Coronavirus = complot ?

Tribune de E. Vertuis.

Nous écrivons cet article dans le but de pouvoir faire le bilan de discussions que nous avons eu entre camarades ou avec d’autres camarades d’autres organisations. Il s’agit également de faire un point sur des positions que nous avons pu retrouver « flottantes » dans les réseaux sociaux.

Toutes les crises font naître des interrogations. Et il est légitime de mettre en doute la parole des autorités. Les gouvernements bourgeois ne sont pas des exemples en matière d’honnêteté et de probité.

Dans l’histoire, il y a eu des complots et des conjurations. Un grand nombre. Mais dans l’histoire, ils ont joué un rôle secondaire, de remous de surface, d’incidents plus que de remises en cause profonde de la société. Un conspiration secrète ne le reste que peu de temps.

Dans le cas du Coronavirus, un très grand nombre de théorie plus ou moins crédibles sont apparues. C’est un phénomène logique en temps de crise. Il est quelque part rassurant d’imaginer que ce sont les autorités qui inventent des faits immenses tels que le réchauffement climatique ou les pandémies. Cela donne l’impression que ce n’est pas nous même, en tant qu’espèce, qui sommes à la merci de forces plus grandes que nous. D’une manière générale, notre cerveau est conçu pour raisonner par association et par corrélation. Il fonctionne comme une machine à trouver des complots.

Nous avons ainsi une tendance naturelle à mettre en relation des faits qui sont parfois de simples coïncidences. Cela était vital à une époque reculée. « Je suis malade après avoir mangé ces baies inconnues, elles doivent être toxiques. » ; « J’ai été fiévreux après avoir bu cette eau, elle doit être impure. » Ces mécanismes se retrouvent dans les superstitions : « j’ai vu un chat noir et ma journée était pourrie, il y a une relation ». Cette tendance se retrouve dans la manière dont nous percevons les événements, avec une unité de temps : « La 5G et le Coronavirus apparaissent en même temps, ils sont liés. » Il s’agit d’un premier biais cognitif.

Deuxième biais : l’équivalence entre les causes et les conséquences. Un grand évènement ne peut avoir qu’une grande cause. Les morts de célébrités sont des exemples constants et récurrents de ce fonctionnement : Lady Di, Claude François, Michael Jackson… mais aussi les personnalités politiques. Pourtant, à bien regarder certains événements, les causes sont parfois fortuites. Le Général Patton meurt d’un refus de priorité à droite, par exemple.

Troisième biais : l’intentionnalité. La narration entre les causes et les conséquences, qui sont au cœur de l’enseignement de l’histoire, sont trompeurs. L’enchaînement des événements, en particulier lorsqu’il fait intervenir la nature, n’est pas toujours intentionnel. Il existe des paramètres contingents qui échappent à notre appréhension. De même, des processus volontairement déclenchés échappent parfois au contrôle de leurs initiateurs. Dans le cas qui nous intéresse, les politiciens et les politiciennes, les capitalistes comme toutes les autres classes adoptent des stratégies de survie ou de profit en fonction de la situation. Le fait qu’un événement soit utilisé de manière opportune ou opportuniste ne présume en rien de son origine.

Autre aspect, la tendance paradoxale à s’estimer impuissant et à surestimer la puissance des autorités ou de particuliers. Le système démocratique par représentation dépossède la population du moindre droit de regard sur son fonctionnement. Très souvent, il y a une tendance à le percevoir comme quelque chose d’obscur et d’occulte. Le sentiment qui se développe est que des forces peuvent tout et imposent tout. Il y a une part de vrai : il existe une dictature des intérêts bourgeois. Mais cela ne signifie ni la toute puissance ni l’occultisme. Non seulement la nature est une force immense, bien supérieure à l’humanité, mais les régimes politiques, quel qu’ils soient, y compris des régimes autoritaires ou dictatoriaux, doivent composer, négocier, manœuvrer pour essayer de réaliser leurs objectifs avec la plus grande efficacité et avec le moins de casse possible.

Prendre le raisonnement à l’envers, en se disant « à qui profite le crime » pour essayer d’en déceler l’origine, c’est raisonner avec une pétition de principe : l’idée qu’il existe une raison première, une intention, derrière chaque acte. Chaque acteur cherche à exploiter les situations nouvelles au mieux possible : cela ne signifie nullement qu’ils en soient les auteurs.

Dans les raisonnements, il est essentiel d’appliquer avant toute chose le principe de parcimonie. Ce principe, parfois nommé le rasoir d’Ockham, nous indique que, le plus souvent, l’hypothèse la plus simple est la meilleure. Si le COVID-19 ressemble à une grosse grippe brutale, c’est que c’est probablement une grosse grippe brutale, avec les mêmes mécanismes d’apparition que d’autres grippes du même type (H1N1 par exemple.)

Les zoonose, ces transmissions de virus entre espèces sont rares, mais elles sont dévastatrices. Lorsqu’elles arrivent, elles font naître des virus contre lesquels nous ne sommes pas protégés, contre lesquels nous n’avons pas d’immunité. Si les occurrences sont rares, elles sont marquantes.

Peste bubonique, Peste pulmonaire, Anthrax, Rage, Variole, VIH, Ebola, Grippe aviaire, Grippe espagnole, Grippe de Hong Kong, SRAS, MERS…

Ces épidémies et pandémies se sont toutes développées en suivant des schémas similaires : une proximité avec l’animal réservoir et des canaux de diffusion rapides.

Avec le développement de la mondialisation, ces pandémies prennent une tournure internationale toujours plus croissantes. Elles désenclavent des maladies locales et leur permettent de pouvoir se répandre partout sur Terre. Un des exemples les plus typiques est celui du VIH. Le VIH est certainement plus ancien que son apparition aux USA, dans les années 1980. Il est très probablement apparu dès les années 1920 à Kinshasa, capitale du Congo. A ce moment, la colonisation a entraîné des bouleversement dans l’organisation du pays. Cela s’est manifesté par l’afflux de main d’œuvre vers les centres urbains ainsi que le déploiement d’exploitations forestières et minières. Sans logistique, les villes et les mines devaient trouver de l’alimentation là où elles pouvaient : en chassant dans la forêt profonde. Cela a mis au contact l’Homme avec des virus inconnus et à très grande capacité de mutation. L’infection est restée dans le secteur, avant de se répandre progressivement le long du fleuve. C’est finalement avec le développement de l’aviation, qu’il s’est répandu.

  • À voir : SIDA, la piste Africaine.

La Grippe Espagnole, contrairement à ce que son nom indique, est née au Kansas, dans un élevage mixte de porcs et de volaille. Elle est apparue par la fusion entre la « grippe saisonnière » que portait un éleveur, et la grippe aviaire, que portait un poulet. Les deux peuvent infecter les porcs. Il s’en est suivi une contamination croisée, qui a débouché sur cette grippe ravageuse.

  • À lire : L’origine du virus de la grippe espagnole de 1918 enfin précisée.

Le cas, plus récent, du SRAS de 2003 a été extrêmement bien documenté, malgré le sceau du secret. Il a été possible de retrouver le patient zéro et de connaître le procès de contamination. Après avoir acheté des aliments au « marché humide » de la province du Guangdong. Les animaux sont tués sur place, dans le but d’avoir une viande la plus fraîche possible. Or, ces marché empilent des espèces qui ne se croisent pas habituellement, et dont les virus ne sont jamais en contact. A l’époque, sur les étals, il y avait notamment des espèces sauvages, braconnées, ramenés des forêts. Non seulement elles étaient proches, mais leurs sangs se mêlaient sur les étals. A Foshan, le 16 novembre 2002, un homme est tombé malade après avoir concocté un plat à base de poulet, de serpent et de chat-civette. C’est dans ce cadre qu’est apparu le SARS-CoV.

  • À voir : en bref, la prochaine pandémieparu…en novembre 2019.

Les zoonoses existent et sont nombreuses. Mais malgré cette récurrence et le fait que les procédés de création des virus soient connus, tout comme leurs méthodes de diffusion, un nombre croissant de théories du complot éclosent. Il ne s’agit pas de creuser toutes les théories, cela serait long, fastidieux et inutiles : elles sont bâties pour la plupart sur la foi en des principes intangibles, et non sur des preuves. Toutes les thèses qui impliquent une manipulation mentale, la 5G, ou l’inexistence du virus sont indémontrables, et, par voie de conséquence, impossibles à réfuter. Nous nous focaliserons sur deux théorie qui ont pris une certaine ampleur dans le mouvement communiste et chez certains progressistes :

  • Le virus provient d’un laboratoire local.
  • Le virus a été importé par les USA.

Les preuves de l’un comme de l’autre sont extrêmement faibles. La première se base sur la mise en place, en 2017, d’un laboratoire de type P4 à Wuhan, avec l’aide de l’institut Pasteur. Elle supposerait des études sur des virus militaires ou des armes bactériologiques, avec l’hypothèse qu’une expérience se serait échappée. Derrière cela, il existe un fantasme sur le complexe militaro-industriel et sur la peur panique de l’utilisation des armes biologiques. Dans l’ensemble, les preuves sont réfutées en détail dans un fact-checking fait par l’AFP. https://factuel.afp.com/non-le-coronavirus-detecte-en-chine-na-pas-ete-cree-en-laboratoire-puis-brevete

Mais les preuves sont absentes et illogiques.

  • Les armes bactériologiques ont effectivement été utilisées dans l’histoire. Mais le plus souvent de manière artisanale. On peut citer le cas du siège de Caffa, en 1346, dans lequel les Mongols, infectés par la Peste, l’ont transmise aux assiégés. Il s’agit du premier acte de l’épidémie en Europe. Cependant, l’empoisonnement des puits par les cadavres est contesté. Il semble plus que cela ait été le fruit des déplacement de rats entre les deux camps.
  • Dans la Première Guerre mondiale, des expérimentations ont été faites. Elles visent à empoisonner les chevaux. Durant la Seconde Guerre mondiale, d’autres expérimentations sont faites, notamment par les britanniques. Mais seuls les japonais de l’Unité 731 l’ont employée sur le terrain, contre les Chinois. Mais cela reste anecdotique.
  • Le cas de la Corée est plus épineux. Il est encore débattu. Cependant, l’ouverture des archives soviétiques laisse penser que cela n’a pas été le cas. « Le gouvernement soviétique et le Comité central du PCUS furent induits en erreur. La diffusion par la presse d’informations concernant l’utilisation par les Américains d’armes bactériologiques en Corée était basée sur des informations fallacieuses. Les accusations contre les Américains étaient fausses. » « Nous recommandons que la question d’une guerre bactériologique […] ne soit plus abordée au sein d’organisations internationales et d’organes de l’ONU. […] Les ouvriers soviétiques impliqués dans la fabrication de la prétendue preuve d’un emploi d’armes bactériologiques seront sévèrement punis. »1
  • La signature de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques le 10 avril 1972 (entré en vigueur le 26 mars 1975) les interdit officiellement. Des recherches clandestines continuent d’être menées cependant. Celles-ci sont cependant l’apanage de pays qui ne possèdent par l’arme nucléaire (comme l’Irak) ou qui sont marqués idéologiquement par des tendances eugénistes et racistes (comme l’Afrique du Sud, qui cherchait des armes ciblant uniquement les noirs).

En dernière instance, le rôle militaire est quasiment nul et leur utilisation opérationnelle est anecdotique. Les armes biologiques possèdent un très grand nombre de défauts qui les rend nettement moins pratique que d’autres. Principalement un, leur caractère non discriminant. Mais d’autres critères disqualifient le COVID-19 comme un virus militaire, tout comme le VIH.

  • Argument fondamental : une arme, pour être intéressante, doit être utile. Soit tactiquement, soit stratégiquement. La création d’armes stratégique se base sur le principe de stupeur et d’effroi. Comme arme stratégique, des armes nettement plus efficaces existent. Or, un virus est inquiétant mais ne présente pas le caractère de stupeur. Comme arme tactique, elle est absolument épouvantable : elle peut se retourner sans prévenir problème contre les troupes de celui qui l’a employée.
  • Le VIH et le COVID serait de très médiocres candidats à une utilisation militaire. L’un comme l’autre ont un délai d’incubation très long, bien trop long pour les échéanciers extrêmement brefs d’une opération militaire. De plus, même mortel, un virus de ce type est contre-productif. Il pose le même problème que l’utilisation de certaines déclinaisons de l’arme nucléaire, comme la bombe à neutron. Même dans une santé précaire, les soldats se sachant condamnés forment des adversaires terribles, fanatiques, impitoyables. Cette walking ghost phase a poussé à l’abandon de la bombe à neutrons par exemple.
  • De plus la surmortalité concerne principalement les personnes âgées, tandis que celles qui sont en âge de combattre ou de travailler sont à 80 % asymptomatiques. Une nouvelle fois, le très faible potentiel militaire d’une telle invention laisse songeur.

De plus :

  • Un virus artificiel se repère assez aisément du fait de la répétition de séquences génétique homologues à celles d’autres virus connus. Un virus « fabriqué » présente des anomalies, telles que l’inclusion de séquences génétiques issues d’autres virus. Les théories sur l’inclusion de « morceau de VIH » sont apparues un moment sur les réseaux, mais ont été rétractées par leurs auteurs.
  • Les laboratoires d’armes biologiques ont toujours été placés dans les lieux les plus éloignés pour éviter précisément ce type de problèmes (et pour éviter l’espionnage!). Un laboratoire type P4, faisant travailler conjointement français et chinois n’est pas un très bon candidat. Les exemples de centres de recherche sur les armes top secrètes ou de terrain d’expérimentation existent. Ils sont tous loin des grandes villes : Lop Nor pour la Chine, Vozpojdiénié dans la mer d’Aral pour l’URSS, régions éloignées de la Mandchourie pour l’unité 731 durant l’occupation.
  • Les processus d’apparition du virus sont tout à fait cohérents et logiques. Les espèces réservoir sont grossièrement situées, de même que les espèces capable de transmettre le virus à l’homme. Si la date de la pandémie n’était pas prévisible, en revanche, le fait qu’elle ait lieu « un jour » était inévitable.

L’argument selon lequel ce virus pourrait être une attaque a été lancé par un site de fake news canadien. Là encore, aucune preuve n’est avancée. Si elle a connu une popularité importante, c’est du fait de sa reprise par des officiels chinois.

  • Or, en tout premier lieu, il s’agit d’une réponse du berger à la bergère. La Chine a été agonie d’injures et de critiques sur sa gestion de la crise. Les USA, dans la bouche de Trump, s’en sont servi comme d’un fer de lance pour la frapper. La Chine a saisi l’opportunité de riposter.
  • Elles sont reprises par des groupes campistes, admirateurs du régime chinois. Ils le caractérisent comme un régime favorable aux travailleurs et travailleuses, et sont prêts à toutes les gymnastiques mentales pour essayer de l’exonérer de ses torts.

Mais les USA auraient-ils raison de disséminer une maladie ? Peu crédible.

  • Admettons que la situation soit extrêmement critique et brutale. La bourgeoisie cherche-t-elle a anéantir ou à conquérir ? Si la bourgeoisie est “prête à tout”, elle n’a cependant pas utilisé d’armes de ce type même dans des périodes ou toutes les bourgeoisies dans leur ensemble pouvaient se sentir menacées dans leur bastions. Ni la werewolf nazie, ni les stay behind de la CIA, ni les troupes en Corée ou au Vietnam ne les ont utilisées. Pourquoi la situation actuelle serait plus menaçante ?
  • Cette question de l’anéantissement est une question importante dans les doctrine militaires des différents États. L’arme nucléaire est conçue, par exemple, en Russie, comme ne devant être utilisée que dans le cas où l’existence de l’Etat serait directement menacée. Or, il est extrêmement rare qu’une guerre menace directement un État et sa survie. Il s’agit d’une vision idéalisée de la nature d’un conflit militaire, la très grande majorité des conflits se résolvant par une négociation. Même la Seconde Guerre mondiale a maintenu les fondements de l’État Allemand , de l’Italie ou du Japon. Les mêmes appareils d’État sont restés en place, à l’exception de la RDA.
    • Si les Etats accumulent autant d’armes c’est pour plusieurs raisons : Dissuader une autre puissance d’avoir la tentation de détruire l’Etat en possédant une capacité de seconde frappe (c’est à dire riposter même après avoir été touché).
    • Disposer d’une capacité de saturation des défenses antimissiles : un missile balistique n’est pas invulnérable à une interception. C’est pour cela que la plupart sont « mirvés », c’est à dire possèdent un grand nombre d’ogives.
    • Disposer d’une souplesse d’usage (sous-maris, avions, armes tactiques, armes stratégiques…) ce qui implique des doublons et donc des redondances.
    • Avoir une force à la hauteur de son territoire. La France possède théoriquement une puissance capable de tuer une population équivalente à la sienne (67 millions). Mais les autres États doivent non seulement le faire, mais le faire sur un plus grand espace. Or, chaque grande région de la Russie doit être en mesure de posséder cette force de seconde frappe partout.
    • Trouver aussi des débouchés pour les industries nucléaires, qui sont des cartels puissants, tout comme l’industrie du missile. La France en est un excellent exemple, avec des sociétés qui sont toutes dédiées à cela.
  • En revanche : Les armes stratégiques n’ont pas n’a pas vocation à être employée de manière offensive, ce qui, de toute manière, jetterait l’opprobre sur l’État qui le ferait. Or, comme le montre Clausewitz dans vom kriege, la défensive joue un rôle moral prépondérant. Celui qui se défend contre un État qui vient d’anéantir la population civile d’une grande ville (dans le cas d’un usage stratégique), ne reculera devant rien.
  • La tentation de la guerre nucléaire a joué un rôle de premier plan dans la doctrine de l’après guerre. Mais elle a été abandonnée.  La stratégie des représailles massives a été la norme aux USA jusqu’en 1962, mais a été remplacée par la riposte graduée. Pourquoi ? Car elle était inadaptée. Il y a besoin, même entre blocs antagonistes, de marges de manœuvre. Même entre cliques rivales, la bourgeoisie est capable de trouver des compromis pour avancer (l’UE, après tout, c’est un bon exemple de compromis !).
  • Reconstruire un pays détruit est un marché, un bon marché pour les entreprises. Il suffit de penser à Haliburton pour l’Irak. Mais c’est un rendement nettement plus faible que d’exploiter une région conquise intacte. Même les envahisseurs comme les nazis ont essayé de capturer le maximum de potentiel industriel, même en URSS.
  • Celui qui aurait lancé cette épidémie a surtout causé des pertes économiques terribles sans avoir gagné le moindre avantage. Tuer la Chine, pour les USA, c’est tuer un fournisseur et un partenaire économique, tout comme un concurrent. Si on le pose la question de « à qui profite le crime », ce n’est pas si évident. Une crise ou une guerre n’est pas toujours avantageux. Parfois, le compromis et la coopération le sont plus.
  • Si des tensions existent entre USA et Chine, à l’heure actuelle, elles sont des tensions qui devraient déboucher sur des négociations ou des renégociations. Elles ne sont pas au paroxysme de la brutalité et ne justifieraient pas l’énorme coût de l’épidémie.

Pour ces raisons, et pour d’autres, nous pensons que la thèse officielle sur l’origine du virus tient globalement la route. Cela ne veut pas dire que cette situation ne peut pas ne pas être utilisée géopolitiquement ou économiquement. Mais nous pensons qu’il faut être extraordinairement prudent dans la manière dont ces questionnements peuvent être abordés.

Des camarades, des organisations, des individus pour lesquels nous avons un grand respect et que nous estimons se posent des questions légitimes sur la pandémie. Seulement, nous pensons que la véritable question n’est pas tant l’origine du virus. Elle n’a, au demeurant, que peu d’importance. Si elle était une nouvelle arme, elle n’en serait pas moins un « tigre de papier » de plus. Son importance, à la limite, est ailleurs.

S’il y en a une, elle n’est pas dans le « à qui la faute », mais bien dans le rapport que nous entretenons avec la nature, rapport qui prend et qui prendra mécaniquement une tournure toujours plus catastrophique si rien n’est fait.

La vitesse de contamination, le fait qu’elle se soit propagée par les voies de la mondialisation, le fait qu’elle n’ait pas respecté la moindre frontière… sont des choses dont il faut tenir compte.

La vulnérabilité immense des pays, même les plus développés, face à cette crise est un deuxième aspect. Tant d’un point de vue médical que d’un point de vue financier. Nous pensons que ce sont ces aspects qui seront bien plus déterminants que l’origine. En revanche, les discours maladroits peuvent nourrir des rhétoriques de division des masses, de défiance envers des conseils sanitaires justifiés. Ils peuvent même contribuer à fragmenter les exploités dans une recherche d’un bouc émissaire ou dans une chasse aux sorcières.

L’expérience du passé montre que les sociétés, lorsque la peur et l’incompréhension s’installe, peuvent très facilement passer dans des raisonnements qui amènent à agir comme dans les procès de Salem, ou dans les pogroms de Russie.

Soyons responsables, soyons efficace : combattons les fake news combattons les théories du complot : exposons la responsabilité de la bourgeoisie, de son avidité et de son avarice. Soulignons sa vulnérabilité et sa dépendance face au travail concret des masses populaires.

Combattons les thèses qui expliquent le monde par un pouvoir occulte : désignons concrètement l’ennemi. Il n’est pas si fort, il n’est pas si puissant. Il est, lui aussi, une espèce en voie de disparition.

1Cold War International History Project, Virtual Archive : Resolution of the Presidium of the USSR Council of Ministers. Date : 05/02/1953

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