La Palestine brûle et le monde regarde.

Depuis plusieurs jours la Palestine subit des frappes terribles. Des images de villes éventrées arrivent. A peine extirpé de la pandémie de COVID, grâce à une politique de vaccination d’ampleur, l’Etat hébreux s’est relancé à corps perdu dans l’assujétissement et la colonisation de la Palestine. Des centaines de morts côté Palestinien et une dizaine côté Israélien. Ces morts sont ceux d’une politique coloniale, criminelle, menée par un Etat qui bénéficie, sinon du soutien, au moins de l’assentiment des autres puissances.

Nous avons construit ce communiqué avec un temps de recul et de réflexion. Il nous paraissait important de ne pas simplement apporter une condamnation morale, pour lesquels quelques lignes auraient pu suffire. Mais il nous appartient aussi d’apporter des éléments d’analyse et de compréhension de la situation. D’une part pour la replacer dans le contexte plus large de l’affrontement géopolitique, mais aussi dans le cadre d’un système économique qui n’est hélas pas exceptionnel : celui de la colonisation et de la surexploitation.

Nous condamnons la politique menée par l’État d’Israël au Moyen-Orient.

S’il semble que des Palestiniens aient agressé des Israéliens, dans un mouvement de colère, nous ne pouvons jouer au jeu puéril du «  qui a commencé  » sans prendre en compte l’ensemble du contexte ni sans mettre dans la balance la disproportion énorme entre la violence d’un camp et de l’autre.

Partant de l’annulation des élections Palestiniennes, qui ne se sont pas tenues depuis 10 ans, un mouvement de colère grondant s’est emparé du pays. L’impossibilité d’avoir une expression politique a été un des déclencheurs. Mais les projets israéliens en ont été un autre.

Un des objectifs est d’effacer purement et simplement le quartier de Sheikh Jarrah, quartier Arabe de Jérusalem-est. A travers cette conquête, l’État d’Israël souhaite réaliser un de ces fantasmes  : faire de Jérusalem sa capitale «  une et indivisible  ». Pour les plus radicaux, elle ne se partage pas. Qu’importe que ceux qui vivent sur terres soient là depuis des siècles  : cette prophétie est placée au dessus de la valeur de la vie humaine.

Le 9 mai, les forces Israéliennes ont mené une opération dans la Mosquée de Al-Aqsa. Elle a été en partie incendiée. Devant l’esplanade de la Mosquée, lieu saint de l’Islam, les ultra-nationalistes israéliens ont chanté et dansé.

Comme toute situation de conflit, elle est tragique, et cause des souffrances de toutes part. Mais nous ne pouvons ôter le fait primordial que les Palestiniens sont chassés de leurs terres et subissent les frappes d’une des grandes puissances militaires, tandis que leurs villes sont devenus des prisons à ciel ouvert. Ils sont les agressés, tandis qu’Israël est l’agresseur. Ils manquent de tout, d’eau potable, de nourriture, de soins, de perspectives économiques. Ils manquent même d’espoir.

L’ONU montre une fois de plus son incapacité totale à pouvoir traiter cette question sérieusement. Et pour cause  : les enjeux dépassent le cadre simple de l’agression sur un peuple.

Israël représente un pivot géopolitique. Il est une tête de pont occidentale dans le Moyen-Orient, un balcon sur Suez, une base militaire fortifiée pour contrôler le pétrole. Il s’inclut donc dans un jeux cynique qui ne se limite pas au cadre étroit du Levant, ni même du Moyen-Orient, mais dans le cadre d’un affrontement mondial entre camp hostiles. Et, dans ce jeu, les Palestiniens sont sacrifiés, et les Juifs eux mêmes, qui cherchaient là un havre de paix après l’enfer, sont aussi voués à vivre dans un camp retranché.

Et, injure suprême, nous voyons des imbécilités proférées en solidarité avec Israël  : des tweets, des communiqués, des actes symboliques. L’Autriche s’est permise de hisser le drapeau à l’étoile de David au dessus de son parlement, en solidarité. Estrosi a fait de même à Nice. Valls, quant à lui, parvient une fois de plus à décrocher la palme de la génuflexion  : il a publié une photo des frappes israéliennes, en prétendant qu’il s’agissait de celles du Hamas. On croit rêver  : l’agresseur est encensé, protégé, défendu politiquement et militairement.

Manuel Valls a-t-il affiché son soutien à Israël en partageant une image  d'une frappe sur Gaza ? – Libération
Tweet supprimé par la suite.

Heureusement, à l’inverse, la solidarité s’est exprimée. Les dockers de Livourne ont bloqué les exportations d’armes vers la Palestine. Des centaines de manifestations ont défilé partout dans le monde. Les masses populaires se montrent solidaires de la Palestine et de ces souffrances. Ce n’est pas pour rien que les slogans disent qu’au travers d’elle «  c’est l’humanité qu’on assassine  ».

La répression s’emballe.

Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), a été mis en garde à vue ce mercredi 12 mai vers 19H, à sa sortie du Quai d’Orsay. Cette arrestation est une étape importante dans une répression des soutiens aux mouvements de lutte internationaux. N’oublions pas non plus que le soutien au Kurdistan ne tient qu’a un fil, et que, du jour au lendemain, l’Etat peut révoquer sa tolérance vis-à-vis de ceux qui sont liés à la lutte pour un Kurdistan libre et appliquer la politique antiterroriste. Quelle ironie que Darmanin, ardent admirateur de Napoléon et de sa politique d’assimilation forcée, soit l’exécutant de cette politique.

Nous ne parvenons pas à comprendre le choix de réprimer de manière aussi forte un mouvement de protestation qui existe depuis des décennies.

A nos yeux, il existe trois raisons possibles qui peuvent motiver une répression d’une ampleur supérieure et cette censure médiatique. Nous excluons d’emblée les conception antisémites et les thèses qui feraient d’Israël un empire tentaculaire, ou d’autres fantasmes sur un quelconque complot juif. Ce sont donc d’autres motivations qui doivent entrer en ligne de compte. Elles ne s’excluent d’ailleurs pas mutuellement.

La première possibilité est celle d’une hausse des enjeux géopolitiques dans la région, ce qui expliquerait un alignement plus fort de la France derrière Israël, et justifierait de réprimer les voix dissonantes.

La seconde est possiblement liée au calendrier électoral français. Durcir le ton est une manière de pouvoir draguer un électorat pro-israélien et de faire un appel du pied -tout en piochant dans un inconscient antisémite : celui de la “communauté organisée”- aux juifs et juives de France.

La troisième est celle de la poursuite d’une politique arabophobe et islamophobe en France. Elle est une méfiance toute particulière envers cette lutte, populaire, en particulier dans les quartiers, considérée comme une porte d’entrée dans l’hypothétique nébuleuse “islamo-gauchiste”.

Nous ne confondons pas le racisme avec la critique politique.

Nous redisons ce que nous avons dit par le passé : nous ne pouvons qu’exprimer notre plus vif mépris pour deux positions répugnantes qui peuvent exister sur ce conflit : La première est cette d’amalgamer cyniquement la Shoah, l’antisémitisme et Israël pour rendre inattaquable la politique de cet État. La seconde, l’inverse, est d’utiliser la politique criminelle d’Israël pour justifier l’antisémitisme et la Shoah.

L’assimilation perverse des Juifs et des Juives du monde entier à l’existence d’Israël et à la politique du gouvernement de cet état est une escroquerie qui nourrit l’antisémitisme et prend en otage les Juifs et les Juives. Nous écrivions ainsi, le 18 février 2019 :

Dans le fond, aux yeux de ces individus, même inconsciemment, la question du racisme ne prend qu’une dimension tactique. Elle est une manœuvre qui permet de marquer des points, qui permet de s’afficher, qui permet de faire parler de soi. Le FN/RN, montant les homosexuels contre les musulmans pendant des élections, puis faisant l’inverse pendant la Manif Pour Tous. Valls proclamant une fidélité inconditionnelle à la « communauté » juive et à Israël « je suis lié (…), de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël », proclamant les juifs comme étant « à l’avant-garde de la République » et aujourd’hui défilant avec la droite Franquiste en Espagne.

Valls , par ses propos, a insinué qu’il existerait une élite auquel il faudrait prêter allégeance.

Or, les Juifs et Juives de France, qui n’avaient rien demandé de plus que le fait qu’on les laisse tranquille et de ne pas être assimilés de force à la politique d’Israël, se sont vus impliqués, à leur corps défendant dans les propos d’un premier ministre qui fait appel à un inconscient antisémite. En dernière analyse, ces propos ont nettement plus contribué à mettre en danger les Juifs et les Juives de France qu’a leur apporter le moindre réconfort. Voilà à quoi mène la loyauté « éternelle » de ces agitateurs.

Dans ceux et celles qui soutiennent la Palestine, il existe des antisémites. Nous n’avons aucune tolérance pour ces personnages et pour leurs thèses. Nous les avons toujours dénoncées et nous les dénoncerons toujours.

Notre position politique est de traiter Israël comme n’importe quel autre État. Et comme dans n’importe quel autre État, nous considérons que nous avons le droit de critiquer son fonctionnement et sa politique, qu’elle soit intérieure ou extérieure.

Les tenants de l’exceptionnalité de cet État attisent en réalité le feu de l’antisémitisme. Ils font le travail d’amalgame qu’ils prétendent dénoncer : en assimilant antisionisme (au sens d’opposition à l’attitude d’Israël vis-à-vis de son environnement, mais aussi de l’existence d’une entité juridique pratiquant une séparation ethnico-confessionnelle.) à l’antisémitisme, ils étranglent l’espace qui permet à une critique politique dépassionnée d’exister.

Le colonialisme est un crime contre l’humanité.

Si la politique Israélienne choque tant, c’est qu’elle est l’expression ultra-localisée de la politique colonialiste et de la domination d’un État sur un autre. Contrairement à l’impérialisme français, où la métropole est à plusieurs milliers de kilomètres, là dans le cas du colonialisme Israélien, ils se font face.

Mais peut-on parler de nettoyage ethnique ? Cette question est complexe, notamment parce que ne pas participer à l’escalade sémantique, le fait d’employer des mots toujours plus forts, est parfois vu comme une trahison. Occupation devient colonisation, colonisation devient épuration ethnique, et épuration ethnique devient génocide. Pourtant, lorsqu’on analyse froidement la politique israélienne, on se rend compte qu’elle est bien plus complexe que prévu.

L’État d’Israël mène une politique parfois contradictoire envers le peuple Palestinien. A plusieurs reprise, les colons se sont montrés beaucoup plus radicaux et extrémistes que le Parti Likoud, qui est majoritaire à la Knesset. Ces colons ont placé l’Etat devant le fait accompli, l’obligeant à intervenir pour les protéger et pour sécuriser les zones autour de leurs habitations. Ces colons veulent chasser les Palestiniens des terres, et dans ce cadre là, on peut parler en effet, d’une politique de déplacement forcée, par la violence.

Mais dans l’ensemble, l’État d’Israël tire un profit important de la présence des Palestiniens et de leur assujétissement. Prisonniers d’une enclave économique intégralement dépendante de l’Etat Hébreux, ces palestiniens sont complètement intégrés dans un espace économique, une sphère économique unique, unissant de chaque côté des miradors. Les lois qui s’appliquent au marché du travail Palestinien font qu’ils travaillent pour une bouchée de pain dans les secteurs les moins rentables de l’économie israélienne. La bourgeoisie de l’État d’Israël en tire un grand nombre de surprofits typiques du mode d’échange colonial. En redistribuant une partie de ces surprofits à la population, l’Etat d’Israël entretien un niveau de vie élevé et une adhésion de la population à ce mode de fonctionnement économique.

A ces considérations bassement économiques s’adjoignent des considérations idéologiques : l’Etat d’Israël joue largement la carte de la peur et de la prophétie auto-réalisatrice. Il crie à l’encerclement par des forces hostiles, mais dans le même temps contribue à maintenir cette situation de conflit par ses méthodes de fonctionnement. Il rend impossible une résolution pacifique, mais est du même coup voué à lutter pour son existence, rendant toujours plus compliqué une normalisation. Il est ainsi l’Etat qui a le plus pratiqué l’assassinat commandé, avec plusieurs milliers de personnalités tuées, et ses “frappes”, en réalité des bombardements de police, matraquent les civils innocents. Difficile de mettre sur le même plan les roquettes artisanales et les bombes guidées. La violence des victimes, violence certes, ne saurait être comparée à celle de l’agresseur.

Sortir de la crise.

Quelque soient les raisons de fond, et quelques soient les justifications de celles-ci, notre position est simple : nous voulons que ce conflit prenne fin ! Nous n’avons pas la prétention d’être des experts capable de fournir clé en main une solution. Celles-ci ne sont pas légion.

Dans l’immédiat, il nous paraît vital que la Palestine puisse avoir un État souverain, avec des frontières garanties, et dont l’intérieur (s’il en reste encore un !) soit sanctuarisé. Mais ce partage, ou plus cette fin du dépeçage, n’est qu’une étape.

Certains ont pu défendre à un moment l’idée que l’absorption totale de la Palestine par Israël signifierait la fin du problème. Mais c’est mal comprendre l’attitude très particulière de cet Etat ; il maintien des statuts juridiques différents en fonction des origines et des confessions. Une seule entité avec deux populations reviendrait à recréer l’Afrique du Sud d’avant 1994, l’Algérie française d’avant 1945, ou les USA de la ségrégation. Cette «  victoire par la défaite  » est donc impossible. La résistance palestinienne est donc vouée à poursuivre sa lutte.

Cependant, nous avons confiance dans les forces progressistes Palestiniennes, notamment les organisations communistes telles que le FPLP, et dans les forces progressistes israéliennes – qui existent et qui luttent contre la colonisation – pour la dessiner et la porter d’une seule voix : un Etat dans lequel pourront vivre sans discrimination chacun de ceux qui veulent y vivre. Dans une Palestine laïque, démocratique et socialiste.

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