Le grand jeu d’échec ukrainien.

Hier soir, Vladimir Poutine a reconnu l’indépendance des Républiques séparatistes, qui sont nées en Ukraine en 2014. Dans la foulée, il a ordonné à l’armée Russe d’assurer le maintien de la paix dans ces territoires.

Un nouveau jalon sur le chemin de la guerre.

Le reconnaissance des territoires tenus par les séparatistes constitue une étape de plus dans le bras de fer qui oppose l’Occident à la Russie. L’armée Russe est entrée sur le territoire séparatiste, franchissant la frontière qui séparait la Russie de l’Ukraine. Comme un joueur d’échec, Vladimir Poutine déplace ses pièces. En poussant son armée à entrer en Ukraine, il marque un point. Si l’Ukraine riposte, la guerre éclatera. Si elle laisse passer et que rien n’est fait, la Russie aura gagné. Que fera l’Occident  ?

Devant nous s’ouvre un gouffre  : celui de l’incertitude. L’ensemble des scénarios est possible  : de la tape sur la main à la guerre.

L’UE déclare réfléchir à des sanctions ciblées. Mais ces sanctions ont-elles encore un sens  ? Celles prises en 2014 n’ont réussit qu’a transformer la Russie et à la rendre moins dépendante de l’étranger, à la lier davantage avec la Chine. Elles ont été un échec complet. Depuis, l’impérialisme russe a montré sa force en Syrie. Quant à la victoire des Talibans en Afghanistan, elle est tout à l’avantage du duo russo-chinois. Les challengers d’hier sont en position de renégocier leur place dans le monde. Et cela ne peut se faire qu’en marchant sur les pieds des autres impérialismes.

Alors l’hypothèse de la guerre devient crédible.

Il est clair que ce scénario plaît à certains. Même en Ukraine, qui sera pourtant le sol sur lequel les combats auraient lieu, des provocateurs espèrent que la situation s’envenime. Ils sont persuadés que l’OTAN volera à leur secours.

De plus, chacun vend sa narration des événements à son pays.

  • Poutine vend une narration dans laquelle la Russie répond à l’appel à l’aide de ses frères et de ses sœurs d’Ukraine. Cet irrédentisme, qui s’était déjà manifesté à plusieurs reprises par le passé, est inscrit dans le programme de Russie Unie. Mettre fin à l’humiliation. Restaurer le glacis défensif et rassembler les russophones.
  • Biden promeut une narration américaine basée sur le drama. Président mal élu, dirigeant d’une Amérique fragmentée, il essaie de ressouder son pays autour d’une espèce de Pearl Harbor ou de 11 septembre. Son ton apocalyptique lui sert à dépasser les clivages partisans.
  • Macron prépare les élections. Il essaie de faire valoir la grandeur de la diplomatie française en jouant les entremetteurs et les promoteurs de la paix. Sauf que, non seulement, la France est juge et partie dans l’affaire (car au prise avec les mercenaires russes de Wagner, qui ont contribué à la chasser du Mali), mais elle n’est pas écoutée.

Au milieu de tout ça, l’Ukraine est ballottée, sans contrôle sur des événements qui la dépasse.

Nous dénonçons cette montée en tension entre bloc impérialistes rivaux. Après la Libye, après la Syrie…c’est au tour de l’Ukraine de subir sa situation de pivot géopolitique. Elle est traitée comme un butin et comme un théâtre d’opération pour le repartage du monde.

Nous pourrions lancer des cris en direction de la Russie, insister sur le fait que, dans ce cadre, elle est l’État agresseur. Mais se focaliser sur cette dimension morale du conflit occulte le fait que cette montée en tension a été préparée en amont par une géopolitique occidentale poussant à la guerre.

Lorsque notre impérialisme entre en jeu, c’est notre devoir d’internationalistes de le dénoncer et d’entraver son action. Nous devons briser cette fausse image d’envahisseur humanitaire que s’est construit la France. De plus notre propre impérialisme ou celui des USA ne s’est jamais embarrassé de légalité pour intervenir dans d’autres pays.

Nous dénonçons la campagne de propagande de guerre organisée pour appuyer cette montée en tension. Le Figaro se faisait ainsi l’écho de politologues, encroûtés depuis la guerre froide, qui déclarent «  Poutine nous déteste car nous sommes libres  ». Ça n’empêche pas ce même journal d’appeler sans cesse à la mise en place d’une régime autoritaire en France. Derrière cela, il existe aussi un vieux fond raciste anti-slave, qui les figure comme des brutes incapables de comprendre les raffinements de la démocratie occidentale.

Nous ne voulons pas de cette guerre de repartage du monde, qui se fera avec le sang des peuples pour la richesse d’empires impérialistes. Une intervention de l’OTAN ne sera ni humanitaire, ni par amour pour les peuples. Il sera simplement le bras sanglant d’un impérialisme contre un autre.

Stop à l’escalade militaire ! Nous réclamons une solution diplomatique qui prenne en compte le besoin de sécurité russe, tout comme le respect de l’intégrité territoriale ukrainienne. Nous demandons également la dissolution de l’OTAN, outil de rivalité géopolitique, outil de guerres d’agressions.

Une réflexion sur “Le grand jeu d’échec ukrainien.

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