Soutien au Lyon Antifa Fest !

Nous affirmons notre soutien au Lyon Antifa Fest ainsi qu’au CCO de Villeurbanne, tous deux dans le collimateur de la Région Auvergne Rhône-Alpes.

Né en décembre 2013, le Lyon Antifa Fest a été conçu pour commémorer la mémoire de Clément Méric, tué en juin de cette même année par un skinhead néo-nazi. Année après année (à l’exception de 2020), ses éditions successives ont été des points de rendez-vous militants et symboliques importants. Loin d’être une simple série de concerts, ces événements ont été aussi un affront fait aux fascistes et aux réactionnaires de Lyon, lesquels n’ont jamais pu entraver la tenue de cet événement.

La période du début de 2010 était une nuit sombre. L’extrême-droite, renaissante, dopée par les discours haineux et par l’attitude compassée de la mairie, de la police et de la justice, se croyait tout permis. Dans l’agglomération lyonnaise  : attaques à la batte de base-ball1  ; ouverture de locaux2  ; coups de poignards3  ; à Clermont-Ferrand, coups de feu sur un concert4… et dans cette nuit sombre, ce festival avait été phare. En dépit de pressions, en dépit de menaces, en dépit aussi d’arrestations dans la mouvance antifasciste, il a demeuré. Ce n’est pas la première fois qu’il est pris pour cible, tout comme ses organisateurs et organisatrices.

Or, aujourd’hui, la Région Rhône-Alpes Auvergne veut s’en prendre à ce festival, saper sa possibilité de se produire. Laurent Wauquiez ne pouvant pas réellement s’attaquer au Lyon Antifa Fest, celui-ci est financièrement autonome, il se venge sur ceux qui ont accepté d’héberger celui-ci  : le CCO de Villeurbanne. Les subventions du centre œcuménique seraient amputées de 45 000€.

Le casus belli  ? Une chanson, jouée en 2015, et dont un extrait déclarait  : “Tous les flics, ce sont des bâtards”. Cette chanson, apparaissant sur la bande-annonce de l’édition de 2021, est donc le prétexte employé pour s’en prendre au festival et au centre.

C’est une mesure de rétorsion qui est à la fois politique, mais aussi démagogique et même cynique.

  • Politique dans la mesure où le Lyon Antifa Fest représente un des grands événements, rassemblant largement militants, militantes, mais aussi au-delà de ces milieux. Ce festival est un rendez-vous tout comme un pied de nez aux fascistes par sa seule existence, existence publique et ouverte. Ce festival démarque des fascistes, qui, eux organisent leurs messes noires, racistes et réactionnaires, dans le secret absolu, de peur d’être vu pour ce qu’ils sont réellement.
  • Démagogique, car les élections approchent. En prenant prétexte de propos tenus en 2015, le président de la Région trouve là l’occasion de créer un petit scandale dans lequel il pourrait apparaître et faire parler de lui. De plus, le choix n’est pas anodin. Les partis politiques rivalisent pour chérir la police. Entre le train gratuit, des effectifs supplémentaires, des passe-droits supplémentaires… chacun essaie de s’attirer les bonnes grâces d’une corporation puissante et influente. D’autant que celle-ci a eu maille à partir à plusieurs reprises avec la mouvance antifasciste.
  • Cynique, car depuis des années, les subventions versées à la culture sont chaque fois plus ténues. Ces 45 000€ de subventions en moins permettent aussi de réduire les dépenses et d’aller dans le sens d’un étranglement des associations, des salles de spectacles, qui ont déjà souffert des politiques publiques et du Covid.

Mais au-delà de ça, c’est un scandale un peu minable, mais qui illustre bien une mentalité à géométrie variable.

Tous les flics, ce sont des bâtards”.

Nous ne partageons pas la forme de cette affirmation. Pour nous, l’institution policière et son caractère normatif expliquent en grande partie les comportements de la police. Il existe des «  gens bien  » dans la police, qui vont réprimer en respectant les règles, et il existe des «  mauvais policiers  » qui les transgressent. Mais les deux sont du côté de l’oppresseur. Mais la question n’est pas là. Elle est sur sa perception par un Wauquiez échaudé et par des syndicats de police toujours prêts à monter au créneau.

Il est toujours de bon ton de voir comment les sociétés changent. Et comment elles se durcissent. En 1952, Georges Brassens chantait Hécatombe, avec des paroles nettement plus brusques que le pauvret «  ce sont des bâtards  ».

«  En voyant ces braves pandores

Etre à deux doigts de succomber,

Moi, j’bichais, car je les adore

Sous la forme de macchabé’s.

De la mansarde où je réside,

J’excitais les farouches bras

Des mégères gendarmicides,

En criant : “Hip, hip, hip, hourra !”  »

Le fait est que, en 1952, Brassens a pu sortir cette chanson. La France était alors en plein tumulte, entre les menées du PCF, la guerre d’Indochine, et une Algérie bouillonnante. Les grands croisés du «  on ne peut plus rien dire  » auraient-ils donc raison à ce point, quant on sait qu’on peut être inculpé d’outrage pour la chanter en public. Ce fut le cas en 2011 à Toulouse5. Ou quand on sait qu’on peut être passé à tabac pour chanter «  Cayenne  »6.

Ces mêmes qui prétendent défendre la «  liberté d’expression  » censurent aujourd’hui. La réalité est qu’ils ne la défendent que lorsque celle-ci sert leur camp  : proférer des mensonges propres à exciter la division, la haine, la discorde entre les exploités. Mais ceux-ci pratiquent la censure sans états d’âme lorsque les propos écornent les puissants et leurs âme damnées policières. Les violences policières sont pourtant une réalité. Plus encore, la réalité du rôle de la police comme outil d’oppression se constate chaque jour.

La culture, la liberté d’expression, ils l’aiment quand elle est sans dommage pour eux. La culture critique, impertinente, moqueuse, ils ne l’apprécient que lorsqu’elle est suffisamment distante, aseptisée. Ils aiment Brassens, Boris Vian, lorsque le temps et la distance font de leurs coups d’éclats des moments du passé. Ils aiment les figures telles que Martin Luther King ou Nelson Mandela comme figure commémoratives, alors qu’ils les ont combattus de leur vivant. Ils aiment Picasso, Einstein, et Frida Kahlo, mais ils font de leur soutien à l’URSS et à sa direction des «  erreurs  » quant ils ne le passent pas simplement sous silence.

La lutte antifascisme doit perdurer  !

«  La lutte antifasciste n’autorise pas tout. Les appels à la haine et à la violence contre les policiers n’auront jamais leur place à Villeurbanne.  » a déclaré Cédric Van Styvendael, maire PS de Villeurbanne. Nous n’oublions pas comment le PS et Gérard Collomb ont systématiquement mis sur le même plan fascistes et anti-fascistes, tout en accordant des largesses considérables aux premiers, souvent fils et filles de notables. Et chaque fois que le PS ou ses sbires ont pris la parole pour parler d’antifascisme, c’était pour parler du RN, d’élections, et pour promouvoir la soumissions aux autorités. Or, la lutte antifasciste, conséquence, jusqu’au bout, ne peut qu’être dirigée contre la bourgeoisie, contre l’État, et contre le capitalisme  : il est le terreau du fascisme.

Nous sommes solidaires du Lyon Antifa Fest, et nous appelons l’ensemble de ceux qui défendent sans hypocrisie la liberté d’expression, la vraie, celle qui s’attaque à l’ordre établi, à faire de même. Chaque recul, chaque entrave à l’expression de l’antifascisme, sous quelque forme que ce soit, est une défaite. En ces temps de pression et d’élection : soyons solidaires, faisons bloc contre la répression, même budgétaire !

Le communiqué officiel du L.A.F.

1https://www.lyoncapitale.fr/actualite/coups-de-batte-de-base-ball-cinq-militants-d-extreme-droite-arretes/

2https://fafwatchra.noblogs.org/files/2012/06/Bunker-Korps-Lyon.pdf

3https://www.rue89lyon.fr/2018/09/06/coups-de-couteau-dans-le-vieux-lyon-cinq-personnes-de-la-mouvance-identitaire-condamnees/

4https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/2014/01/20/deux-ans-de-prison-pour-l-auteur-de-coups-de-feu-lors-d-un-concert-clermont-ferrand-399067.html

5https://www.lepoint.fr/societe/chanter-peut-etre-un-delit-11-06-2011-1341035_23.php

6https://www.leprogres.fr/jura/2011/07/09/proces-ripert-4-h-30-d-audience-9-avocats-et-des-provocations-a-la-pelle

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