L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 3: Pourquoi nous ne l’utilisons pas ?

Pourquoi cette voie nous est fermée ?

Un point essentiel, si ce n’est le plus important pour comprendre l’idéologie fasciste, dans toute sa variété, est d’intégrer une différence fondamentale avec toutes les idéologies progressistes et y compris avec le libéralisme, le royalisme, ou les autres idéologies constituées: C’est l’absence totale de recherche de la cohérence. Il est essentiel de comprendre le rapport très particulier qui unit les fascistes et leur propagande à la réalité. Dans Mein Kampf Hitler s’exprime ainsi: « Que dirait-on d’une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu’il y a aussi d’autres bons savons ? On secouerait la tête. Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique » (Mein Kampf, édition allemande de 1935, page 200). De même, Rosenberg, l’idéologue du Parti Nazi, déclarait sans vergogne: « Il y a une conception catholique et une conception protestante de l’histoire. À côté des conceptions religieuses de l’Histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées Nous croyons qu’il est temps d’annoncer une façon allemande de considérer l’Histoire. »

Pour les fascistes la vérité est une chose qui se subordonne à leurs objectifs politiques. Il n’est pas nécessaire que les choses soient vraies pour qu’elles soient annoncées comme véridiques par leurs médias.

La fachosphère se caractérise, dans son ensemble par deux choses : L’adhésion à la théorie du complot d’une manière générale, et la déformation, l’invention de faits. Les debunkers ainsi recensent une quantité astronomiques de faits inventés par les fascistes. On ne compte plus les centaines et les centaines de fausses nouvelles, de rumeurs, de complots annoncés par les Dreuz, les La gauche m’a tuer, les Sputniks, ou toutes autres officines d’extrême-droite.

Sans rentrer dans les détails, le but de ces manœuvres est d’instiller, d’une part, un climat de peur et un sentiment d’encerclement, d’autre part de saboter tout point de repère dans la société. Les adhérents à la théorie du complot on ceci en commun qu’ils tendent vers l’atomisation, le sentiment d’impuissance, l’impression d’être dans la caverne de Platon. Cela pour les pousser à se raccrocher comme seul repère aux pseudo-lanceurs d’alertes fascistes. Sans qu’elle soient forcément issues de l’extrême-droite, toutes les théories du complot renforcent leur influence.

L’extrême droite instille, emploie les « ils » énigmatiques, implante des germes d’idées réactionnaires partout, mais ne recherche pas la cohérence ni le développement d’idées complexes. Il est aisé pour eux de le faire, dans le sens où, même sans être concentriques ou convergentes, toutes les poussées réactionnaires vont dans leur sens. À chacun d’y voir ce qui lui plaît.

Lorsque nous, communistes, fournissons une explication du Monde, à travers le matérialisme dialectique et à travers le matérialisme historique, nous nous attaquons à un grand chantier : casser l’idéalisme, le positivisme, le mysticisme. Parfois, les mécanismes sont même contre-intuitifs, demandent des préalables idéologiques et culturels, en bref, demandent aux individus de se dépasser eux-mêmes, leur demandent un travail ardu en terme d'acquisition de notions. Le "bon sens" populaire ne suffit pas.

Rien de tout cela n’existe chez les fascistes, qui, eux, jouent sur des biais intuitifs, cognitifs. Le cerveau est quasiment programmé pour adhérer aux théories du complot, en cherchant des causalités là où il n’existe que des coïncidences, en s’attachant à trouver un sens cohérent et logique à tout. Or, cela, ajouté à la subjectivité, créé le terreau du complotisme et de la confusion.

La bouillie fasciste est également facile à avaler et à digérer, elle ne demande aucune subtilité, et les fascistes entre eux ne cherchent pas à se prendre à revers, à tester leurs connaissances. Peu leur importe les « détails ». C’est une différentiation culturelle, là aussi, entre nous. La rumeur et le canular ne nous serviraient à rien, car nous avons besoin d’informations justes et fiables pour pouvoir transformer la réalité. Nous devons connaître le Monde parfaitement pour en saisir les rouages. De même, nous n’avons pas besoin de mentir. Il n’existe pas plus gros scandale que l’exploitation capitaliste. Inutile d’inventer de faux faits. La vérité est déjà révolutionnaire.

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