Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

Cap Catastrophe 2022 : Pôle Emploi et le logement.

Partie 7

Plusieurs propositions suivantes s’intéressent à des questions variées, comme celles des aides sociales et du logement. Elles s’axent toutes cependant autour du même tronc commun : celui de l’économie et de la rationalisation. On ne peut d’ailleurs comprendre le fait que cette partie soit aussi éclectique sans saisir que son but est de racler jusqu’à l’os les dépenses. Fluidifier le logement, c’est rogner les APL, résoudre le problème du chômage, c’est radier des postes à Pôle Emploi… en somme tout est fait pour réduire la sphère d’influence de l’Etat et augmenter celle du marché privé.

Dans la première partie, les constants sur l’activité de Pole Emploi laissent sous-entendre un bilan quelque peu mitigé. Ainsi, la proposition commence par ce doux euphémisme :

« Par ailleurs, le bilan de la création de Pôle Emploi est contrasté. » Or, Pôle Emploi est défini et conçu pour réaliser deux objectifs : le premier est de fluidifier autant que possible la relation entre le chômeur et les besoins immédiats des capitalistes en termes de main-d’œuvre. Le second est de faire en sorte que l’armée de réserve de la classe ouvrière soit la moins coûteuse possible, donc de radier avec célérité et efficacité.

De ce point de vue là, le bilan qu’il est possible de tirer de l’activité de Pôle Emploi est nettement plus favorable : Cela marche. Pas encore assez cependant aux yeux de la grande bourgeoisie. Il faut donc accentuer ces traits :

« Les pistes proposées répondent à deux objectifs majeurs : renforcer la responsabilisation des demandeurs dans la construction de leur projet d’évolution professionnelle et rendre Pôle emploi plus flexible, plus adaptable aux variations du chômage. »

Que signifie responsabiliser dans ce cadre là ? Cela signifie tout simplement mettre le couteau sous la gorge du chômeur ou de la chômeuse, et lui intimer l’ordre d’accepter le moindre travail, y compris le plus éloigné de ses goût ou de ses qualifications. Cela revient également au fait d’individualiser les situation le plus possible, pour ne plus faire un droit du chômage, en suivant les propos de Macron lors de son discours de Versailles, mais bien clamer qu’ « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

Voila ce que signifie la responsabilisation.

Pas seulement.

Le chômage est-il un marché ? Oui, répondent en chœur les rapaces. Un marché colossal. La flexibilité exigée permet de proposer une série d’offres de formation, lesquelles peuvent rapporter gros. Voilà ce que préconise donc le rapport :

« répondre à la demande d’autonomie des demandeurs d’emploi dans la construction de leurs projets d’évolution professionnelle. »

Une nouvelle fois, la défaillance dont peut faire preuve Pôle Emploi est utilisée d’une manière opportuniste pour justifier l’immixtion du privé dans les affaires publiques. En l’occurrence cela permet de réaliser le vœux de certains capitalistes.

« ouvrir largement le marché de l’accompagnement de la recherche d’emploi et du conseil en orientation professionnelle. Une régulation de ce secteur devrait toutefois être assuré par une autorité indépendante ou par le ministère du travail. »

La solution pour régler le problème de l’encadrement défaillant est donc de liquider une partie de celui-ci et de le cantonner à un rôle de contrôle vague.

Donc, les rapporteurs ont pour ambition de

« concentrer les effectifs de Pôle Emploi sur les missions régaliennes (indemnisation et contrôle) et sur les missions d’accompagnement des demandeurs d’emplois les moins autonomes, pour lesquelles sa valeur ajoutée est la plus forte. »

Par extension, cela signifie que la solution du chômage, selon les génies derrières ce texte, est de licencier et de précariser, y compris les personnes travaillant dans cette agence.

« redimensionner Pôle Emploi afin que ses effectifs varient en fonction du cycle économique et encourager le développement d’un secteur associatif et privé. »

Grossièrement, les individus travaillant à Pôle Emploi seront des habitués du passage d’un côté à l’autre du guichet en fonction de l’activité économique. Cependant, l’optimisme ne manque pas quant à l’avenir de la situation économique. Le rapport préconise donc de

« limiter les recrutements en prévision de la baisse attendue du taux de chômage et renégocier la convention collective de Pôle Emploi, afin de recourir plus fortement à des contrats à durée déterminée (pour faire face à des surcroîts temporaires d’activité) »

Une baisse perpétuellement annoncée, invoquée, mais qui ne s’est guère transcrite dans la réalité. Pire encore si celle-ci venait ) se produire dans le contexte actuel, elle ne pourrait être le produit que de deux facteurs principaux : Le premier serait celui d’une hausse considérable des radiations de chômeurs et de chômeuses, permettant de réduire artificiellement le nombre de chômeurs.

La seconde possibilité n’est pas contradictoire avec la précédente. Elle se nourrit de l’impact de l’armada de lois que les gouvernements précédents ont pu mettre en place, tant sur la question de l’organisation du travail que du salaire. D’une part les l’ANI ; la Loi El-Khomri -que le PS prétend désormais combattre- et les « lois Macron » ou Penicaud … de l’autre les lois sur la fiscalité. Les premières liquident les conventions collectives et la protection accordée par les contrats, l’autre s’attaque au salaire indirect, en le réduisant.

L’un comme l’autre prennent prétexte du fait de réduire le chômage et de faciliter l’emploi en laissant les coudées franches aux patrons et aux patronnes. De fait, l’expérience démontre que dans certains cas, cela marche, le chômage baisse. Mais à quel prix ? Cela revient à passer d’une société où le chômage est important mais où le taux de pauvreté est faible à une où l’inverse devient la norme. Moins de chômage, mais l’apparition d’une catégorie de « travailleurs pauvres » d’autant plus massive que la baisse des salaires entraîne une baisse de la consommation, laquelle, à son tour, pousse les patrons à baisser les salaires pour baisser les prix.

Mais la bourgeoisie n’en a cure, elle est une adepte du fait de scier la branche sur laquelle elle est assise.

« Ainsi, compte-tenu des hypothèses de baisse du taux de chômage, il paraît utile de pouvoir ajuster les moyens consacrés et ainsi de pouvoir dégager des économies à hauteur de 350 M€ d’économies. »

La question de l’accès aux prestations sociales et aux aides est traitées dans la partie 12 -nous reviendrons sur la 11 par la suite. Elle est empreinte d’une naïveté quelque peu désarmante, tant elle paraît contradictoire avec les discours actuels sur « l’assistanat » et sur la « responsabilisation ». Elle regrette que 30% des ayant-droits ne fasse pas les démarches pour avoir accès à leur dû et, ainsi, se retrouvent dans une précarité terrible.

« Grâce à ces réformes de simplification et d’amélioration de l’accompagnement, le taux de non recours aux droits devrait baisser et les bénéficiaires de minima sociaux devraient accéder plus rapidement à un emploi. En outre, ces réformes permettent d’envisager une couverture de 100 % des salariés sur la prévoyance invalidité et incapacité de longue durée. »

Un tel « humanisme », ne saurait être innocent. De fait, le but de la manœuvre n’est pas tant d’élargir l’accès aux aides, pas tant de les accroître, mais bien de les placer sous l’autorité de l’État dans leur intégralité. La partie préconise donc de fusionner toutes les aides en une seule.

« Les réformes proposées ouvrent également la voie à la mise en place d’une allocation sociale unique. »

Chose, qui permettrait de laisser les mains libres aux dirigeants politiques pour moduler les lignes de budget alloués aux plus précaires, aux plus pauvres, et de les réduire d’autant. Tout comme la Sécurité Sociale, tout comme les allocations chômages, le contrôle de l’État bourgeois sur les lignes de compte est surtout un moyen de fermer le robinet à aides sociales et de réduire, en liquidant les cotisations, le salaire indirect.

« Le renforcement de l’efficacité des dispositifs et en particulier dans leur volet accompagnement vers l’emploi doit permettre de générer des économies de plusieurs milliards d’euros dont une partie significative permettra de financer la mise en place de l’allocation sociale unique ainsi que l’augmentation du taux de recours des publics les plus en difficulté. »

La question du logement, la proposition 11, apparaît comme un ironique et vain réquisitoire contre la spéculation immobilière. Seulement, les coupables ne sont pas les spéculateurs, ne sont pas les rentiers, ne sont pas les propriétaires fonciers. Non, les responsables ce sont les aides sociales !

« Dans ces zones, les propriétaires fonciers ou immobiliers peuvent augmenter le prix de vente de leurs terrains car la demande est abondante et solvabilisée par l’aide publique. Ainsi, d’un côté, ils captent l’aide publique qui se transforme pour eux en rente et de l’autre, ils créent de l’inflation. L’empilement des dispositifs, qu’ils visent à soutenir l’offre ou la demande, vient alors alimenter la hausse des prix immobiliers et fonciers qu’ils sont censés compenser. »

Dans une tentative quelque peu pitoyable pour réinventer le fonctionnement de l’économie capitaliste, les rédacteurs et les rédactrices pensent avoir trouvé la quadrature de cercle : les aides sociales créent une inflation des loyers. Il y a là une incompréhension des principes même basiques de l’économie capitaliste, dont la recherche du profit maximal. Effectivement les aides sociales permettent de hausser les loyers, mais leur baisse se traduit surtout par un coup porté aux ménages les plus modestes, à celles et ceux qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois. Surtout, la solution face à la spéculation ne peut être trouvée dans le cadre du capitalisme. Mais nous n’imaginons pas les concepteurs de ces mesures se diriger vers cette voie.

Or, souvenons-nous de Macron demandant pathétiquement aux logeurs de baisser leur loyer pour répondre à la réduction des APL. Les résultats ont été nuls, car nous ne sommes plus au Moyen-Age, où les transactions sont censées être faites au « juste prix ». Il s’agit de tirer le maximum d’argent des locataires.

Les propositions autour de sujets comme l’étalement urbain et de sa limitation ne peuvent être transcrite dans la réalité sans une politique publique et un contrôle des plans d’urbanisme. Or, ce sont justement ces aspects qui sont touchés par les propositions.

« Par ailleurs, une autre problématique importante porte sur la qualité des logements : dans des collectivités petites ou moyennes, il existe un fort enjeu de réhabilitation des logements anciens afin de permettre aux ménages de réinvestir ces logements de centre urbain et de limiter l’étalement urbain. »

Clamer ceci est au mieux un vœu pieux.

Tandis que ceci est nettement plus clair sur les intentions profondes des concepteurs du projet :

«  Les mesures que nous préconisons doivent d’une part faire diminuer le coût de la politique publique du logement (elles permettent d’améliorer la situation des finances publiques d’environ 3 Mds€, dont 1,4 Md€ d’économies) et, d’autre part, de la rendre plus efficace, par la réduction du délai d’obtention d’un logement social pour les ménages éligibles et par l’augmentation du nombre de permis de construire délivrés dans les zones tendues. »

En somme, réduire les aides sociales, fluidifier, libéraliser le marché…et compter sur le métaphysique « ruissellement » comme solution à tous les problèmes sociaux. Sauf que, dans la pratique, le « ruissellement » s’est systématiquement mué en captation des richesses par la bourgeoisie et, particulièrement, la grande bourgeoisie.

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