100 ans du PC (1920-2020) – 1/3

Note  : Historiquement, le PCF était SFIC entre 1920-1921, PC-SFIC entre 1921-1943, puis PCF à partir de 1943. Dans cet article, nous employons, par commodité, l’appellation PC & PCF pour l’ensemble de la vie du Parti Communiste.

Le PCF a joué un rôle essentiel dans la vie politique française et dans la vie ouvrière dans son ensemble. Si aujourd’hui, il n’apparaît plus que comme une organisation secondaire, comme un vestige du passé, son histoire mérite d’être connue, étudiée, comprise, partagée. Au seuil de son centenaire, si le vénérable parti ne nous livre pas une organisation de combat, il nous livre cependant un autre trésor  : celui d’une mine d’expérience. Quoiqu’on puisse penser du PCF, il nous faut regarder celle-ci, la comprendre, en tirer les éléments positifs. Nous lui sommes toutes et tous redevables, d’une manière ou d’une autre.

Dans l’actualité la plus récente, plusieurs élus du PCF ont été pointés du doigt pour des agressions sexuelles. Nous exprimons notre solidarité envers les victimes de celles-ci, et nous honorons la mémoire de Guillaume T., qui a révélé l’affaire dont il avait lui-même été victime. Nous mentionnons ceci, car pour un certain nombre de militants, ces affaires, tout comme celles qui ont concerné le MJCF en 2019, sont révélatrices d’une dégénérescence irrémédiable du PCF. Si elles sont effectivement illustratives de problèmes profonds et graves, elles ne sont nullement l’apanage du PC, ni d’ailleurs des «  partis bourgeois  ». On ne peut rejeter au loin l’histoire du PC, en particulier son déclin et l’ignorer. Il ne faut pas non plus ignorer la part d’ombre qui existe dans nos rangs. La croyance en l’invulnérabilité face à la déviation et face au crime est un danger grave, et qui nous guette tous. Comme l’écrivait Mao  : là où le balais ne passe pas, la poussière s’accumule.

La naissance  :

Il n’est pas possible de parler du PCF sans le replacer dans une histoire plus large  : celle des luttes sociales en France, et plus particulièrement de la naissance des luttes ouvrières. Les PC sont les héritiers d’une tradition de lutte, la décantation d’une expérience. Ils ne sont pas des coups de génie, mais sont la résultante d’un processus long et complexe.

Tout comme le Parti Bolchevique découle de l’expérience des décembristes et des narodnistes, le PC français est l’héritier d’une histoire qui entremêle jacobinisme, conjuration des égaux, révolutions, commune de Paris, conflits entre socialisme utopique et socialisme scientifique.

Cette «  histoire profonde  » du PC mérite, pour des raisons que nous évoquons à la fin de l’article, toute notre attention. Elle est le procès de création de cette organisation, le processus dans lequel elle est devenu un Parti.

Il faut reconnaître que la construction du PC est d’autant plus complexe que la France ne s’est pas illustrée, à l’époque, par ses penseurs marxistes. Elle a été le berceau des révolutions du XIXe siècle, mais peine à s’extraire du romantisme révolutionnaire et d’une vision idéaliste de la philosophie politique. Jusque dans les années 1870, les sciences sociales souffrent d’un retard terrible comparativement au voisin d’outre-Rhin. Malgré le fait que la Commune a posé les jalons d’une nouvelle ère révolutionnaire, ses retombées théoriques profitent ailleurs. D’ailleurs, dans l’ensemble de son histoire, peu de théoriciens français sortent du lot. Il est possible cependant de retenir Georges Politzer, Charles Bettelheim ou l’économiste franco-égyptien Samir Amin.

Lors de la grande épreuve de la Première Guerre mondiale, la très grande majorité des organisations françaises et des militants de la SFIO soutiennent la boucherie. Peu sont présents dans la conférence de Zimmerwald, en 1915, qui réunit les pacifistes. La décantation se produit donc après. Alors que c’est le choix de soutenir ou de s’opposer à la guerre qui clive dans un grand nombre de pays, en France, c’est le traumatisme de la boucherie de Verdun.

La naissance de la SFIC est inséparable de l’histoire de la Révolution Russe. Elle polarise le congrès de Tours, en 1920. Au travers des fameux 21 points de l’intégration dans le Komintern, c’est, en dernière instance, la question du soutien à la construction du socialisme en URSS qui est posée. Certains fondateurs du PC, comme Boris Souvarine, sont ainsi des relais des conflits idéologiques internes à l’URSS. Cette lutte reflète les clivages entre les praktiki1 de la Révolution et les intellectuels idéalistes. Leur opposition à la «  bolchevisation  » du Parti reflète souvent leur hostilité face à la direction que prend l’URSS.

La SFIC s’intègre dans un programme de révolution mondiale et d’entraide entre révolutionnaires du monde entier. Contrairement à une idée reçue, elle n’est pas totalement équivalente aux intérêts de l’URSS. Il faut d’ailleurs souligner que, dans ses membres fondateurs, nous retrouvons des personnalités de premier plan, tel Ho Chi Minh. Pourtant la question coloniale demeure complexe.

Le PCF, comme la très large majorité des partis communistes de l’époque, est une organisation qui possède un caractère exceptionnel. C’est un parti politique, mais un parti double  : il possède des structures légales, visant à l’intégration dans le jeu politique et dans les élections, tout en disposant d’un appareil militaro-politique clandestin, dans le but de prendre le pouvoir par la révolution. L’existence de ces deux têtes ne va pas sans conflits. Elle entraîne aussi une méfiance constante de la part des partis politiques «  traditionnels  » (au sens de respectant le jeu démocratique).

Il existe un très large consensus de la très grande majorité des partis politiques pour condamner l’Union Soviétique (les radicaux, en France, faisant figure d’exception notable, avec une soviétophilie importante). Les organisations communistes sont traitées alors comme des pestiférées, y compris par la sociale démocratie. La dégradation de la diplomatie et des relations entre partis entraînent des choix de ligne variables, entre le classe contre classe et le front uni.

Le «  classe contre classe  »

Le PCF a suivi avec rigueur la politique de l’Internationale Communiste, en appliquant, en 1928, la ligne du «  classe contre classe  ». La ligne du «  classe contre classe  » part d’un constat simple  : l’anticommunisme des autres organisations politiques est trop fort pour justifier la moindre politique de conciliation. Les sociaux-démocrates, les relais des oppositionnels, notamment les trotskistes ou les anarchistes, sont considérés comme étant des traîtres à la cause. Ils sont jugés avec plus de sévérité que les autres  : en effet, ils contestent par leur simple existence le monopole du PC a incarner la révolution ouvrière.

Durant cette période, le PC, apparaît renfermé, sectaire. Il perd une partie de son auditoire, même s’il parvient à constituer des bastions ouvriers et se doter de relais solides. Cette «  bolchevisation  » du PC est toujours un grand débat  : politique gauchiste ou ligne juste  ? Toujours est-il que, Le PCF possède alors un soft-power immense. Il attire largement. Les ouvriers, les ouvrières, la paysannerie, mais aussi l’intelligentsia se tournent vers lui. Des noms illustres s’affichent aux côté des petites gens. L’URSS, elle aussi, attire, fascine, intrigue. A partir des années 1930 cependant, le PC se transforme. La montée du fascisme le rend plus prudent, plus méfiant. Le durcissement de la situation en URSS l’atteint également. Il décante aussi progressivement.

L’exclusion de personnages comme Jacques Doriot n’est pas, comme on a pu l’entendre, une conséquence du «  stalinisme  » du PCF. Doriot, qui a fini SS, incarnait les divergences internes au PCF. Efficace, travailleur, il n’en était pas moins un apôtre d’un renoncement à la révolution prolétarienne. Sa vision du changement de société passait par l’alliance avec les réformistes la collaboration de classe. Doriot ne préfigurait pas le Front Populaire antifasciste. Il préfigurait plus le social-chauvinisme, le renoncement, l’opportunisme. Il n’a pas eu «  raison trop tôt  ». La ligne radicale «  classe contre classe  » signifiait aussi, pour lui, la perte possible de son fief de Saint-Denis.

La menace fasciste.

La menace fasciste, incarnée par le 6 février 1934, pousse à ce que les partis anti-fascistes fassent front commun. Le front uni antifasciste donne des résultats contradictoires  : en Espagne, sa victoire entraîne un coup d’État militaire, qui se mue en guerre civile impitoyable. En France, la victoire électorale permet des avancées sociales immenses. C’est bien grâce au PCF et à la CGT que les congés payés, que la baisse du temps de travail, que l’amélioration des conditions de travail ont été une réalité. Mais la victoire tactique ne s’est pas muée en victoire stratégique.

Là aussi, la bourgeoisie s’est radicalisée. Elle a tourné les yeux, pleine d’envie, vers un modèle politique qui lui permettrait de régler son compte aux empêcheurs d’exploiter en rond. Outre Rhin, le nazisme offre ainsi un modèle  : la bourgeoisie préfère largement «  Hitler que le Front populaire  ». Elle est exaucée. Il est notable que, dans la défaite «  totale  » de 1940, elle parvient à sauver deux choses  : l’Empire et la flotte pour le protéger. L’essentiel est sauf, l’Allemagne peut bien «  régénérer la métropole  », tant qu’elle ne touche pas -et elle n’y toucha point  ! – aux immenses richesses coloniales.

Il est difficile de savoir s’il y a eu réellement un «  choix de la défaite  » ou si le retard technologique et l’incompétence militaire ont eu raison de la France. Il n’est pas exclu que le patronat en réaction aux nationalisations -en particulier du complexe militaro-industriel, ait opéré un véritable sabotage. Il est possible qu’il espère une «  régénération  » de la France dans la défaite, comme lors de la restauration, un siècle plus tôt. Toujours est il, que, lorsque la guerre est là, la France n’est pas prête.

1Les «  praticiens  », ce terme est parfois employé pour parler des parties les plus pragmatiques du PC(b)US, notamment lafuture kommanda autour de Staline. Ce sont ces militants, souvent peu optimistes sur les perspectives révolutionnaires en Europe, qui vont l’emporter sur les branches plus promptes à prendre des risques. Avant d’en faire une opposition plate et insipides entre «  démocrates  » et «  bureaucrates  », il faut prendre en considération les projets politiques divergents  : Dans «  Le cours nouveau  » Trotski annonce son hostilité face à la mutation du PC(b) révolutionnaire en parti devant «  gérer  » un pays, mais il prône aussi une politique de pression brutale – y compris par des expédition punitives – sur la paysannerie et sur les ouvriers en misant tout sur l’étranger. La majorité du PC(b) considère que le risque de tout perdre est trop important, et qu’il faut miser sur la construction du socialisme en URSS. Pour l’anecdote, le centre Boris Souvarine est aujourd’hui un des instituts les plus ouvertement anticommunistes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *