Pass vaccinal adopté – une brève analyse. (1/2)

Le Pass Vaccinal a été adopté en première lecture, après deux nuits de délibération et de débats dans l’Assemblée. Il va être maintenant transmis au Sénat. Cette nouvelle mesure vient remplacer le Pass Sanitaire, en ôtant la possibilité de recourir uniquement à des tests pour accéder à des lieux de loisirs ou de restauration. Il indique un durcissement important de la part du gouvernement vis-à-vis des non vaccinés, sans pour autant aller jusqu’à une véritable obligation vaccinale.

De très fortes tensions ont eu lieu durant les débats. Notamment une altercation entre un élu LREM, François Cormier-Bouligeon, et Alexis Corbière de la France Insoumise. L’altercation, avec des termes dignes d’une cour de récréation, comme le «  Et toi, t’as un gros ventre  » de Corbière, a démontré le degré de décomposition des dirigeants du pays. La tension était d’autant plus exacerbée que, à l’extérieur, Emmanuel Macron jetait de l’huile sur le feu.

Il y a là la conjonction de plusieurs facteurs  : d’une part une fatigue liée au texte et à son innombrable lot d’amendement. Mais également, le fait que des jeux politiques préalables à l’élection se tramaient. Avant que les bulletins soient dans les urnes, chaque espace est potentiellement l’occasion pour les futurs candidats d’exister politiquement. Ce sont des aspects qui concourent à rendre encore plus inefficace le règlement de la pandémie.

Car dans l’intervalle, 332 252 contaminations ont été annoncées le 5 janvier 2021. Le ministère de la Santé indique d’ailleurs que ce chiffre pourrait avoir été sous-estimé, et annonce près de 440 000 cas. 1 La baisse enregistrée les jours suivants semble être plus du fait de l’impossibilité matérielle de réaliser des analyses que d’un illusoire plateau.

C’est un nombre absolument écrasant, même si on considère que le variant Omicron est moins dangereux pour la santé que les précédents.

Mais, à nouveau, le gouvernement semble tarder abominablement à entamer des procédures pour limiter les contaminations. Il faut croire que deux années de Covid n’ont pas permis de tirer les moindres leçons.

Pire encore, il faut noter un changement de stratégie dans le gouvernement  : il allège les protocoles, les temps d’isolement, et semble admettre que cette vague est un tsunami qui emporte tout, et qu’il faut que chacun y fasse face avec ses propres moyens. Il y a de quoi se poser des questions  : pourquoi une gestion aussi médiocre et dangereuse  ?

Les marchés et l’élection  : les deux objectifs de la lutte anticovid.

Préserver l’économie et les marchés.

Faut-il se mentir  ? À l’exception du premier confinement, le soucis numéro 1 du gouvernement, et d’ailleurs de la très large majorité des gouvernements, a toujours été la question économique. Si certains pays ont opté pour une très brutale stratégie du 0 covid, mettant sous cloche leur économie pendant plusieurs mois, la France a opté quant à elle pour un 0 confinement. Ce 0 confinement s’est traduit par des hospitalisations nombreuses, par une forte circulation du virus, et finalement par des dangers importants sur la santé de la population. Mais il a préservé la confiance des marchés, et c’est là quelque chose qui prime sur tout.

Dans le même temps, les consignes erratiques, l’usure liée aux couvres-feu, à la fragmentation de la vie sociale et affective, a pesé lourdement sur les possibilités d’acceptabilité de la part de la population. Le «  confinement frais et joyeux  », si on peut parler ainsi, n’est plus de mise. Aujourd’hui, c’est plus une sourde résignation ou un renâclement qui se fait sentir lors des annonces contraignantes.

Aussi, les élections approchent, et le gouvernement préfère prendre des risques discrets que faire des mesures fortes et impopulaires.

Emmanuel Macron dit qu’il veut «  emmerder les antivaxs  » et qu’un «  irresponsable n’est plus un citoyen  ». On peut s’interroger sur le caractère démagogique de cette petite phrase mesquine, laquelle est supposée «  dire tout haut ce que les français pensent tout bas  ». Pour le moment, c’est plus l’inverse. Ce sont les antivaxs qui forment une véritable épine dans le pied du scénario de vaccination totale prévue par le gouvernement. Mais la réalité est là  : si les antivaxs engorgent le système hospitalier, ils ne sont pas responsables de 100  % de l’échec actuel de la politique de lutte contre le covid. L’OMS l’a annoncé  : compter uniquement sur la vaccination, dans le but encore une fois de maintenir l’activité économique, n’est pas suffisant. Il y a besoin de mesures qui permettent d’augmenter la distanciation sociale et de réduire le nombre de contamination. Par ailleurs, le MEDEF pèse de tout son poids dans les discussions. Après les déclarations sur l’obligation du télétravail, le cartel des patrons et des patronnes s’est empressé de le saboter. Dominique Borne, ministre du travail, a déclaré que l’inspection du travail, de toute manière incapable de pouvoir réaliser cette tâche de contrôle, fera preuve de «  compréhension  ». En somme, rien ne bougera, les déclarations molles se fracassant sur l’inertie du patronat.

Préparer les élections

Les élections arrivent rapidement. Et la plupart des décisions du candidat-président s’inscrivent dans une stratégie de réélection. Ainsi, ne pas faire de tort à l’économie, protéger les marchés, ne pas prendre de décision impopulaires… Mais aussi capitaliser sur les clivages dans la société. Quand on regarde les discours : plus on s’approche des ailes de l’échiquier politique, plus les positionnement sur la question des antivaxs sont flous. Macron parie sur le fait que ces populations ne voteront pas pour lui. Donc il ne retient pas ses coups : c’est l’occasion de montrer les muscles et de tabler sur la grogne contre ces populations. Cette montée en tension dans la société n’est pas sans effets. Mais elle favorise aussi une polarisation imbéciles, poussant les autres organisations à prendre la défense des antivaccins.

La mise en œuvre de cette stratégie a un coût.

La première des conséquences de cette politique qui consiste à laisser le virus circuler est de faire reposer le poids de la pandémie sur un système hospitalier anémié, épuisé, au bord de l’effondrement. Dans un sens, la manière dont le gouvernement gère cette question nous évoque un parallèle d’histoire militaire2. Il se retrouve à agir comme le haut commandement militaire Allemand à la fin de la guerre de 1939-1945. Il déplace des divisions qui ne sont plus que l’ombre d’elles-même, croyant (ou s’autoconvainquant) de l’existence d’une force capable d’encaisser l’épreuve de force alors que la réalité est plus complexe  : il n’existe plus de réserves qui peuvent être mises en ligne pour relever le personnel épuisé, tandis que d’immenses ressources sont détournées pour faire fonctionner ce qui reste. Ainsi, nous avions pu voir le cas d’interventions chirurgicales reportées constamment. La facture des test s’élève aussi à plus d’un milliard d’euros.

Il ne faut pas non plus oublier que le passage à l’hôpital est un pis-aller. Il représente uniquement le filet de sécurité ultime pour ceux qui ont été contaminés. Aurore Bergé, bien que tweetant imbécilement que «  plus de lit d’urgence, c’est plus de gens intubés, plus de morts  », voulait probablement dire, confusément, que «  mieux vaut ne pas en avoir besoin  ». Cependant, la politique macronnienne repose sur ce filet de sécurité. Filet de sécurité que la doctrine de rentabilité de l’hôpital avait déjà rendu bien précaire.

Deuxième élément, l’école. La situation de l’école pourrait prêter à rire si elle n’était pas dramatique. Les promesses de moyens pour équiper les salles et protéger les personnels n’ont jamais été accomplies. Les protocoles sont absurdes et inefficaces. À la place, c’est une improvisation locale qui règne la plupart du temps. Pourtant l’indéboulonnable ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, se félicite d’avoir entre 7  % et 15  % d’enseignants absents. Sur le terrain, ce sont des taux de 20  % d’élèves absents qui sont mentionnés. Charge aux enseignants de se plier en quatre pour prendre en compte toutes les problématiques de rattrapage.

L’absence de moyen contraste avec la place accordée, dans les discours, à l’importance de maintenir ouvert les lieux de savoir et d’éducation. La réalité saute aux yeux  : ce qui intéresse le gouvernement est plus de pouvoir entasser les élèves dans des écoles, des collèges, des lycées surchargés que de risquer d’entraver la possibilité pour les parents d’aller travailler.

Cependant, cela révèle une chose intéressante et un angle d’attaque important  : puisque les lieux d’éducation sont, finalement, des variables d’ajustement pour permettre les activités économiques, une grève de leur part aurait des effets dévastateurs. Finalement, contrairement à ce que nous pensions, ce n’est pas la grève des notes qui forme l’ultima ratio regum de l’éducation, mais bien l’impossibilité, pour les parents, d’assurer leurs postes de travail. En espérant que cette idée fasse son chemin. [Ajout du 7 janvier] Le SNUipp appelle à la grève le jeudi 13 janvier. Cette voie est donc en train d’être arpentée.

Il serait possible, naïvement, de croire que cette situation et cette dépendance envers des éléments aussi essentiels que l’École et que l’Hôpital puisse décourager le gouvernement et la classe dont il représente les intérêts de s’attaquer à ces secteurs. Il n’en est rien. Macron, en véritable chef de guerre du camp libéral, s’ingénie à utiliser tous les prétextes possibles pour poursuivre sa politique. Quitte à utiliser l’agonie de l’hôpital ou de la Sécurité Sociale pour les achever.

Non seulement Blanquer veut continuer la mise au pas de l’éducation, en œuvrant dans des think tanks réactionnaires, mais Macron utilise même cette situation de crise comme un levier pour faire passer des réformes. Ainsi, les dépenses prodigieuses de l’Assurance Maladie seront compensées par la fin définitive des cotisations sociales et la mise en œuvre de taxes et de mutuelles privées. Dans le même temps, des joyeusetés telles que le forfait hospitalier et le forfait urgences sont là pour contribuer à compenser les finances meurtries des hôpitaux.

1https://www.leparisien.fr/societe/sante/covid-19-a-lecole-leger-assouplissement-du-protocole-sanitaire-suivez-notre-direct-07-01-2022-4ACQFYG5RJGQPMMTMRRPKHDUZQ.php

2Nous insistons là sur le fait qu’il ne s’agisse que d’un comparatif militaire et absolument pas d’un comparatif politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.