La dictature du prolétariat : La ligne de démarcation principale.

La dictature du prolétariat

La ligne de démarcation principale.

Pour aller plus loin : 

L’Unité Communiste de Lyon est une organisation se revendiquant du communisme. Elle est une organisation s’inscrivant dans une tradition et dans un héritage. Non pas un héritage mort et fétichisé, mais un héritage vivant et dynamique. Elle se revendique, fondamentalement, de l’intégralité de l’histoire du mouvement révolutionnaire et du mouvement ouvrier.

Elle se revendique de la synthèse de l’expérience du mouvement ouvrier et révolutionnaire. D’une synthèse critique, capable de distiller les éléments justes de cette expérience. Cette synthèse est plus large que la seule existence des organisations communistes, que leur seul rôle. Elle doit embrasser l’ensemble de l’expérience, y compris celles qui ont été avortées, inachevées, perdues.

Selon nous, cette synthèse de l’expérience ne se limite pas à tracer la physionomie d’une organisation à coup de citations, de galeries de portraits, de folklore et de mythes. Bien souvent, il nous est adressé la question de savoir si nous nous revendiquons de Staline, de Mao ou de Hoxha. Ce type de question est révélateur d’un certain état d’esprit qui prend les questions à l’envers. Se revendiquer d’un individu est, à notre sens, caduc et inintéressant dans la situation actuelle. Ces individus ont fait partie de l’histoire du mouvement révolutionnaire, du mouvement ouvrier. Nier leur existence ou n’embrasser que leur figure n’aurait pas plus de sens l’un que l’autre. Analyser leurs apports, en intégrer les aspects justes, en ôter les aspects faux, voilà comment nous comptons procéder pour avancer idéologiquement.

D’autant que certains butent sur ces questions. La bourgeoisie à bien fait son travail, elle aiguille sciemment, au travers de sa propagande, au travers de l’Education Nationale, vers des formes stratégiquement inoffensives de contestation. L’importance de l’anarchisme et du trotskisme comme  mouvements dans les pays impérialistes est révélateur de cela. Cependant, bien souvent, la sympathie pour Trotski ne signifie pas une adhésion à ses thèses ni a ses pratiques. A l’inverse, combien de marxistes-léninistes autoproclamés orthodoxes se usent de l’entrisme, du fractionnisme, du liquidationnisme ?

Il de s’agit pas de faire pour autant de l’éclectisme, et de brasser large pour se diluer idéologiquement, pour faire du centrisme, pour concilier l’inconciliable. Au contraire, il s’agit de progresser sans laisser la moindre zone d’ombre, sans laisser la moindre trace de poussière. Cacher l’inconsistance politique en se réfugiant dans une case, en se réfugiant sous une étiquette dont le contenu n’est pas maîtrisé n’est pas permis.

L’adhésion n’est pas sur un branding d’image et de tableaux, mais bien sur une adhésion au contenu politique. Ce contenu politique que nous définissons comme ligne de démarcation principale, à l’heure actuelle, dans la poursuite de la construction d’un Parti Communiste Révolutionnaire efficace, est la dictature du prolétariat. Dans la situation actuelle, nous considérons que cette ligne est celle qui correspond à l’état actuel du militantisme au sein de notre Etat, mais également qu’elle est une question politique accessible aux plus larges masses, tout en étant profonde et complète.

Pourquoi la dictature du prolétariat comme ligne de démarcation ?

Le choix de la dictature du prolétariat comme ligne de démarcation est lié à un constat. Trop souvent, les organisations se revendiquant du communisme dressent une liste de points préalables sans fin à l’adhésion et au travail commun, ou à l’inverse évitent soigneusement cette question. Bien souvent, ces lignes de démarcations sont tracées dans le désert, et ne correspondent pas à des modalités pratiques ou politiques. Elles sont érigées en fétiches. Admirables ou non, justes ou non, elles n’en sont pas moins tout autant de barrières absconses car n’ayant pas de transcriptions concrètes dans la réalité ou dans la pratique, hors de l’iconographie.

Nous avons voulu choisir une autre voie que celle de l’amoncellement de barrières qui ne font que recroqueviller les organisations autour d’un cristal de pure vérité autoproclamée, mais qui les privent de l’espace, de la marge de manœuvre permettant de débattre de la véracité de ce cristal, de le forger au fer de la critique, de la heurter au prisme de la science. Cette attitude sectaire de repli sur une vérité affirmée mais indémontrée, nous l’avons eue nous même, nous l’avons expérimentée et nous en avons, par le passé, éprouvé les limites.

Nous voulons expérimenter une autre voie, plutôt que celle de la lame de rasoir, affûtée mais fragile, maniée d’une main incertaine, nous optons pour celle du creuset, de l’instance centrale de débat, dans lequel les diverses organisations doivent se fondre pour que naisse, par le travail et l’effort commun une organisation communiste pouvant déboucher sur un parti communiste. Tout n’a pas besoin d’être préalablement aplani avant d’avancer ainsi. De toute manière la dialectique et la vie font surgir chaque jour de nouvelles questions, de nouvelles luttes de ligne.

Jamais le PC(b)US soviétique, jamais le PCC chinois, jamais le PTA albanais n’ont été monolithiques. Ces organisations ont certes tendu vers toujours plus d’unité, toujours plus d’efficacité, mais n’ont jamais été des blocs homogènes à 100%. Elles ont toujours connu une lutte de ligne intérieure. Nous considérons que l’unification n’est pas équivalente à la résolution immédiate de la lutte de ligne. La résolution de la lutte de ligne ne saurait être préalable au fait d’avancer, cela reviendrait à emplir un tonneau percé. Une base minimale simple, claire, et suffisante doit être dessinée comme préalable. Le reste des questions peut et doit se traiter dans le cadre du débat commun.

Nous mêmes, faisons le choix d’avancer en commun.

L’Unité Communiste de Lyon est une organisation qui rassemble des communistes ayant une perception différente de leur idéologie. Certains sont marxistes, d’autres se perçoivent léninistes, d’autres maoïstes. Nous pensons que les questions idéologiques sur ces distinctions sont légitimes. Elles sont légitimes et doivent faire l’objet d’un débat scientifiquement argumenté. Seulement, l’Unité Communiste de Lyon considère que ces questions peuvent être résolues au sein d’une organisation unique. Leur résolution n’est pas un préalable au travail commun et à l’unification. Leur résolution en est même une conséquence, puisqu’elle créé le cadre scientifique qui permet de faire la démonstration claire et nette de la supériorité de telle thèse sur telle autre thèse. Elle permettra de rejeter les conceptions arriérées et périmées et de systématiser celles qui sont justes.

Dans l’état actuel des choses, certaines questions ne sont pas non plus un préalable à l’adhésion. Bien souvent, la maîtrise du matérialisme-dialectique, du matérialisme-historique, de l’ensemble des facettes de l’idéologie a été placée comme une nécessité pour devenir adhérent. Comme l’exigence était trop élevée par rapport à ce que des néo-adhérents, des statuts intermédiaires artificiels étaient mis en œuvre. Des stagiaires ad vidam eternam, parfois, qui attendaient d’être considérés comme digne de devenirs des égaux.

Bien souvent, du fait de l’organisation en sectes, refermées autour d’une vérité autoproclamée, la progression vers le centre de ces organisations cloisonnées ne se faisait pas en fonction de la progression dans la maîtrise de la théorie et de l’idéologie, mais bien uniquement en fonction du degré de mimétisme des positions du centre. Dans ces conditions là, la dégénérescence ne pouvait que se manifester tôt ou tard, la présomption et le procès d’intention remplaçant l’analyse, l’attaque et l’agression le débat, l’assénement de dogmes la démonstration de la justesse des thèses défendues.

Nous voulons une progression en commun, vivante, critique et encourageant l’autocritique.

Nous pensons que la question de la dictature du prolétariat est suffisante et constitue une ligne de démarcation suffisante pour adhérer. Elle n’a pas besoin d’être même formulée selon cette expression consacrée. Le fait de vouloir la constitution d’un pouvoir populaire où le prolétariat et ses alliés dirigent l’Etat contre les exploiteurs, est suffisant.

Pourquoi est-il suffisant ? Parce qu’elle est la condensation de l’objectif politique stratégique du mouvement communiste à l’heure actuelle. Elle conditionne tout et est la condition de tout.

La question de la dictature du prolétariat est le nœud gordien de la lutte. L’atteindre impacte la forme de l’organisation et la question des rapports qui se nouent en son sein. Elle explique le fait qu’une organisation politique communiste ne peut atteindre cet objectif que sous la forme d’un parti de type nouveau, tel que défini par Lénine. Elle conditionne le fonctionnement interne, la nécessité d’avoir un centralisme démocratique, le fait de devoir lutter contre le fractionnisme, contre l’entrisme. Elle conditionne le fait qu’un Parti Communiste n’est pas une clique, une bande, une coterie, mais une organisation conçue, organisée, architecturée pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie et créer l’Etat prolétarien. Elle explique que les organisations de ce type ne sont pas des salons de discussion, ni de plaisant clubs, mais des outils conçu pour la plus grande efficacité.

Sommes-nous pour de meilleurs salaires, pour de meilleurs horaires de travail, pour une meilleure couverture santé, pour une défense des droits des chômeurs ? , oui, nous le sommes. Mais limiter là notre revendication politique revient, au final, à demeurer au niveau de l’économisme. Il s’agit du travail des organisations syndicales, du travail des organisation de masse, de défense des masses populaires et de ses intérêts.

La question de la dictature du prolétariat politise la question. Elle pose la question du pouvoir de la bourgeoisie, de la nature de son Etat, de la nature de ses institution, de la nature du rapport que peuvent avoir les exploités avec celle-ci. Vouloir défendre ce projet, c’est comprendre le fait que l’Etat n’est pas amendable, qu’il n’est pas possible de négocier sa forme, de se contenter du cadre étriqué de sa prétendue démocratie. La question de la dictature du prolétariat pose de manière concrète la question de la révolution. Elle le pose d’une manière non-abstraite, non comme un but final, non dans une perspective messianique, millénariste, mais comme un moyen concret. Un moyen concret de disposer des outils pour ériger et construire le socialisme puis le communisme. Elle redonne ainsi au marxisme sont caractère fondamental de guide pour l’action, et non d’un fétiche.

La question de la dictature du prolétariat pose également la question du programme. De construire le socialisme dès qu’une zone est sous le contrôle du pouvoir populaire. La question de la dictature du prolétariat pose également celle de la démocratie populaire. La dictature du prolétariat implique deux aspects insécables : celui de la démocratie pour les masses, celui de la dictature contre les ennemis du peuple.

En elle, elle pose la question des soviets, du contrôle populaire sur l’économie, de l’organisation démocratique de celle-ci. Elle pose la question de l’économie politique, de la planification, de la question du rapport avec la nature et avec l’écologie. Elle pose la question d’une économie non plus au service du profit d’une poignée de parasites, mais bien pour répondre à des besoins.

La dictature du prolétariat pose également la question de la difficile gestion de la question des experts, de la bureaucratie d’Etat, du besoin de spécialistes. Elle pose la question de la liquidation en tant que classe de la bourgeoisie, par le fait d’éliminer le besoin social de ces catégories de population.

Elle pose la question de la contrainte ou de la répression contre celles et ceux qui y sont hostiles et qui veulent s’organiser contre le pouvoir populaire. A la fois contre les irréductibles ennemis du peuple, mais également contre les menées intérieures qui peuvent être faites par certains individus, voire par des corps sociaux entiers comme ceux des experts bourgeois, qui peuvent tenter de se constituer leurs royaumes personnels au sein de l’Etat prolétarien, et, de ce fait, le ronger peu à peu. Elle pose la question de l’éducation des masses, de l’accès à la culture et au savoir, pour résoudre la dépendance vis-à-vis de ces experts, pour avancer vers la résolution de la contradiction entre travail manuel et intellectuel.

 Elle pose la question de la capacité à rallier les larges masses populaires, à les convaincre du bienfondé de l’Etat populaire par la mise en œuvre d’une politique qui donne des résultats. Elle pose la question de comment se met en œuvre ce ralliement, qui ne peut se faire -et ne s’est pas fait- par la contrainte, mais bien par un lent travail d’éducation des masses sur ce que signifiait cette étape du socialisme, y compris après la conquête du pouvoir par les bolcheviks ou par les organisations révolutionnaires. Elle pose la question des cadres du débat démocratique au sein d’une république soviétique.

Elle pose la question de son affermissement, de la résolution des contradictions non-antagoniques par le débat, le dialogue, l’explication ou la conviction. Elle pose les bases de la résolution de la question de la structure patriarcale de la société, du sexisme, du racisme, des maux qui sont tout autant  de fléau dans la société pourrissante dans laquelle nous vivons.

Elle pose la question de la défense et des relations internationales, de la volonté de soutien aux opprimés croulant sous le joug d’autres Etats capitalistes, de l’impérialisme, du colonialisme…

Elle ouvre la voie vers une société sans classe ni Etat, vers une société communiste.

A l’inverse la dictature du prolétariat démarque les communistes du réformisme, du révolutionnarisme romantique, de l’opportunisme. Elle est ce qui démarque des partis qui ne comprennent pas la nature de classe de l’Etat, son caractère profond de force d’oppression d’une classe contre une autre. Elle est ce qui démarque, fondamentalement de celles et ceux qui sont inconséquents, qui rêvent d’un grand soir sans en assumer les implication. Elle est ce qui forme une démarcation entre le messianisme, l’utopisme, l’idéalisme et la volonté d’avancer de manière cohérente, construite, organisée, structurée et efficace. Elle est la distinction entre le vœux pieux et la victoire.

La question de la dictature du prolétariat porte chacun de ses aspects en son sein. Comme dans la création d’un dictionnaire, nous considérons qu’elle est une réponse nécessaire et suffisante, simple et accessible à tous et à toutes à la question de quelle est notre ligne de démarcation.

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