Trump élu : la fin du Monde n’est pour autant pas pour demain.

 

Défiant la grande majorité des analystes politiques et électoraux, le résultat de l'élection américaine tombe, pour notre fuseau horaire, un peu comme un réveil le lendemain d'une soirée trop arrosée : Un sentiment de confusion, d'incompréhension, nous prend.

Les sondages et les analystes donnaient avec certitude une confortable victoire pour Hilary Clinton. Cette victoire était celle de la logique, celle du centre, sur la position extrémiste de l'homme d'affaire.

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Victoire de la logique car les va-t-en-guerre du Pentagone, le complexe militaro-industriel, une grande partie de l'industrie tournée vers l'exportation et l'etablishment étaient des supporters de l'ancienne première dame. Lâché par une partie de son électorat, lâché par une partie des Républicains -même Georges W. Bush aurait voté pour Hilary Clinton- cette victoire semblait impossible.

Pourtant elle le fût.

C'est la victoire d'une Amérique sur une autre.

C'est la victoire des Rush Limbaugh, des Alex Jones, de cette Amérique d'outsiders réactionnaires, ces relents d'Amérique du "Sud profond", contre l'Amérique de Mickael Moore, du New York progressiste et cosmopolite.  C'est le conflit d'une bourgeoisie américaine contre une autre.

C'est la victoire de la métapolitique, une campagne menée tant dans la rue que sur internet, où l'imageboard 4chan a réussi même à défrayer la chronique, faisant de l'image d'une grenouille mal dessinée un signe de haine et de ralliement à Trump. Image result for pepe trump

Cela signifie-t'il que Clinton aurait été l'ange de paix et de justice : Non.

Les révélations de Wikileaks sur les e-mails de Mme. Clinton ont montré une implication de chaque instant de la part de la candidate démocrate, et de la part de l'équipe présidentielle dirigée par Barack Obama, dans des sabotages, des pressions, des opérations de déstabilisation contre les gouvernements d'autres Etats. Cela n'est cependant pas une surprise. Mais le camp de Trump a particulièrement exploité ces histoires, ainsi que la confusion de la candidate entre son mail personnel et professionnel, pour lancer la rumeur de l'avènement d'un règne personnel et absolutiste de la part de la Démocrate. Il semble par ailleurs que des hackers russes auraient donné du grain à moudre, en participant aux piratages.

Ceci, ainsi que la méfiance traditionnelle des états-uniens pour leurs élites, à contribué à donner un avantage à Trump.

La Dialectique Trumpienne.

La victoire de Trump est-elle donc cette fin du Monde tant annoncée ?

Progressistes des USA, accrochez-vous !

"L’heure est venue de nous rassembler et de ne faire qu’une nation. Je promets à chaque citoyen de ce pays que je serai le président de tous les américains. Pour ceux qui avaient décidé de ne pas me soutenir, je me tourne vers vous, nous devons travailler ensemble."

Nous ne nous faisons pas d'illusions. Bien que le discours de Donald Trump soit, en terme de politique intérieure, d'une modération ahurissante, quant revient à la mémoire la campagne, son élection va sonner comme le clairon pour tout ce que les USA comptent en terme de racistes et de réactionnaires. Afro-américains, latinos, asiatiques, natifs américains, mais aussi nos camarades communistes américains vont passer de tristes moments sous une présidence qui a tant jeté de l'huile sur le feu. De même, nous redoutons de voir les mouvements progressistes, pour l'égalité entre les genres, pour l'avortement, pour que la Bible ne soit pas la loi, dans une bible belt majoritairement républicaine.

Pour autant, la présidence de Barack Obama ne fut pas non plus un long fleuve tranquille. Les meurtres d'afro-américains par la police, la construction du pipe-line à travers la réserve native, les inégalités sociales, l'effondrement de la ville de Détroit, ont eu lieu sous ses mandats.

Mais le grand revirement se situe dans la politique extérieure .

Make america isolationist again.

La victoire de Trump ne peut être regardé que comme la victoire de la position du déclin américain. Que de la position isolationniste et de repli de la part des USA. Hilary Clinton disposait d'un soutien réel de la part des huiles du Pentagone, mais aussi de l'industrie, car elle était d'une tradition interventionniste, d'une position sur la nécessité pour les USA de rester un gendarme du Monde.

Si l'élection d'Obama était apparue comme un vent frais après 8 ans de bushisme et d'aventures militaires, les USA ont pour autant poursuivi une politique similaire à l'extérieur. Toutefois, le discours était passé d'une Amérique seule face au monde, à celle d'une Amérique cherchant un hegemôn, cherchant un nouveau réseau d'alliances.

Trump, lui, prononce là aussi un discours d'une incroyable modération : "Je tiens à dire à la communauté internationale que si nous allons mettre en avant l’intérêt national, nous n’oublierons personne et nous traiterons avec tous les autres pays. Nous essaierons de trouver un terrain d’entente. Nous essaierons de trouver un terrain d’entente. Nous conclurons des partenariats et pas des conflits. Et je tiens à remercier toute mon équipe, tous ceux qui ont contribué à faire de cette nuit une victoire historique."

La désescalade continue. Cette Amérique qui se cache derrière ses murs est une Amérique épuisée et en déclin.

Son réseau d'alliance s'est affaibli, s'est amoindrie. Alors qu'elle reste le pays le plus dépensier en terme Image result for F-35 échec d'armement, sa capacité à pouvoir maintenir la parité technologique semble devenir un cauchemar, tant les programmes de renouvellement marquent le pas. Le chasseur nouvelle génération F-35 est un échec complet, et est une humiliation pour les USA et leur complexe scientifique et militaire. Face à l'augmentation en qualité et en volume des forces concurrente : Chine, Russie ; face à l'augmentation de l'influence de ces derniers à travers le Monde ; Turquie vacillante, Philippines de Duterte carrément pro-russe ; les USA sont dans une passe difficile.

Or, Trump n'est pas un America is back bis. Il ne mise pas tout sur la dérégulation et le néo-libéralisme de son prédécesseur des années 80. Trump, l'homme du mur, n'est pas Reagan, l'homme du tear down this wall. Il est une Amérique qui, si elle se prive de l'immigration mexicaine, légale ou non, va voir son PIB stagner d'autant plus. Liquider la manne des maquiladoras n'apportera rien. Il est d'une Amérique coincé entre un libre échangisme traditionnel, et une tentation du protectionnisme et du repli sur soi.

Nous assistons donc à un affrontement entre deux stratégie de la bourgeoisie américaine, laquelle n'a plus l'unité de volonté qui la caractérisait auparavant.

En 1939, le président Mao écrivait : " Etre attaqué par l'ennemi est une bonne chose et non une mauvaise chose ; en ce qui nous concerne, qu'il s'agisse d'un individu, d'une armée, d'un parti ou d'une école, j'estime que l'absence d'attaque de l'ennemi contre nous est une mauvaise chose, car elle signifie nécessairement que nous faisons cause commune avec l'ennemi.

Si nous sommes attaqués par l'ennemi, c'est une bonne chose car cela prouve que nous avons établi une ligne de démarcation bien nette entre lui et nous."

 

Or, qui a salué l'arrivée au pouvoir de Trump ? Des alliés de l'Amérique ? Non.

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Vladimir Poutine a appelé de ses vœux l'arrivée de Trump.

Selon l'agence Reuters, le leader de la RPDC, Kim Jong-Un, également.

Même si cette information est à prendre au conditionnel, comme tout ce qui sort des agences de presse chinoises et sud-coréennes, le fait que cette information ne soit pas choquante en soi est révélateur.

Les deux ne sont pas des amis des américains, et sont des rivaux, ou des ennemis de son impérialisme. Pour autant, ils ont été séduits par le programme international de Trump, qui passe par la levée des sanctions, par le repli des bases, en bref par un recul sensible de la présence américaine.

Si les ennemis de l'Amérique saluent l'arrivée de ce candidat, c'est bien qu'ils soupçonnent que celui-ci servira, même indirectement, leur cause.

Marine le Pen, bien que pro-russe, a soutenu Trump. Ceux qui sont dans ce cas de figure l'ont fait, en grande partie, par ignorance, sans la moindre compréhension des enjeux géopolitiques.

 La France est particulièrement en retard dans sa compréhension des enjeux mondiaux, c'est en partie pour cette raison que son impérialisme est si agressif. Il ne fait que tomber de Charybde en Scylla, incapable de se projeter dans une pensée cohérente. Une partie de la bourgeoisie française est sur une position ouvertement atlantiste, tandis qu'une autre adhère à la conviction que ses intérêts se trouvent plus du côté de la Chine et de l'Oural.

 

Cette Amérique du repli est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour le reste du Monde.

Elle marque un déclin de l'impérialisme pourrissant des USA, et en cela, elle est une bonne nouvelle. Dialectiquement, cependant, la fonte de la calotte glaciaire que représentait les USA sur la concurrence inter-impérialiste, son affaiblissement, peut entrainer une série de guerres de repartages, peut permettre aux impérialismes brimés de prendre de l'ascendant et de tenter de faire leur place au soleil.
La victoire de Trump, en tout état de cause, semble tirer le rideau sur la Pax Americana, déjà endommagée depuis 15 ans, depuis le 11 septembre 2001.

Rien d'intégralement positif n'était, de toute manière, à attendre de cette élection. Entre les deux clans de la bourgeoisie américaine, nous n'avions pas à laisser notre cœur balancer. Cependant, nous restons vigilant : Bien que n'était pas au stricto sensu un émule de Hitler, Trump va certainement mener la vie dure à tous les progressistes américains. C'est vers eux, vers ceux qui combattent l'impérialisme de leur propre Etat, que nos pensées vont en priorité. C'est vers ceux qui, au cœur du monstre, luttent pour les droits des minorités, contre l'obscurantisme et la réaction, contre les menées guerrières, que va nos salutations.

Nous sommes pour des Etats-Unis d'Amérique démocratiques et socialistes. Nous espérons que le déclin de son impérialisme est un préalable à ce que naisse un puissant mouvement populaire et révolutionnaire au sein de cet Etat.

Vive la lutte héroïque des progressistes et des révolutionnaires américains !

Contre l'impérialisme et la réaction !

 

 

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