marginalise constamment. Il y a là une prophétie auto-réalisatrice en germe.

Mais la vérité, derrière les discours, est que les réactionnaires ont déjà tranché cette question. C’est ce qu’on retrouve derrière l’émergence de termes tels que «  grand-remplacement  », «  français de papier  » ou «  islamo-gauchisme  ». Tout en maquillant de pleurnicherie et de regrets leurs actes, toute une partie de l’échiquier politique a pris la décision de classer tous ces individus, pour des motivations foncièrement racistes, dans la catégorie des gens dont il faut se débarrasser. L’Islam est un prétexte, la réalité est celle d’une préparation mentale à l’épuration ethnique.

Nous regardons avec inquiétude l’évolution politique et sociale de notre pays. Un pays qui, pourtant, est l’un des seuls qui ne définit pas la Nation comme une communauté ethnique. Nous savons que 2022 sera une date paroxysmique pour les discours réactionnaires. Nous l’avions dit, il y a 4 ans  : «  nous (au sens large) avons 5 ans pour être prêts à y faire face.  » Nous voilà au seuil de l’échéance.

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