Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » partie finale.

Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

Partie finale.
E.Vertuis

 

La démocratie bourgeoise est le fruit d’un compromis. Son but n’est autre que d’être une soupape de sécurité et de donner une légitimité aux politiques de la bourgeoisie. Certes, des victoires temporaires ont été arrachées par la mobilisation populaire, mais elles n’avaient qu’un caractère de concession. Dans les faits, l’État, la démocratie, les élections sont architecturées par la grande bourgeoisie et pour la grande bourgeoisie. Croire qu’il est possible de gagner face à un adversaire qui détient toutes les cartes du jeu, qui détient, en plus, les grands moyens de communication, est se nourrir d’illusions dangereuses.

Au final, le réformisme est plus utopiste que le fait d’opter par la voie révolutionnaire. Cette dernière est un chemin semé d’embûches, de souffrances, de problèmes, mais elle a une chance de gagner et de déboucher sur une transformation de la société. L’autre est pavée de lumière, de postes, de sinécures, de salons et de réceptions. Mais elle est une impasse complète. Elle ne mène qu’a la faillite, au compromis, à la compromission, même indépendamment de la volonté de ceux et celles qui tiennent cette stratégie pour juste. Tout réformiste, à la base, n’est pas pétri de malhonnêteté, mais sa stratégie l’y entraîne.

Les populistes eux, ont déjà franchi cette ligne. Tels les magiciens, ils ne croient pas à la magie. Il ne s’agit plus de faire triompher une hypothétique transformation pacifique de la société, de mobiliser dans cette voie, mais bien, uniquement, d’accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, pour s’y épanouir et diriger au nom d’un hypothétique intérêt national, intérêt, en vérité, de la bourgeoisie. Désormais, la moindre possibilité de mobiliser, y compris les plus réactionnaires, y compris les plus fausses, sont autorisées tant que cela sert le but ultime des populistes : servir « mieux » la grande bourgeoisie.

Le but des communistes n’est pas de mieux gérer la société, de mieux gérer le capitalisme, de lui poser des brides, de le moraliser, ou de défendre la « grandeur » de tel ou tel pays dans le monde -manière de dire « impérialisme » sans le dire. Il est de liquider le pouvoir bourgeois, de le supprimer, d’y mettre fin. Le but n’est pas, pour parvenir à cela, de ses lancer dans une course truquée et perdue d’avance, course où les concurrents sont prêts à toutes les bassesses pour grappiller quelques points -quitte à sacrifier toute cohérence. Il est de faire voler en éclat ce mensonge flagrant.

Au populisme, les communistes opposent la ligne de masse. Au fait de flatter les instincts les plus bas, la spontanéité -parfois réactionnaire- ou de surimposer les propres désirs de leur organisation à ceux des masses. Mao définissait ainsi celle-ci : « Dans toute activité pratique de notre Parti, une direction juste doit se fonder sur le principe suivant: partir des masses pour retourner aux masses. Cela signifie qu’il faut recueillir les idées des masses (qui sont dispersées, non systématiques), les concentrer (en idées généralisées et systématisées, après étude), puis aller de nouveau dans les masses pour les diffuser et les expliquer, faire en sorte que les masses les assimilent, y adhèrent fermement et les traduisent en action, et vérifier dans l’action même des masses la justesse de ces idées.

Puis, il faut encore une fois concentrer les idées des masses et leurs retransmettre pour qu’elles soient mises résolument en pratique. Et le même processus se poursuivra indéfiniment, ces idées devenant toujours plus justes, plus vivantes et plus riches. »

A ce travail se double celui d’un tri, entre les idées fausses et les idées justes, un tri entre ce qui est progressiste, révolutionnaire, et ce qui est réactionnaire. Seulement la question de la méthode est essentielle. Bien souvent, il existe une tendance, alimentée par une perception post-moderniste des choses, à osciller entre deux positions fausses : d’une part un angélisme nourri de fantasmes sur les masses populaires, faisant la négation complète des travers qui peuvent exister en leur sein ainsi que de l’influence de l’idéologie bourgeoise ; de l’autre le fait de ne percevoir que cela et de rejeter les masses populaires sous prétexte qu’elles ne soient pas parfaites, qu’elles ne soient pas spontanément communistes.

L’un comme l’autre ne mènent à rien. Pour revenir sur ce qu’écrivait Mao « Il faut critiquer les défauts du peuple, mais il faut le faire en partant véritablement de la position du peuple; notre critique doit être inspirée par le désir ardent de le défendre et de l’éduquer. Traiter ses camarades comme on traite l’ennemi, c’est adopter la position de ce dernier. »

La tâche d’une organisation d’avant garde n’est pas de se mettre à la traîne des idées réactionnaires, ni d’imposer de manière autoritaire son point de vue -ayons en tête la formulation on-ne-peut-plus-ridicule de Léon Trotski « avant-garde de l’avant-garde ». Le mouvement révolutionnaire ne se nourrit pas de la surimposition d’idées, mais bien de partir du vécu des masses et des problèmes concrets et réels qu’elles rencontrent. Armé de la ligne de masse, il peut, sans devenir une secte coupée de la réalité, franchir le stade de l’horizon -jugé indépassable par les réformistes, les trotskistes et les révisionnistes- de la politisation et de la politique.

La ligne de masse est la clé de voûte du fait de passer des revendications économistes à une compréhension politique de la situation. C’est également au travers de cette politisation que peuvent se résoudre les contradictions au sein des masses. La question de la xénophobie (beaucoup plus que celle du racisme, in fine), du sexisme, de l’homophobie… peuvent être abordées et expliquées sous cet angle là. Ces questions qui, souvent, sont laissées de côté sous prétexte qu’elles divisent les masses, peuvent, en réalité, rendre l’alliance entre exploités, exploitées, opprimés et opprimées, plus forte et plus sincère. Elle est également ce qui pose les bases de la démocratie populaire, une démocratie dont le but est de prendre en compte les aspirations et les désirs légitimes des masses, et de résoudre les contradictions, non-antagoniques, entre elles.

Le Populisme, en tant que mouvement politique, est et demeure, par sa nature-même, un marchepied de certaines fractions de la bourgeoisie. Son vernis populaire est un dispositif tactique, et uniquement tactique. Il ne fait pas de doute que la mauvaise foi soit la norme, au regard du parcours de ceux et celles qui tiennent les rênes de ces organisations, lesquels ne peuvent décemment croire dans leurs propres élucubrations.

La populisme s’étend en Europe et dans le monde, s’infiltrant dans les interstices laissées par le reflux des organisations populaires. Il s’étend sur un terrain rendu favorable par l’incapacité de la sociale-démocratie à faire quoique ce soit. Il est nourri par les tensions internationales et intranationales et il s’en nourrit lui-même. La tentation populiste peut prendre un grand nombre de formes, de couleurs, de contenus. Maquillé en ami du peuple, il en est l’ennemi insidieux. Le combattre en surface ne suffit pas, il faut en plus, en comprendre les ressorts pour les briser.

Il n’existe pas de troisième voie, ni fasciste, ni populiste, entre socialisme et capitalisme. Chaque prétendue voie n’est qu’un chemin tortueux de plus, qui ramène la bourgeoisie au pouvoir, renforce son ordre et sa légitimité.

La seule voie contre le capitalisme, l’exploitation, l’oppression, est celle vers le socialisme et, ultimement, vers le communisme.

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