Chaque missile iranien qui s’abat sur la colonie sioniste et sur les bases américaines au Moyen-Orient est une petite victoire contre la première force de la réaction dans la région. La destruction d’Israël et le repli des USA du Moyen-Orient seraient une grande victoire contre la première force de la réaction dans la région.
Soutenons la guerre défensive juste de l’Iran contre Israël et les USA1 !
C’est contre l’ennemi colonialiste et impérialiste que notre lutte doit d’abord être dirigée. Les forces du colonialisme et de l’impérialisme, représentées aujourd’hui par Israël et les USA, sont l’ennemi principal des peuples du Moyen-Orient. Les forces du capitalisme comprador relativement opposées au colonialisme et à l’impérialisme d’Israël et des USA, représentées aujourd’hui par l’Iran, restent un ennemi secondaire dans leur lutte contre l’ennemi principal.
La lutte d’un pays semi-colonial (capitaliste comprador) contre des pays colonialistes-impérialistes n’est pas une lutte révolutionnaire ; la guerre de l’Iran contre Israël et les USA n’a pas de contenu progressiste (démocratique) en soi. L’Iran lutte pour ses propres intérêts réactionnaires capitalistes compradors — économiquement dépendant et politiquement soumis à ceux du colonialisme et de l’impérialisme, même lorsqu’ils sont relativement opposés à ceux-ci. Il serait donc faux et dangereux de qualifier l’Iran (ou tout autre État semi-colonial) d’État anti-impérialiste. Ceci dit, lorsqu’un ennemi secondaire attaque l’ennemi principal, il faut souhaiter et agir pour la victoire de l’ennemi secondaire et pour la défaite de l’ennemi principal. L’ennemi d’un ennemi n’est pas un ami, c’est-à-dire des forces avec lesquelles s’unir ou sur lesquelles s’appuyer (faire front uni) ; mais, les forces de l’ennemi d’un ennemi principal servent nos propres forces.
Généralement, la bourgeoisie compradore préfère la table des négociations aux échanges de missiles (cela s’est très récemment vérifié au Venezuela). La bourgeoisie compradore trouve un intérêt dans la perpétuation de sa dépendance économique et de sa soumission politique : c’est ainsi qu’elle réalise son profit comprador et se perpétue au pouvoir, c’est-à-dire qu’elle se reproduit comme classe dominante locale. De plus, la bourgeoisie compradore est consciente de sa faiblesse. Elle n’a donc pas intérêt à prendre de grands risques contre l’impérialisme. Cependant, lorsque la bourgeoisie compradore n’a plus d’autres options que d’opposer sa force à celle de la bourgeoisie impérialiste, lorsque la bourgeoisie compradore a plus à risquer par son inaction que par sa réaction, alors, sa guerre défensive est juste. C’est le cas aujourd’hui, en Iran.
Israël et les USA, par leur opération militaire conjointe (préméditée pendant les négociations avec l’Iran), cherchent à neutraliser durablement la menace régionale iranienne en lui imposant un changement de régime. Israël et les USA cherchent à faire parvenir ou à placer au pouvoir une autre frange de la bourgeoisie compradore iranienne ou une nouvelle bourgeoisie compradore iranienne (qui ne sera pas relativement opposée à leurs intérêts). C’était le cas hier, au Venezuela.
Dans la lutte entre dominé et dominant, le parti de la neutralité est toujours le parti du dominant contre le dominé !
Dans le monde, les pays impérialistes dominants sont l’ennemi principal ; les pays semi-coloniaux dominés sont l’ennemi secondaire. L’Iran n’est pas un pays impérialiste dominant (une « grande puissance »), comme Israël ou les USA, mais un pays semi-colonial dominé. La guerre en cours n’est pas une guerre entre puissance colonisatrice, exploiteuse, spoliatrice, etc., pour le partage du monde : l’Iran ne participe au partage du monde que comme puissance subalterne dépendante et exploitée par les « grandes puissances » impérialistes. L’Iran a un « projet régional » réactionnaire, mais il ne règne pas sur un empire impérialiste duquel il extrait des surprofits2.
Dans la révolution, l’ennemi principal est le dominant ; l’ennemi dominé est secondaire. La lutte de l’ennemi secondaire contre l’ennemi principal ne le transforme pas en ami de la révolution ; mais, elle peut affaiblir l’ennemi principal de la révolution. La victoire de l’ennemi principal remplacerait simplement l’ennemi secondaire par un autre ennemi secondaire, alors que la victoire de l’ennemi secondaire le transformerait en ennemi principal ; or, ce dernier serait beaucoup plus faible que dans la situation précédente. Dans un cas, la situation serait retournée au statu quo ante bellum, dans l’autre, la situation aurait progressé à un niveau qualitatif supérieur pour la révolution : l’ouverture de nouvelles opportunités, de nouvelles surfaces d’attaques, de nouveaux espaces de manœuvres, etc.
Nous ne pouvons que souhaiter et agir pour que la classe bourgeoise compradore iranienne — classe réactionnaire faible par rapport à la classe bourgeoise impérialiste israélienne ou américaine — devienne le nouvel ennemi principal à la place de l’ancien. Aujourd’hui, toute victoire révolutionnaire des peuples contre les classes réactionnaires locales du Moyen-Orient (les compradors et les féodaux) devrait encore défaire les classes réactionnaires qui l’occupent par le colonialisme et le semi-colonialisme (les impérialistes). Israël et les USA sont les plus grands ennemis des peuples du Moyen-Orient : refuser de voir la hiérarchie objective entre les réactionnaires de la région, c’est adopter une position abstraite du point de vue du développement de la révolution dans celle-ci. La République islamique d’Iran est un régime éminemment réactionnaire, mais le nouveau régime prosionniste et proaméricain que veulent imposer Israël et les USA en Iran ne le sera pas moins ! Aujourd’hui, ce sont les Gardiens de la Révolution qui exploitent et massacrent les masses populaires d’Iran ; mais demain, ce seront de nouveaux compradors. Entre ces deux situations, il y a une différence fondamentale : dans le premier cas, l’ennemi secondaire est relativement opposé à l’ennemi principal de la région ; dans le second cas, l’ennemi secondaire a le soutien plein et entier de l’ennemi principal de la région. Le développement de la contradiction entre les classes réactionnaires locales et d’occupation, selon que celui-ci soit intense ou non, fait une différence fondamentale pour le développement de la révolution dans la région (comme le fait toujours le développement des contradictions entre classes réactionnaires, par exemple, le développement des contradictions interimpérialistes).
Une victoire — très improbable — de l’Iran ne ferait pas de celui-ci une grande puissance réactionnaire dans la région, comparable à ce que sont aujourd’hui Israël et les USA, mais une défaite renforcerait encore les positions de ces grandes puissances réactionnaires. Pour les peuples de la région, le pire scénario révolutionnaire ne serait pas la consolidation de la République islamique d’Iran, mais la consolidation du bloc impérialiste d’occupation coloniale et semi-coloniale américano-sioniste. Encore une fois, la République islamique d’Iran n’est pas et ne peut pas être un « allié » de la révolution contre elle-même (absurde), mais elle est un ennemi plus petit (dominé) à côté d’un plus grand (dominant). Aujourd’hui, la République islamique d’Iran exploite et massacre les peuples d’Iran ; demain, la nouvelle République (ou le nouveau Royaume) d’Iran exploitera et massacrera aussi les peuples d’Iran, mais avec tous le soutien des grandes — et principales ! — puissances impérialistes dans la région : Israël et les USA !
Parce que les peuples doivent se libérer de tous leurs ennemis — principaux et secondaires — pour la victoire de la révolution au Moyen-Orient, nous ne pouvons que souhaiter et agir pour que ceux-ci soient les plus faibles possibles. Pour affaiblir tous les ennemis des peuples du Moyen-Orient, nous devons défendre la guerre révolutionnaire des masses populaires, d’une part, et soutenir la guerre juste d’un ennemi dominé plus faible contre un ennemi dominant plus fort, d’autre part. L’ennemi secondaire n’est pas moins un ennemi (un réactionnaire) que l’ennemi principal, mais il est l’ennemi le moins dangereux qui peut lui-même rendre moins dangereux l’ennemi le plus dangereux.
Dans une guerre juste, ce ne sont pas des intérêts révolutionnaires qui servent des intérêts réactionnaires, mais l’inverse — des intérêts réactionnaires qui servent des intérêts révolutionnaires. Les intérêts progressistes des masses populaires doivent toujours être défendus par tous les moyens, même lorsque des intérêts réactionnaires convergent avec ceux-ci. Pour une classe révolutionnaire, il ne peut pas être question de se rallier à la guerre juste d’une classe réactionnaire, parce qu’une guerre n’est juste que du point de vue de la classe révolutionnaire (parce que d’autres intérêts servent des intérêts révolutionnaires). Autrement dit, une guerre n’est juste que parce que, d’une manière ou d’une autre, la soutenir crée ou améliore les conditions de la guerre révolutionnaire (à l’inverse d’une guerre injuste), il serait donc absurde de liquider la guerre révolutionnaire dans une guerre juste non révolutionnaire. À ce propos, nous ne pouvons de même que souhaiter et agir pour le développement la victoire des luttes populaires, nationales et de femmes d’Iran contre la République islamique. Identifier une guerre juste avec une guerre révolutionnaire et rejeter toutes les guerres réactionnaires comme des guerres injustes, c’est liquider la définition d’une guerre juste donnée par Lénine et adopter ainsi une position abstraite relativement au développement de la révolution dans chaque guerre. La différence qualitative entre une guerre juste ou injuste est dans la méthode de transformation de celle-ci en guerre révolutionnaire : faut-il lutter pour ou contre cette guerre pour la transformer en guerre révolutionnaire ? Rappelons encore que lutter pour une guerre juste, lorsque celle-ci n’est pas révolutionnaire, n’implique jamais de lutter avec la classe réactionnaire qui la dirige.
Soutenir la lutte de l’Iran contre Israël et les USA, c’est soutenir la destruction d’Israël et le repli des USA du Moyen-Orient. Au contraire, ne pas soutenir la lutte de l’Iran contre Israël et les USA, c’est soutenir la perpétuation de l’occupation sioniste et américaine au Moyen-Orient.
La victoire de l’Iran ne serait pas progressiste en soi, elle ne serait progressiste que si et seulement si les peuples de la région exploitent la nouvelle situation créée par cette victoire pour gagner de nouvelles victoires révolutionnaires (contre l’Iran, entre autres). Seules les masses populaires, particulièrement des nations opprimées et de femmes, possèdent entre leurs mains le pouvoir de créer une transformation progressiste en Iran et au Moyen-Orient, par la guerre révolutionnaire. La guerre juste de l’Iran n’est pas et ne peut pas être une guerre révolutionnaire — celle-ci ne peut pas remplacer en tout ni en partie la guerre révolutionnaire des peuples. Nous devons souhaiter et agir pour le développement de la guerre révolutionnaire des peuples avec celui de la guerre juste de l’Iran.
Vive la lutte des masses populaires, des nations opprimées et des femmes d’Iran contre la République islamique !
Vive la lutte de l’Iran contre Israël et les USA !
1 Nous avons déjà développé en quoi la guerre de l’Iran contre Israël et les USA est une guerre juste contre l’impérialisme (contrairement à la guerre de l’Ukraine contre la Russie, par exemple) dans « Quelle position sur la guerre entre l’Iran et Israël ? » (22 juin 2025). Nous avons aussi développé cette position dans « Question-réponse sur l’impérialisme et la guerre » (14 septembre 2025) et plus récemment dans « Sur la situation internationale en 2026 » (24 février 2026).
2 Cf. « Questions sur les pays impérialistes », Unité communiste, 18 mai 2025.