La bataille pour l’histoire.

Ce document, que nous publions en feuilleton journalier, a pour but premier de fournir l’introduction du travail de long terme “100 millions sinon rien”. Cependant, il a également pour ambition d’être un travail autonome et de servir certains buts. Le premier étant de Repenser l’histoire de l’URSS et des expériences socialistes, s’en servir pour construire la lutte et le Parti. Nous vous en souhaitons bonne lecture, en espérant qu’elle puisse également trancher avec le climat morose de l’heure actuelle.

E. Vertuis.

L’Histoire de l’URSS et des expériences socialistes, tout comme des démocraties populaires, est un champ de bataille. Un champ de bataille contre la falsification, d’une part, mais également pour comprendre réellement ce qui s’est déroulé.

Les enjeux autour de cette histoire sont immenses. Ils le sont autant pour les capitalistes que pour nous. Pour eux dans le but de démontrer le caractère génétiquement criminel du communisme et sa faillite en tant que modèle économique et social. Pour nous, militants et militantes communistes, pour être capable de leur répondre, mais surtout pour pouvoir en tirer des conclusions justes sur les moyens et les fins de notre mouvement.

Dans l’ensemble, nous connaissons assez mal notre histoire, ou le plus souvent de manière superficielle. Les grandes lignes sont relativement connues, mais elles font écho à des événements confus.. Il en ressort une part importante de folklore, de mythologie, de mélange d’une histoire scolaire anticommuniste et holistique, avec la conviction que les 1/6e du monde cherchaient à œuvrer pour le plus grand bien. Difficile cependant de jeter la pierre : nous faisons avec ce que nous avons sous la main. Et encore, internet et la numérisation permettent de mettre à disposition des ressources qui, sans cela, seraient perdues. Auparavant, la situation était bien pire.

De plus, régénérer l’histoire de notre expérience est un travail immense. La vulgariser et la rendre compréhensible en est encore un autre, tout aussi immense. Cela demande une disponibilité et des moyens qui ne sont pas à la portée de toutes et tous, tant individus qu’organisations. Cela influe fortement sur la possibilité de réaliser des travaux d’ensemble et de qualité.

Il existe, dans un grand nombre d’organisations politiques ou de militants et militantes de ces organisations, un rapport assez particulier, fétichisé, fantasmé, à l’histoire de leur courant. Cette remarque est valable tant pour l’extrême-gauche que pour l’extrême-droite. L’un et l’autre l’expriment cependant de manière différente. L’histoire inventée de l’extrême-droite se place souvent dans des rapports contradictoires aux événements : entre vénération de la collaboration et haine des « collabos », entre justification du génocide juif et négation de celui-ci. Entre vénération du fascisme et utilisation de ce terme comme injure ou accusation contre d’autres courants (le fascisme, c’est la gauche, etc.)… en somme une histoire à géométrie variable, réinventée de manière ad hoc en fonction de l’interlocuteur. Il révèle avant tout une utilisation tactique de celle-ci pour faire passer un message politique. En cela ils sont de bons héritiers d’Hitler, qui n’hésitait pas à dire

Que dirait-on, écrit-il, d’une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu’il y a aussi d’autres bons savons ? On secouerait la tête.

Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique1

Rosenberg, qui, dans le mythe du XXe siècle, n’hésite pas à tricher sur l’histoire pour justifier le nazisme. L’illustre Politzer en parle ainsi :

« Ainsi, par exemple M. Rosenberg propose aux Allemands du XXe siècle comme modèle les anciens Germains. Il trace ensuite de ces derniers des « portraits historiques ». Il se trouve alors que les anciens Germains possédaient précisément les traits de caractère que le régime hitlérien veut inculquer à la jeunesse . La chose n’est pas difficile : pour que le national-socialiste puisse être modelé sur l’ancien Germain, M. Rosenberg commence par modeler l’ancien Germain sur le national-socialiste. »2

Alfred Rosenberg écrivait même :« Il y a une conception catholique et une conception protestante de l’histoire. À côté des conceptions religieuses de l’Histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées Nous croyons qu’il est temps d’annoncer une façon allemande de considérer l’Histoire. » 3

Ce qu’ils en pensent en leur for intérieur, en revanche, est un mystère, peut-être pas grand’chose de construit ou d’architecturé. Cela est leur problème.

En revanche, dans le nôtre, la situation est différente. Comme nous l’écrivions dans notre brochure de 2016 «La guérilla informationnelle, le nouveau brouillard de guerre. »

« Lorsque nous, communistes, fournissons une explication du Monde, à travers le matérialisme dialectique et à travers le matérialisme historique, nous nous attaquons à un grand chantier : casser l’idéalisme, le positivisme, le mysticisme. Parfois, les mécanismes sont même contre-intuitifs, demandent des préalables idéologiques et culturels, en bref, demandent aux individus de se dépasser eux-mêmes, leur demandent un travail ardu en terme d’acquisition de notions. Le “bon sens” populaire ne suffit pas. Rien de tout cela n’existe chez les fascistes, qui, eux, jouent sur des biais intuitifs, cognitifs. Le cerveau est quasiment programmé pour adhérer aux théories du complot, en cherchant des causalités là où il n’existe que des coïncidences, en s’attachant à trouver un sens cohérent et logique à tout. Or, cela, ajouté à la subjectivité, créé le terreau du complotisme et de la confusion. La bouillie fasciste est également facile à avaler et à digérer, elle ne demande aucune subtilité, et les fascistes entre eux ne cherchent pas à se prendre à revers, à tester leurs connaissances. Peu leur importe les « détails ». C’est une différentiation culturelle, là aussi, entre nous. La rumeur et le canular ne nous serviraient à rien, car nous avons besoin d’informations justes et fiables pour pouvoir transformer la réalité. Nous devons connaître le Monde parfaitement pour en saisir les rouages. De même, nous n’avons pas besoin de mentir. Il n’existe pas plus gros scandale que l’exploitation capitaliste. Inutile d’inventer de faux faits. La vérité est déjà révolutionnaire. »

Pourtant, dans notre courant même, les organisations communistes de France n’ont pas toujours un regard extrêmement clair sur l’histoire de leur courant. Il faut dire que l’histoire de l’URSS est contradictoire, avec des historiographies qui s’excommunient les unes et les autres. En dépit du fait que 30 ans se sont écoulés depuis l’ouverture des archives, une histoire actualisée, basée sur un travail scientifique, a du mal à s’imposer, tant dans la société que dans les organisations politiques, y compris celles se revendiquant du marxisme-léninisme. Un certain nombre de facteurs expliquent ce retard :

  • Le maintien, depuis 1995, de la même historiographie scolaire de l’URSS, basée sur la comparaison avec le nazisme et le fascisme, diffusant une histoire civique. Le but principal est de conditionner les élèves à soutenir la « démocratie libérale » et à rejeter « les extrêmes ». Il suffit de voir les fiches Eduscol ou les colloques sur le sens de l’enseignement de l’histoire pour en trouver la preuve.
  • La très faible pénétration des travaux des chercheurs et des chercheuses au profit d’une histotainement divertissante, mettant en exergue une certaine « pornographie de la terreur » pour vendre. Dans le même temps, les ouvrages menaçant ce paradigme peinent à trouver un éditeur ou sont vendus à prix d’or.4
  • Le rejet politique pur et simple d’une remise en cause du paradigme du totalitarisme. Toute diminution du caractère supposé monstrueux et pervers du régime soviétique étant perçu comme un soutien implicite à celui-ci. Cela s’est vu dans le fait que les dirigeants européens ont fait appel à une historiographie de la Guerre froide pour justifier la comparaison entre nazisme et communisme.

Il en résulte que, dans une très grande majorité des cas, ce qui tient lieu de source principale pour les événements et leur analyse est un corpus documentaire particulièrement âgé ou fragile. Diverses « traditions orales », pour reprendre la formule de l’historien américain J. Arch. Getty, existent sur l’URSS. Cette mythologie s’est construite sur la base d’un corpus extrêmement restreint de sources. Elles sont majoritairement de trois ordres :

  • Issues de ceux qui ont été exclus de l’URSS ou qui l’ont fui. Cela va du transfuge, comme le Major du NKVD Orlov ou Lioushkov, comme Alexandr Soljenitsyne, ou comme Viktor Kravchenko. Trotski rentre aussi dans cette catégorie. Ils sont d’origine et de courants politiques contradictoires, mais ils partagent un point de vue très personnel et particulièrement hostile à l’URSS et à sa direction.
  • Dans un certain sens, il est possible de faire rentrer également dans cette catégorie ceux qui l’ont visité. On peut y intégrer André Gide à Jean-Richard Bloch, Barbusse, mais aussi Paul Robeson, mais aussi ceux qui l’ont vilipendée.
  • De l’analyse des discours et des documents officiels de l’URSS, « science » qui est souvent appelée la « soviétologie » ou la « kremlinologie ». Les biographies ou autobiographies des dirigeants rentrent dans cette catégorie. L’une des plus influentes étant les souvenirs de Nikita Khrouchtchev.

Ces sources sont dans l’ensemble médiocres. Elles sont soit des directives officielles, des coupures de presse, soit des points de vue personnel. John Arch Getty en fait une explication tout à fait satisfaisante dans Origins of the great purges.

« Bien que la principale faiblesse des sources soit leur éloignement des événements qu’elles jugent si librement, la question de la partialité politique mérite également d’être examinée, comme elle l’est dans d’autres domaines de l’enquête historique. Orlov, Trotsky, les mencheviks et Khrouchtchev étaient tous des acteurs politiques intéressés et n’étaient guère incités à produire une vision objective. De toute évidence, l’autre grande source de partialité est le côté stalinien. Les ouvrages explicatifs produits pendant l’ère stalinienne (principalement les transcriptions de procès et les brèves mentions dans les grandes lignes de l’histoire) ne sont pas non plus particulièrement précieux.

La monstruosité des crimes de Staline et une génération d’attitudes de la guerre froide ont contribué à ce qui serait considéré comme une recherche bâclée et méthodologiquement en faillite dans tout autre domaine d’investigation. Les historiens de l’Europe moderne n’essaieraient pas d’étudier la politique de la Première Guerre mondiale en se basant sur les mémoires des soldats des tranchées sans épuiser la presse, les documents et les archives disponibles.5 »

Nous laissons à M. Getty son opinion sur la « monstruosité ». Ce n’est pas le lieu d’en débattre. Cependant, nous pouvons reconnaître que les sources sont extrêmement partielles et partiales. C’est sur la base de celles-ci que se sont construits différents récits et contre-récits. Ils peuvent d’ailleurs être rassemblés en trois courants principaux :

  • Une grille de lecture marquée par un anticommunisme militant, de droite ou de gauche.
  • Une grille marquée par un communisme antistalinien ou antitotalitaire, notamment trotskiste ou sous la forme de tendances plus obscures.
  • Une grille marquée par un « stalinisme » apologique et acritique.

Bien que ayant des buts et un récit diamétralement opposé, ces « histoires » possèdent dans l’ensemble plus de similitudes que ce qu’un examen superficiel pourrait laisser penser. Nous laissons d’ailleurs à nouveau J. Arch Getty donner sont point de vue sur la question : . J. Arch Getty en fait une magnifique illustration dans son travail pionnier Origins of the great purges.

« La plupart des récits des grandes purges par les Soviétiques occidentaux et dissidents partagent certaines hypothèses : Les événements politiques de 1933-1939 constituent un phénomène unifié (les Grandes Purges), qui peut être étudié comme un processus ; les Grandes Purges ont été planifiées, préparées et réalisées par une seule agence (Staline) ; et les anciens bolcheviks de la génération de Lénine (et de Staline) ont été la cible des purges. La présente étude teste ces hypothèses par rapport aux preuves primaires disponibles et les trouve insoutenables. Bien que l’improbable histoire stalinienne soit très différente de la vision occidentale, les deux partagent une autre hypothèse interprétative sur la structure. Les deux versions supposent que les bureaucraties du parti (et de la police) étaient efficaces et obéissantes. En effet, tant les écrivains occidentaux que staliniens se sont intéressés à montrer que la bureaucratie soviétique était sinistrement efficace : totalitaire pour les écrivains occidentaux, monolithique ou solidement unie aux staliniens. Le quasi-consensus sur un appareil monolithique a fait qu’il est facile d’ignorer les preuves (et l’expérience personnelle) et de croire qu’une bureaucratie non formée et non éduquée dans un immense pays paysan en développement a en quelque sorte suffisamment bien fonctionné et obéi pour être qualifiée de totalitaire. Dans son enquête sur la structure du parti bolchevique dans les années trente, cette étude remet en question l’applicabilité du modèle totalitaire.


D’une part, il a été utile à Staline et à d’autres membres du gouvernement de Moscou de donner l’impression d’une composition disciplinée et dévouée, solidement unie sous un centralisme démocratique. Staline (et Lénine avant lui) ont décrit le parti tel qu’ils le voulaient. D’autre part, il était dans l’intérêt de ses ennemis politiques de dépeindre la bureaucratie comme une machine uniforme, servile et monolithique. La vision totalitaire convenait aussi bien aux staliniens qu’aux antistaliniens.
6 »

Ainsi, des histoires aux contours similaires se sont écrites. Les anticommunistes ont rédigé une histoire qui fait de l’arrivée au pouvoir de Staline le fruit d’une conspiration ayant comme alpha et comme oméga la mise en œuvre du totalitarisme. Ce récit est fait soit pour condamner le communisme dans sa globalité, soit pour en condamner l’application faite par la direction stalinienne. Dans cette dernière application, ils ont trouvé un allié de choix dans la personne de Léon Trotski, probablement à son corps défendant.

Les trotskistes eux-mêmes ont consacré des efforts immenses à construire une pensée qui permette d’expliquer l’échec de leur leader et de ses conceptions en URSS. Il leur fallait expliquer l’incapacité de Trotski et de ses proches à pouvoir imposer leurs vues au sein du Parti Communiste d’URSS, mais également partout dans le monde. Mais Trotski lui-même avait écrit tout et son contraire, et ils se sont déchirés sur ses prophéties. Le plus dur était d’expliquer la solitude, l’isolement du « vieux » tout comme le fait que les trotskistes d’URSS se sont, pour la plupart, ralliés au XVIIe congrès du PC(b)US et ont soutenu la « ligne générale ».

Dans une communauté de vues avec les propagandistes anticommunistes, il s’est élaboré une certaine « histoire », grandement légendaire, de l’Union soviétique. Cette histoire légendaire s’est cristallisée autour de « grands hommes », Lénine, Staline, Trotski, dont les destins lient inextricablement le sort de l’URSS.

Celle-ci se nourrit alors de pages d’histoire classiques : la montée au pouvoir de Staline, par la fourberie, camouflant ses idées – si tant est qu’il en eût ! –, une collectivisation brutale et une planification mensongère, une longue montée en pression, avec l’instauration d’un totalitarisme hors de contrôle, culminant avec les purges et les procès, ayant pour but de rendre le parti docile et liquider les compagnons de Lénine. Cette histoire, comme toutes les histoires conspirationnistes, s’autojustifie constamment. Staline fait tout, Staline peut tout. Lorsqu’il réprime, c’est pour montrer son pouvoir, lorsqu’il ne réprime pas, c’est pour tromper. Lorsqu’il soutient la NEP c’est un droitier, lorsqu’il met en place la collectivisation, c’est pour camoufler le fait qu’il est toujours un droitier. Lorsque Enoukidzé est exclu, c’est pour montrer la main de fer, lorsqu’il est réintégré un an après, c’est une nouvelle fois pour cacher ses intentions.

Cette histoire ne connaît nulle prise de la logique et de la raison. Elle ne se nourrit que d’actes de foi. Certes les sources étaient faibles. Pourtant elles pouvaient être complétées en amont de la fin de la Guerre froide.

Des travaux, comme ceux de Marc Ferro ou de Moshe Lewin sont toujours de bonne qualité aujourd’hui. De même, les Soviétiques présents dans les zones occupées par les Allemands (soit en leur qualité de prisonniers de guerre, soit en celle de Hiwis (auxiliaires volontaires)) ont été interrogés par les Américains dans le cadre du Harvard project.7 La seule véritable source impartiale avait été ramenée après guerre d’Allemagne, il s’agissait des archives de Smolensk. Après une étude préliminaire superficielle, et malgré la publication de Smonlensk under soviet rule de Merle Fainsod (en 1958), elles ont passé près de 30 ans dans l’oubli.

Elles étaient remisées de côté, car elles ne servaient pas à cet usage tactique de l’histoire : attaquer le bilan de la direction Stalinienne ou l’URSS dans son entier. Les documents à charge suffisaient. Il n’y avait pas besoin de plus. Aujourd’hui encore, elles sont d’ailleurs ce qui forme le socle premier des arguments anticommunistes, avec un rejet fanatique de toute remise en cause ou de toute analyse nouvelle.

1“Mein Kampf”, édition allemande de 1 935, page 200.

2G. Politzer Révolution et contre révolution au XXe siècle.

3A. Rosenberg, “Blut und Ehre”, tome 2 ; page 210

4300€ environ pour un exemplaire de Staline, histoire et critique d’une légende noire.

5Although the main weakness of the sources is their removal from the events they so freely judge, the question of political bias is also worth considering, as it is in other areas of historical inquiry. Orlov, Trotsky, the Mensheviks, and Khrushchev were all self-interested political actors and had little incentive to produce an objective view. Obviously, the other great source of bias is the Stalinist side. The explanatory works produced during the Stalin era (primarily the trial transcripts and brief mentions in outline histories) are not particularly valuable either.

The monstrosity of Stalin’s crimes and a generation of Cold War attitudes have contributed to what would be considered sloppy and methodologically bankrupt scholarship in any other area of inquiry. Historians of modern Europe would not try to study the politics of World War I by relying on the memoirs of soldiers from the trenches without exhausting the available press, documentary, and archival materials.

6Most Western and dissident Soviet accounts of the Great Purges share certain assumptions: The political events of 1933-9 constitute a unified phenomenon (the Great Purges), which can be studied as a process; the Great Purges were planned, prepared, and carried out by a single agency (Stalin); and the Old Bolsheviks of Lenin’s (and Stalin’s) generation were the purges’ target. The present study tests these assumptions against the available primary evidence and finds them untenable. Although the improbable Stalinist story is very different from the Western view, the two share another interpretive assumption about structure. Both versions assume that the party (and police) bureaucracies were efficient and obedient. Indeed, both Western and Stalinist writers have been interested in showing that the Soviet bureaucracy was grimly efficient: totalitarian to Western writers, monolithic or solidly united to Stalinists. The near consensus on a monolithic apparatus has made it easy to overlook evidence (and personal experience) and to believe that an untrained and uneducated bureaucracy in a huge, developing peasant country somehow functioned and obeyed well enough to be termed totalitarian. In its investigation of the structure of the Bolshevik Party in the thirties, this study questions the applicability of the totalitarian model.

On the one hand, it was useful to Stalin and others in the Moscow government to give the impression of a disciplined and dedicated membership solidly united under democratic centralism. Stalin (and Lenin before him) described the party the way they wanted it to be. On the other, it was in the interest of his political enemies to portray the bureaucracy as a uniform, servile, monolithic machine. The totalitarian view was convenient both for Stalinists and anti-Stalinists.

7 https://library.harvard.edu/collections/hpsss/index.html

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