Papacito et le fascisme internet. (1/2)

Dans une vidéo Youtube, depuis retirée, le youtubeur d’extrême-droite «  Papacito  » et Code Reinho, un fanatique d’armes, se sont mis en scène. Dans une parodie d’exécution, ils ont tiré sur un mannequin vêtu d’un T-shirt avec des inscriptions telles que «  Je suis communiste  » ou «  Dhimmi  ».

Cette vidéo n’est en soit qu’une élucubration de plus. Si elle va un peu plus loin dans la décomplexion de la violence, elle n’en est pas moins une simple vidéo de plus. Elle n’est pas la première opération du provocateur «  Papacito  », qui s’est fait contraire pour plusieurs appels à la violence. On peut ainsi se rappeler de son #monteuneéquipe qui appelait à organiser des agressions contre les militantes et militants d’extrême-gauche.

Il y a deux choses dans cette vidéo  : d’une part, la bouffonnerie, de l’autre le sérieux.

  • Ugo Gil Jimenez, alias Papacito, est un bouffon au sens premier du terme. C’est un producteur de divertissement réactionnaire. Il a beau porter « le même treillis que mettaient les types qui allaient faire des crimes de guerre dans les villages vietnamiens », il n’en demeure pas moins que nous savons très bien qui a remporté cette guerre. Et les siens se sont rendus.
  • Cette culture Youtube, cette mise en scène virile, guerrière, est effectivement porteuse pour un certain public désœuvré, frustré, perdu devant un monde qui semble dénué de repères et de sens. Car le public auquel s’adresse cette rhétorique n’est guère le surhomme Nietzschéen.
  • Il ne produit pas des discours particulièrement construits, particulièrement intelligents, mais sa bouffonnerie contribue à alimenter un espace culturel. Et cet espace culturel, nébuleux, prend de l’importance. Elle draine inlassablement de nouvelles personnes vers les réseaux d’extrême-droite, notamment en jouant sur quelque chose que la très grande majorité de la gauche ne sait pas faire. Le « franc-parler », gouailleur, de l’extrême-droite est quelque chose qui reste sa chasse gardée.
  • Il n’y a pas de mystère à cela : les organisations de gauche proposent des modèles théoriques et des déclinaisons idéologiques de celui-ci, tandis que la droite se contente d’une weltanschauung, une vision du monde. Elle n’a pas besoin d’être cohérente, elle n’a pas besoin d’être logique, mais elle a besoin d’être vendeuse. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si des champions du marketing, comme le Dr. Franz Alfred Six, Brigadeführer-SS et chef du marketing de Porsche. Offrir à un public vulnérable, esseulé, ce qu’il veut entendre, un discours calibré pour l’individualisme et la vengeance, est une grande spécialité de la droite radicale.
  • Le format Youtube et les vidéos aux montage hachuré, les argumentaires mille-feuille, sont des supports qui correspondent parfaitement aux moyens et aux fins des fascistes : ils ne sont pas dans l’explication de fond, mais sont dans une agitation/propagande basique, énergique, mobilisatrice. D’ailleurs, l’importance de ces médias n’a pas échappé aux cercles du pouvoir. Le concours d’anecdote de Mcfly et Carlito et le concert d’Ultravomit dans le jardin de l’Élysée rentre dans ce cadre une apothéose du spectacle politicien, basé uniquement sur l’image, et niant totalement le fond politique.
  • Il faut prendre avec sérieux l’influence croissante et la capacité de diffusion des idées de personnage aussi ridicules que le boutiquier Soral ou que le clown Papacito. La sous-estimation de leur portée est un véritable danger. Ils le sont, car, contrairement à ce que leur posture de dissident ou d’outsider laisse supposer, ils bénéficient d’une complaisance et d’une complicité tacite de la part des autorités et des institutions. Même le gratin des intellectuels et des philosophes français (Onfray, Finkielkraut, Enthoven) est derrière eux. Ils adoubent ce programme de « régénération » du pays. Ce n’est pas qu’ils soient particulièrement intelligents, bien au contraire, c’est qu’ils représentent des options qui pourraient être utiles si jamais une crise de régime s’installaient.

La vidéo en tant que tel est à l’image de l’extrême-droite française  : une exacerbation d’une virilité qui camoufle mal sa fragilité, son inquéitude devant un monde qu’elle ne comprend plus, qui lui échappe. Un monde dans lequel sa vision pétrifiée du passé, un passé inventé, fantasmé, ne trouve pas prise. Déjà, c’est cet univers sombre, de peur, d’anxiété, guidait les Akadamikern nazis. Aujourd’hui, les bas de plafond fascistes emboîtent le même pas  : celui de la crainte de l’effacement. Rien de neuf sous le Soleil Noir en somme.

Si nous devons déterminer qui est «  le fragile  », posons-la question  ? Est-ce que ce sont ceux et celles qui mettent leur confiance dans la grande majorité de la population, qui mettent leur confiance dans la possibilité de s’émanciper autour d’un projet universel, de résoudre les maux, les problèmes, d’aller vers l’espace  ? Ou est-ce que ce sont les nostalgiques des Wisigoths, qui veulent se replier sur leurs fiefs, leurs terres, leurs paroisses, en étant terrifiés d’un peu trop de mélanine  ?

Mais ce qui est par contre révélateur, c’est l’inégalité de traitement.

Lorsque la police commet des crimes, lorsque des tueurs à gage sont embauchés pour liquider un syndicaliste, ou lorsque des clowns fascistes font ce genre de vidéos, les réactions sont ténues. Dès que l’extrême-droite organise une action brutale, tout est mis en œuvre pour minimiser les faits. Les mobiles politiques, idéologiques, racistes… sont systématiquement minimisés, la dimension individuelle, psychologique est exacerbée. Quant aux responsabilités extérieures, à l’encouragement de la part d’agitateurs et de provocateurs, elles ne débouchent sur rien.

Imaginer l’inverse paraît fou. Imaginons le symétriques de ces actions et de ces discours, tenus par des minorités ou par l’extrême-gauche  : cela serait un déferlement de haine et de brutalité.

Un exemple  : En 1972, la gauche propose un programme commun. C’est un programme réformiste assez basique et celui-ci est d’ailleurs une grande défaite stratégique pour le PCF. Pourtant, il condense certains espoirs dans la population, et la bourgeoisie, contrairement à l’élection de Hollande, n’a pas besoin de l’alternance. Elle initie un immense mouvement de fond au sein de la société pour lutter contre l’influence des idées de gauche dans la société. Cela se traduit pas un soutien sans failles à toutes les tendances anticommunistes, à tous les penseurs réactionnaires, pseudo-gauchistes, mais en réalité de droite. Si une élection suffit, qu’en sera t’il du jour où les révolutionnaires seraient en force.

Pour le moment, que représente le mouvement gauchiste  ?

Que pèse le mouvement gauchiste en France  ? Est-il une menace pour l’État  ? Pour le moment non. La grande majorité des groupes politiques ont des audiences restreintes. Ceux qui ont su s’accroître restent dans le flou stratégique ou se divisent, comme le NPA, qui connaît une série de crise internes. Tactiquement, les groupes autonomes peuvent donner du fil à retordre à la police. Mais la menace gauchiste, le risque d’un nouveau 1871 est pour le moment assez faible.

Nous pensons que cette vidéo est à la fois une insulte, mais aussi un miroir tendu vers nous-mêmes et vers l’image que renvoient la gauche parlementaire et extra-parlementaire. Cette image est déformée, brouillée par une grille de lecture abjecte, mais elle est néanmoins un miroir.

Les «  gauchistes seront démunis si quelque chose de pas prévu se passe dans les années prochaines » déclare «  Papacito  ». Il y a du vrai. Les mouvements révolutionnaires ne se sont pas forcément renforcés ces dernières années. Elle nous renvoie à nos propres faiblesses, notamment le fait de courber l’échine sous les injonctions morales exigées par la bourgeoisie. Injonctions qui ont été dictées au nom de l’anti-totalitarisme et de l’anti-communisme. Ce sont des injonctions à ne rien entreprendre de sérieux, de menaçant, à essayer d’être les gentils de l’histoire.

Plus le temps passe, plus ces injonctions morales deviennent des poisons qui entravent le but des mouvements révolutionnaires  : remporter la victoire définitive contre le capitalisme, l’impérialisme et les formes d’exploitation et de colonialisme.

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