Pandémie d’Affluenza

Pandémie d’Affluenza.

                Affluenza est un mot-valise anglais, issu de la contraction de Affluence (richesse) et Influenza. (grippe) Ce terme a été forgé à la suite d’une affaire judiciaire américaine qui a défrayé la chronique. Pourtant, cette affaire est plus qu’éloquente sur le rapport entre la bourgeoisie et la justice, ainsi sur les discriminations sociales.

                Ethan Couch, âgé alors de 16 ans en 2013, est déclaré coupable de meurtre. Fils d’une famille richissime, cet adolescent a été condamné pour, en état d’ébriété, avoir fauché plusieurs piétons, dont 4 sont morts. Seulement, il n’a été condamné qu’a 10 ans de mise à l’épreuve. 10 ans de mise à l’épreuve pour 4 morts, le terme de légèreté est quasiment un euphémisme.

                La raison de cette candeur ? Les avocats de l’adolescent ont doctement expliqué qu’il n’était pas responsable de ses actes, du fait qu’il n’avait jamais connu de limites imposées dans sa vie. Il souffrirait donc d’affluenza, soit une rupture avec les réalités, avec la valeur de la vie humaine, qu’il serait dans l’incapacité d’appréhender. CNN a rapporté que les avocats d’Ethan Couch l’ont décrit comme un «gamin riche qui n’était pas coupable tout simplement parce que ses parents ne lui ont jamais donné de limite.»

                Ethan a pourtant connu la prison. Alors qu’il était interdit de consommer de l’alcool, deux ans après, il est filmé en train de faire la fête et de consommer de l’alcool. Risquant la prison, il s’est enfui -avec sa mère- au Mexique. Ayant transgressé les limites imposées par sa période probatoire, il a été incarcéré pendant deux ans. Ce lundi, il est donc ressorti libre, sous la condition de ne plus boire d’alcool.

                L’affaire a provoqué un tollé aux USA, qui traversent une crise en confiance envers les institutions. Deux ans de prison pour un quadruple meurtre du côté d’un gosse de riche, tandis que de l’autre côté, Stephon Clark, 22 ans, afro-américain, est abattu de 20 balles dans le jardin de sa grand-mère alors qu’il avait simplement un téléphone portable à la main.

                L’inimaginable magnanimité avec laquelle la justice US a traité Ethan Couch est illustrative. L’affluezna, dans un système judiciaire où la jurisprudence est essentielle, créé un dangereux précédent. Elle signifie, en pratique, l’inaccessibilité de certaines catégories de la population à certaines peines, tout simplement parce qu’elles ne vivent pas dans un système de valeurs communes avec le reste de l’humanité.

                Désormais, tout riche psychopathe US peut se retrancher derrière cet argument pour justifier ses méfaits, son mépris de la vie humaine, son cynisme et ses crimes. Pourtant comment ne pas avoir de gratitude envers ces avocats américains, qui viennent de donner un nom à cette pandémie qui concerne l’ensemble de la bourgeoise, cette pandémie d’affluenza.

                La bourgeoisie, en particulier la haute-bourgeoisie, vit dans un monde qui est intégralement différent de celui des masses. Intégralement différent quant au niveau de vie ; quant à la culture ; quant aux pratiques ; quant à la langue même. Il s’agit d’une séparation si forte, si fondamentale, qu’elle brise toute idée d’une nation transcendante, telle que les réactionnaires et les fascistes la présentent. A cette culture distincte se rajoute un système de valeurs et de comportements tout aussi distinct.

                Emmanuel Macron est une tragique victime de cet affluenza, ce qui transparait au travers de ses manières de s’exprimer : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre Tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » à quelqu’un qui travaille depuis ses 16 ans ; « Pour qui cette réforme est-elle bonne ? Elle est bonne pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer dans les transports en commun parce que le train est trop cher. Donc quand on me dit, ‘les pauvres voyageront en autocar’, j’ai tendance à penser que c’est une caricature, mais les pauvres qui ne peuvent pas voyager voyageront plus facilement […] parce que l’autocar c’est 8 à 10 fois moins cher. » ; « Il y a dans cette société (Gad), une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées, pour beaucoup on leur explique : ‘Vous n’avez plus d’avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 kilomètres !’ Ces gens-là n’ont pas le permis de conduire, on va leur dire quoi ? » … En voilà des exemples parlants.

« Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties. «  demeure la phrase la plus révélatrice. Elle est sincère. Emmanuel Macron, comme la bourgeoisie, le pensent réellement. Ils et elles sont intimement persuadés que sans leur action, il n’y aurait rien que la misère.

                La bourgeoisie et une grande partie des politiciens vivent dans une apartheid social. Pour preuve, le ridicule dont ces derniers -et ces dernières- se couvrent lorsqu’est évoqué le quotidien des masses populaires.  Jacques Séguéla déclarant qu’un SDF peut mettre 1500€ de côté, Gérard Collomb au bord de la pauvreté avec 9 000€ par mois , pain au chocolat à 15 centime d’Euros ou ticket de métro à 4€… les exemples sont légion. L’incapacité de comprendre le vécu de la très large majorité de la population se double d’un souverain mépris pour celle-ci. Les chômeurs, les chômeuses ou ceux qui touchent le RSA rouleraient en BMW ; les SMICards et SMICardes saignent les patrons et les patronnes, les cheminots et cheminotes, tout comme la fonction publique, ne travaillent jamais… Ce mépris de la vie humaine se retrouve dans de nombreuses rapports : rapport consuméristes, rapports aux femmes, rapports aux autres. Les grandes écoles de la bourgeoisie sont des lieux où le bizutage, où les discriminations, ou les viols -érigés en traditions pour certains cas !- L’affaire Nicolas David, où cet étudiant en médecine à drogué et violé une autre étudiante, a connu une défense, faite par Maître Gilbert Collard, sous l’angle de « la tradition de l’apéritif carabin » mélangeant -à l’insu de la victime- drogues et alcool. Dans le même ordre d’idée, les affaires impliquant des individus exerçant une subordination sur leurs victimes, Weinstein, Allen, Polanski…etc, illustrent le fait que, pour ces individus, il n’existe que des proies. Hélas, cette manière de penser s’étend sur une très large partie de la société, au delà, bien au delà, des limites de la bourgeosie !

                A ce mépris s’ajoute un détachement de la part des questions qui touchent la vie des masses.

                La bourgeoisie est une classe sociale en concurrence avec elle-même, et en lutte constante avec elle même. C’est une classe en guerre constante, guerre contre les masses, guerre contre les autres fractions de la bourgeoisie, guerre contre les bourgeoisies étrangères. Dans cette situation, la bourgeoisie agit toujours comme si elle était aux abois, étranglée, menacée. Elle agit donc avec un mélange de brutalité et de cynisme constant.

                Les désirs légitimes des masses ne suscitent qu’irritation et colère chez la bourgeoisie, qui ne voit en eux que des poux, des parasites, qui veulent rogner les marges, qui veulent gagner plus d’argent, qui ne sont pas capable de comprendre la terrible lutte contre la baisse tendancielle du taux de profit, la terrible lutte contre le concurrent, le danger qu’il y a à voir les investisseurs et investisseuses aller ailleurs, à les voir déserter. A leurs yeux, il faut être ferme, il est essentiel d’être dur, car sinon, la ruine guette.                Même la présence de l’Etat, l’immixtion dans le secret des affaires, l’immixtion dans les revenus des capitalistes est vécue comme une intrusion intolérable. L’impôt sur le revenu est encore présenté comme confiscatoire par la bourgeoisie, car il serait le fruit d’une injustice, d’une privation de richesse, que lui, le patron, le preneur de risque, génère.

                D’imposer face à la concurrence, s’imposer sur des marchés, imposer la terreur dans l’entreprise, cela demande un état d’esprit particulier.  Une étude faite sur 261 patrons dans le secteur de la gestion de la chaîne logistique, par la psychologue Nathan Brookes et les chercheurs et chercheuses Katarina Fritzon (Université de Bond) et Simon Croom (Université de San Diego) ont démontré que 21% d’entre eux souffraient de psychopathie, tandis que la prévalence générale est de l’ordre de 1/4% dans le reste de la société. Incapable d’empathie, de remords et de comportements humains, ces patrons et patronnes, dont l’adulé -mais cynique- Steeve Jobs, sont de véritables chefs de guerre, capable d’aller installer des usines dans les pires endroits de la Terre, d’écraser les luttes sociales des ouvriers et ouvrières, et de se pavaner cependant, tout sourire, devant les caméras.

                Alors, lorsque le prolétariat tente de mettre fin à l’exploitation, à la surexploitation, à la prédation, le serpent frappe. Les morsures de la bourgeoisie sont empoisonnées et implacables. Un taux de profit en baisse peut jeter à la rue les travailleurs et les travailleuses. Une grève, les conduire au black-listing. Trop de colère, à la prison. Une révolution, à l’échafaud. Ne l’oublions jamais.

                Oui, une pandémie d’affluenza frappe le monde, semant les pires méfaits. La misère, le fascisme, la guerre, les génocides, sont les fils et les filles de la domination de la bourgeoisie sur le monde. D’une domination impitoyable, méprisante, cynique. Fondamentalement, le dialogue, la synthèse, entre les deux conceptions du monde : celle de l’exploiteur, celle de l’exploité, sont impossible. Cette épidémie d’affluenza peut pourtant connaître une fin.

                Tout comme le disent les paroles de la chanson en l’honneur de Norman Béthune, médecin canadien communiste ayant lutté aux côtés de la Révolution Chinoise :

« Norman Bethune, médecin du peuple

Cherchait la cause de la maladie

Il l’a trouvée, c’est le capitalisme !

Bethune est devenu communiste ! »

Il existe un remède à cette pandémie : la Révolution Prolétarienne. Il existe un sens à la phrase de Macron : « Une gare, c’est un lieu où vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien.  » La réponse est dans l’Internationale : « Nous ne sommes rien. Soyons tout ! »

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