Notre programme : la démocratie populaire.

Au cours de son deuxième congrès, l’Unité Communiste de Lyon est devenu l’Unité Communiste. Nous avons pris cette décision car notre appellation ne recouvrait plus notre empreinte géographique.

Nous avons également revu la définition idéologique de notre organisation  : nous considérons que notre programme politique général, qui sera précisé plus tard, comporte un élément central  : la démocratie populaire. Nous considérons qu’il s’agit du régime politique que, à l’heure actuelle, nous voulons mettre en place. Un régime démocratique  : dans lequel la souveraineté politique et le pouvoir repose réellement entre les mains des travailleurs et des travailleuses. Un régime populaire  : un pouvoir qui émane du peuple, qui est exercé par le peuple, et qui se protège de ses exploiteurs.

La base de notre programme  : la démocratie populaire.

Nous venons d’horizons différents. Nous avons été portés vers la lutte politique par des trajectoires qui nous sont propres  : par l’écologie, par le féminisme, par l’anti-impérialisme, par le syndicalisme, par les Gilets Jaunes… Nous partageons cependant tous ce même constat. Nous voulons élaborer ensemble, à l’aide d’outils scientifiques, une synthèse  : celle de l’expérience du mouvement ouvrier et du mouvement révolutionnaire.

Nous partageons un constat  : la démocratie actuelle n’en a que la forme.

Nous vivons dans un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par les exploiteurs. La démocratie, la possibilité de pouvoir porter au pouvoir une organisation politique, un candidat, un programme n’est qu’une apparence.

La politique est une affaire de professionnels, elle est une carrière comme une autre, dans laquelle les convictions ne jouent qu’un rôle secondaire. Même s’il existe des exceptions, des personnes honnêtes, sincères, volontaires, la tendance est à l’opportunisme et à la corruption. Tout, dans la démocratie des exploiteurs, est fait pour transformer les idéalistes, les militantes et militants, en serviteurs et en servantes de leurs intérêts. La démocratie locale, villageoise, est elle aussi touchée par ces maux. Les notables imposent leurs désirs, et les mairies sont leurs chambres d’enregistrement.

Les programmes, les promesses faites aux plus pauvres, aux plus précaires, ne sont jamais tenues. Elles n’engagent en rien ceux et celles qui les formulent  : une fois élus, ceux qui sont supposés représenter le peuple font ce qu’ils veulent. Il n’existe ni contrôle, ni surveillance. En revanche, le cumul des mandats, les indemnités, assurent un confort matériel plus que motivant.

Que pourraient ils, que pourraient elles faire  ? Le programme réel, concret, appliqué, est dirigé étroitement, de manière dictatoriale, par les intérêts des exploiteurs, pudiquement nommés «  compétitivité  », «  garantie de la croissance  » ou par les intérêts impérialistes de domination de pans entiers de continents, euphémiquement qualifiés de «  place de la France dans la monde  ».

La nature de l’État.

L’école nous enseigne que l’État est un outil. Qu’il représente une chose neutre, au dessus des conflits, au dessus des classes sociales, et qu’il est chargé de réguler au mieux les conflits dans la société, voire d’oeuvrer au bien commun. Dans les faits, c’est historiquement faux. La construction de l’État moderne est étroitement reliée à la montée en puissance des capitalistes. Ils ont construit, architecturé, organisé un outil puissant, chargé de réguler la société pour que l’exploitation soit la plus pacifique et la plus efficace possible  : en somme la plus rentable et la plus performante. Pour réaliser cette tâche, il s’est doté d’outils juridiques, militaires, policiers qui lui permettent au mieux d’assurer ce fonctionnement. L’État n’est pas un arbitre neutre, il est un outil puissant entre les mains de ses concepteurs. Il ne peut pas être conquis, il doit être mis à terre pour qu’une société nouvelle naisse.

L’État n’est pas démocratique. Il est d’ailleurs doublé d’une technostructure qui lui permet d’agir. Cette technostructure (ministères, hauts fonctionnaires, préfets…) n’est pas élue, elle est cooptée ou nommée. La démocratie n’a aucun droit de regard dessus.

Sans reprendre la théorie – souvent agitée par les conspirationnistes – de l’État profond, il faut cependant reconnaître que la démocratie actuelle reste superficielle. Certaines questions sont bien trop essentielles pour être soumises au vote. La fusion des intérêts des grands groupes industriels capitalistes avec l’État est totale. Celui-ci se fait, au nom de son rôle de garant de la croissance économique, le chargé d’affaire d’Orena, de Total, de Dassault… Il en résulte une politique intérieure, une politique extérieure, une diplomatie et une série d’opérations militaires qui sont là pour les servir.

Sur les contrats avec la monarchie absolue d’Arabie Saoudite, sur la mise en place de juntes génocidaires, sur les coups d’États orchestrés pour les intérêts de l’industrie française  : il n’y a aucun vote. La Ve démocratie, née d’un coup d’État, est un outil extrêmement puissant et secret.

Des lors, la démocratie sonne creux. Ses débats n’ont de prise que sur des sujets superficiels  : la redistribution des miettes de l’exploitation et de la surexploitation, quelques investissements cosmétiques (réalisés avec les deniers publics), quelques atténuations ou quelques améliorations. Mais le fond, le fond est non-négociable. Discuter de la production, discuter de la propriété des richesses, revient à une déclaration de guerre. Oser opposer une autre conception, une autre vision, un autre discours revient à se heurter aux officines de propagande des possédantes  : des médias à leur botte, qui répercutent des discours anti-populaires.

Lorsque l’économie va au plus mal, comme dans la situation actuelle, la politique des exploiteurs recherche des diversions. Il faut soit expliquer les malheurs par la faute des autres (la concurrence internationale, les rivalités entre puissances…), soit monter les exploités et les exploitées les uns contre les autres. Instiller la colère, la division, le racisme, la xénophobie, l’intolérance. Rechercher le conflit entre civilisations, entre religions, entre origines ethniques…

Pour certains, pour certaines, ce n’est qu’un jeu. Ce n’est qu’un slogan comme un autre, qui s’agite pour gagner des voix. Pour d’autres, c’est une vraie croyance, une croyance dans la nécessité d’épurer ethniquement ou politiquement la société française. Par opportunisme ou non, ces discours contribuent à instiller la haine, et amènent sur une bien dangereuse pente.

Nous ne pensons pas qu’une alternative puisse émerger dans un système truqué. Même une organisation qui respecte les règles du jeu capitaliste, comme LFI, subit campagnes de calomnie sur campagnes de calomnies dès qu’elle prend de l’ampleur. Les candidatures alternatives (LO, NPA) voire le PCF sont systématiquement exclues de l’accès aux médias. Ceux-ci donnent le ton de la campagne. Or, dans tous les pays capitalistes et en France particulièrement, ils sont la propriété de grands cartels industriels. Ils répercutent – parfois malgré eux – la voix de leurs maîtres.

Par le passé, une candidature comme celle de François Mitterrand avait pu cristalliser les espoirs, faire naître l’idée d’un changement profond de société. Cette candidature n’était pas révolutionnaire. Elle ne promettait que quelques changements superficiels. Pourtant, elle a déclenché la colère la plus profonde des exploiteurs, des capitalistes et de leurs chiens de garde. Une campagne immense a été menée, accusant le PS de vouloir instaurer le totalitarisme, et portant sur le devant de la scène tous les philosophes réactionnaires d’aujourd’hui, (BHL, Finkielkraut, François Furet…). Pourtant, le Parti Socialiste n’a pas révolutionné le monde. Il a soutenu les entreprises pendant la crise, avant de les privatiser à nouveau.

Si jamais une organisation populaire conséquente parvenait à l’emporter, elle serait privée de tous les moyens de mettre en place sa politique, soit par le «  mur de l’argent  », soit par une coup d’État, comme l’ont connu le Frente Popular en Espagne ou Salvador Allende au Chili. La réponse au changement de société est donc différente.

Notre démocratie.

Notre vision de la démocratie n’est pas celle-ci. Elle est une vision stratégique. Ceux qui produisent la réalité des richesses, par leur travail, par leur génie, par leur sueur, doivent décider de leur emploi. Elle est une démocratie inquisitrice, qui dans laquelle le peuple travailleur exerce une souveraineté réelle, pleine, entière. Une souveraineté populaire absolue, dans laquelle le peuple seul, unique force créatrice – avec la nature – des richesses du monde, décide de tout, avec l’intégralité des leviers du pouvoir.

Une démocratie qui puisse poser toutes les questions nécessaires et vitales. Celle de l’organisation du travail, celle de ce que nous produisons, celle des limites du renouvellement de la nature et de la possibilité pour l’humanité d’avancer. Une démocratie qui puisse subordonner l’ensemble de l’activité économique à la satisfaction des besoins matériels et culturels de l’humanité.

Elle est une démocratie vigilante  : elle se doit de lutter contre les tentatives de corruption, de détournement, de restauration. Une démocratie dans laquelle les profiteurs, les exploiteurs, les capitalistes, les marchands de haine n’ont pas droit de cité. Même dépossédé du pouvoir, ces individus, ces catégories sociales, ne sont pas moins agressives. Elles possèdent des compétences, une connaissance de l’administration, de la gestion, de l’art militaire, de la technique qui les rend difficilement remplaçables dans l’immédiat. De plus, elle possède un capital, des liens, des relations entre ses membres, mais également à l’étranger, qui font qu’elles présente une menace constante pour la liberté.

Depuis plusieurs décennies, les organisations qui veulent changer le monde sont sur la défensive. Les années 1990 ont anéanti l’idée d’utopie, d’espoir. Pourtant un monde meilleur est possible. Il est même a portée de main. Ce monde ne demande qu’à naître  : c’est là notre objectif.

La démocratie populaire comme lieu d’unité populaire.

La démocratie populaire n’est pas la panacée à tous les maux. Mais elle est le cadre dans lesquels ces maux peuvent trouver une résolution. Au sein du peuple, il existe des clivages, des conflits, des tensions. Il existe des maux, comme le sexisme, le racisme, la xénophobie, la détestation contre ceux qui sont d’un autre genre ou qui ont d’autres attirances. Il existe des tendances réactionnaires qui traversent la société  : l’obscurantisme en est une des expression. Nous affirmons que la lutte contre ces expressions est un combat légitime. Elle ne fragmente pas les exploités et les opprimés en une mosaïque d’hostilité. Au contraire, elle est la base de l’alliance renforcée, solide, au sein de ces mêmes exploités et opprimés. Parler du racisme ne divise pas, pas plus que de parler du sexisme. C’est le racisme et le sexisme qui divisent.

Un changement de régime ne les effacerait pas. Le faire que les classes populaires dirigent ne veut pas dire que l’ancien monde, les anciennes idées, les anciennes maladies, soient balayées d’un seul coup. Mais ce nouvel espace est celui dans lequel ces maux vont pouvoir être définitivement vaincus. Car les bases qui nourrissent le racisme – la mise en concurrence des individus en fonction de leurs origines  ; le sexisme – la division genrée des tâches et du travail  ; l’obscurantisme – la peur d’une société nouvelle et de questions sur le sens de l’existence  ; seront balayées par cette nouvelle démocratie.

Il en est de même pour l’exploitation, pour l’aliénation du travail, pour le fait qu’il soit une charge, une douleur pour ceux qui le réalisent. L’unité populaire et la construction d’une économie faite pour satisfaire les besoin la transforme. Elle redonne un sens au travail. Elle redonne une fierté à ceux qui produisent tant de richesses et qui sont, pourtant, déconsidérés.

Pour nous, les germes de cette démocratie existent.

Elle est dans les assemblées générales, dans les usines, dans les lieux d’éducation, dans les quartiers populaires.

Elle est dans les assemblées générales telles que celles lancées par les Gilets Jaunes. Des assemblées ayant vocation à se doter de leur propre légalité, de leurs outils de contrôle, de leur capacité à non seulement discuter, mais entreprendre, construire. Une démocratie dont chaque portion des masses populaires, des exploités et exploitées, des petits producteurs peut se saisir.

Une démocratie qui rejette la démagogie. Au lieu de réaliser une somme des égoïsmes et des intérêts particuliers, des mesquineries, elle fait émerger un intérêt populaire, suprême, celui d’un monde dans lequel l’exploitation, la répression, seront abolies, dans lequel l’économie sera définie par les possibilités de la Terre, et non par la recherche effrénée, coûteuse, gaspillante, du profit.

Elle est dans la construction progressive d’une opposition extra-parlementaire  : une coalition qui rejette les cadres étriqués de la démocratie capitaliste. Une coalition qui considère que le jeu truqué des urnes n’investit les représentants du peuple d’aucun pouvoir réel. Qui considère donc que la légitimité provient du contact avec les masses populaires, et qui réclame une fraction du pouvoir réel.

Chaque assemblée, chaque lieu de décision qui surimpose sa légitimité à celle du pouvoir central, du pouvoir des exploiteurs, est une fraction de cette démocratie. La lutte est de faire grandir cette légitimité, cette légalité nouvelle, pour qu’elle devienne la légitimité première, principale, légitime.

Comment la construire.

Cette démocratie populaire ne peut pas tomber du ciel. Elle ne proviendra pas non plus de la simple bonne volonté de la part d’élus ou de dirigeants. Démocratie du peuple, elle ne peut naître que de son action. Les classes possédantes ne sont pas neutres par rapport à ce projet. Elles le voient comme une menace sur leur ordre. Elles lui sont donc résolument hostiles, et sont d’ailleurs organisées pour prévenir tout bouleversement dans la société.

L’Unité Communiste a vocation à rassembler tous ceux et toutes celles qui veulent combattre pour ce but.

Construire la démocratie populaire ne peut passer par les campagnes électorales et les jeux truqués, construits pour maintenir le système de domination actuelle. Elle ne peut être que le fruit d’un changement révolutionnaire. Ce changement révolutionnaire doit s’inspirer des expériences précédentes, qui, sans y être parvenues, ont néanmoins permis de défricher le chemin vers la liberté et vers l’égalité. A nous d’en tirer les conclusions justes pour permettre la synthèse révolutionnaire du XXIe siècle  !

Construire la démocratie populaire veut donc dire mettre fin à cet ordre, empêcher qu’il ne fasse usage de la répression, et empêcher qu’il ne restaure son pouvoir. Cet ensemble de projets demande un très haut niveau de structuration et d’organisation. Ce très haut degré d’organisation demande donc de créer des outils ad hoc.

Pour nous, nous nommons cet outil le Parti. Il n’est pas un parti électoraliste, ayant vocation à mentir et tromper pour gagner quelques voix, quelques postes, pour entretenir une clique de bandits politiques professionnels. C’est un Parti qui fait la synthèse des désirs et des volontés profondes des exploités et exploitées et qui en tire les conclusions nécessaires. C’est une organisation efficace, disciplinée, unifiant toutes les volontés autour d’un programme politique dont le coeur est la démocratie populaire. C’est une organisation qui forme un point de référence de tous ceux, communistes ou non, qui veulent faire naître ce système.

Ce Parti n’existe pas. Il est à construire. En revanche il existe une multitude d’organisations qui revendiquent l’être ou qui revendiquent travailler à le construire. Nous saluons leur travail et nous appelons à mutualiser les ressources, les savoirs, les pratiques et les énergies. Nous sommes résolument pour l’unité des communistes et pour la coopération avec toutes les forces combatives qui partagent ce but, ainsi qu’un état d’esprit non-sectaire.

L’importance de l’unité des communistes.

Nous avons entamé un travail dans ce sens avec nos camarades de l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste et avec l’inclusion dans l’ICOR. (insérer article sur la question). Nous nous incluons dans une démarche unique  : la construction d’une alliance internationale antifasciste et anti-impérialiste, animée notamment par les deux plus grandes coordinations révolutionnaires mondiales, l’ILPS et l’ICOR. Ce travail à l’échelle mondiale, à l’échelle européenne

Nous pensons que, dans l’ensemble, les efforts séparés des divers groupes ont permis de faire renaître beaucoup plus largement l’accès à des ressources révolutionnaires, à des analyses, à des réflexions. Le travail de chacun a permis d’avancer. Nous voulons saluer ce travail. Nous voulons le reconnaître et le valoriser.

Mais ce travail individuel se heurte à un plafond de verre. Il se heurte à des limites humaines. Avancer vers une qualité supérieure demande une masse critique, une quantité elle-même supérieure. Cela demande de se rapprocher, de coopérer, de fusionner.

Une peur bien compréhensible frappe tout ceux et toutes celles qui se sont construits seuls. Peur de voir les travaux oubliés, les positions diluées, les gains accumulés, péniblement, au fil des années s’évaporer. C’est une mentalité de petit propriétaire qui nous frappe toutes et tous, contre notre gré, à notre corps défendant. Construire le Parti est une lutte contre un environnement nourri pas l’anticommunisme, par les idéologies réactionnaires, mais également une lutte contre soi-même, contre ses propres tendances réactionnaires.

Nous n’avons pas peur de cela car nous avons confiance dans la capacité d’élaboration commune d’une ligne révolutionnaire juste. Nous ne devons pas avoir peur de voir certaines de nos positions rejetées. Nous devons au contraire parvenir à avoir confiance. Confiance en la qualité de nos analyses, confiance en la volonté de ceux qui partagent nos luttes, confiance en nos propres capacités de défendre les positions justes, d’améliorer les positions instables, de corriger les positions fausses.

Notre destin est de disparaître dans une organisation plus grande.

Nous voulons lutter, militer, nous former, et nous organiser efficacement. Cela demande une activité de tous les jours et une structuration. Mais nous ne voulons pas former un «  modèle réduit de parti  » qui essaie à s’en épuiser de reproduire l’ensemble des tâches et des fonctions de celui-ci. Nous ne voulons pas non plus participer à une fragmentation du mouvement communiste de notre pays.

C’est pour cette raison que nous sommes une «  unité  ». Pour travailler à cette double tâche  : lutter quotidiennement et construire. Quand cette unité aura atteint une masse critique qui lui permettra d’être autre chose elle pourra alors devenir autre chose.

Nous pensons qu’il existe des forces importantes, des camarades isolés, ou organisés «  par dépit  » dans des groupes qui ne leur conviennent pas. Nous savons qu’il existe aussi un grand nombre de luttes au sein des régions dominées par la France. Nous voulons réunir ces luttes et leur permettre de s’adjoindre, de fusionner et de devenir victorieuses.

Si vous vous retrouvez dans ses bases  : rejoignez-nous. Contactez-nous. Construisez vous mêmes des Unités Communistes. Ensemble, nous pouvons trouver les réponses aux maux qui nous accablent. Ensemble, nous pouvons créer un monde meilleur et plus juste.