Alep brûle.

La bataille d'Alep, grand billard à quatre bandes, vient de se terminer.

L'armée syrienne “loyaliste” reprend le contrôle d'une ville ravagée, dont la population a subi un siège terrible. Le Monde découvre des images de villes éventrées dignes des combats de la seconde guerre mondiale. Les estimations des victimes ne sont pas encore connues, et, étant donné le chaos, ne seront peut-être jamais identifiées. Pour l'humanité entière, Alep est un terrible avertissement, l'avertissement que le monstre de la guerre totale n'a nullement disparu, il n'est qu'assoupi. Les combats, sporadiques, se poursuivent toujours. Dernièrement, la croix rouge a essuyé des tirs sur ses véhicules, sans pouvoir en déterminer l’origine.

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(source de l'image: Le Figaro)

 

L'Unité Communiste de Lyon n'a pas voulu communiquer immédiatement après l'annonce par les médias de la prise de la ville.

 

Plusieurs raisons à cela:

Nous n'aimons pas le pathos et le sensationnalisme. Nous ne sommes pas des journalistes couvrant un événement, nous sommes des communistes essayant d'en fournir une analyse politique. Cela demande du recul, cela demande une réflexion. Cela demande aussi ne pas être guidé par ses sentiments, mais par sa raison.

Cela ne signifie en aucun cas que, en tant qu'individus, nous ne soyons pas touchés par les malheurs atroces des peuples de Syrie, mais nous nous devons de lutter contre le subjectivisme dans nos analyses.

Nous n'aimons pas ceux qui empilent les cadavres pour s'en faire des piédestaux et qui s'en servent pour vociférer leurs immondices. Nous voulons être prudents dans ce que nous avançons, ne pas nous jeter, comme des charognards, sur souffrance d'autrui. Certains ne s'en privent pas, nous signalons que ces opportunistes nous répugnent au plus haut point.

Il est difficile de traiter un sujet aussi complexe que la Syrie. Beaucoup s'y sont essayés, beaucoup ont commis de lourdes erreurs en le faisant. Nombre d'organisations politiques se sont engluées dans des positions sottes ou dangereuses, mais qui sont souvent le reflet d'une conception binaire et manichéenne de la société. Après tout, c'est ce que l'Education Nationale, ce creuset que nous partageons tous, nous a enseigné. Nous devons briser ces jugements faux pour être capable d'avoir une approche plus approfondies des questions.

Nous devons être capable de faire le tri dans le brouillard de guerre.

Les agences de presse russophiles comme occidentales tirent la couverture vers eux. Nous ne sommes pas dans un échange, nous sommes dans une guerre qui présente les prémices de ce que pourrait donner un embrasement mondial.
Comme cent ans auparavant, les enjeux justifient le mensonge éhonté.

Que RT, Sputnik, les plates-formes de la Maskirovka russe trichent, c’est un fait avéré et démontré. Que les agences de presse occidentales mentent également, cela ne serait pas une nouveauté. Nous avons le devoir d’être capable de trier nos sources et nos informations.
 

(Les menteurs traitent les autres de menteur. Raisonnement circulaire parfait)

 

Que les pro-russes aient écrasé Alep sous les bombes est un fait indéniable. Elle correspond à la doctrine militaire des forces russes. Qu’il y aie des exactions après 5 ans de guerre est un fait indéniable.

L’artillerie des opposants n’a pas fait dans le détail non plus, et il est vraisemblable qu’ils aient entravé l’évacuation de la ville. Les images d’une Alep dévastée sont porteuses médiatiquement.
 

Qu’il y aie une Alep qui respire et qui eclate de joie est un fait tout aussi indéniable qu’il en existe une qui pleure et qui souffre. Cette guerre à plusieurs camps, et chacun de ces camps ont réussi à mobiliser leurs soutiens. Cette guerre n’est pas greffée sur une population “gentille” et passive. Elle tire ses racines de contradictions qui préexistaient en Syrie.

Seulement, le problème est lorsqu’on essaie vainement et artificiellement de coller des ailes d’ange ou des cornes de démon à l’un ou l’autre des camps qui s’affrontent.

C'est cette vision qui se heurte à la dure réalité quand on essaie de l'appliquer mécaniquement à la guerre en Syrie. Pourquoi n'est ce pas possible ? Pour la simple et bonne raison que ce n'est pas une révolution qui se déroule, c'est une guerre entre factions hostiles géopolitiquement . A l'exception des Kurdes et de leurs alliés, aucune faction n'est dirigée par des révolutionnaires et des progressistes authentiques.

Ce n'est pas une guerre du peuple contre son oppresseur, c'est une guerre de clans d'oppresseurs qui essaient d'entraîner derrière eux des fractions du peuples. C'est un champ de bataille de la guerre impérialiste -à l'exception notable, encore une fois, des combattants et combattantes kurdes et de leurs alliés des Forces Démocratiques Syriennes.

 

Choisir un camp contre un autre reviendrait à soutenir la France colonialiste contre l'Allemagne impériale du Kaiser Guillaume II.

Ceux, ce sont les plus nombreux en France, qui soutiennent mordicus les opposants à Bachar Al-Assad pensent soutenir des démocrates, des révolutionnaires, des copies conformes de ce qu'ils penseraient voir dans les luttes menées par les masses populaires chez eux. Or, ces démocrates, ces progressistes, existent, mais ils ne sont nullement à la direction des affaires, ils sont minoritaires et dépendants d'une coalition dominée par certains des réactionnaires les plus virulents.

En vérité, ils soutiennent une cohorte de réactionnaires en cheville avec les impérialistes occidentaux, au premier rang desquels trône la France. Ils soutiennent les prétentions de la Turquie d'Erdogan sur le Rojava.

Ils soutiennent les futurs oppresseurs des populations de Syrie, les futurs clients de la France et des USA dans la région. Ils soutiennent les gardes-chiourmes d'Erdogan, les bourreaux des Kurdes.

Pires encore sont ceux qui exigent l'intervention des USA et de la France, de manière accrue, dans ce conflit. Ils déversent de l'huile sur un feu ardent, tout en faisant mine de vouloir qu'il s'éteigne. Ces gens sont effrayés par la réalité de ce qu’ils découvrent, devant l’horreur. De fait, ils admettent que leur rébellion n’est qu’un jeu, en se ruant dans les bras de leurs propres bourreaux, les implorant à l’aide. Dès qu’une difficulté se montre, ils sont prêt à remballer leur drapeau pour aller quémander de l’aide auprès des institutions de l’Etat bourgeois, des impérialistes français.

 

Ceux qui, au contraire, se mettent en opposition totale avec cette position ne font pas mieux.

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Les idolâtres de Al-Assad, les admirateurs de Poutine sont légion, à l'extrême-droite et à l'extrême-gauche, pour des motifs, par ailleurs, complètement distincts les uns de autres.

Al-Assad, il est vrai, s'inscrit dans une histoire dans laquelle les militants communistes peuvent se retrouver. Il représente l'héritage d'un nationalisme panarabe, socialisant, marxisant, laïc, issu des décolonisations. Hafez Al-Assad, le père de Bachar, avait représenté un symbole du monde Arabe moderne. Certains se retrouvent dans cette grille de lecture et voient toujours la République de Syrie comme un ersatz de démocratie populaire.

Souvent, ces militants tombent dans le mirage des reliquats de cette période -accès à l'éducation, aux soins, à la culture- et croient y voir une mini-union soviétique. C'est aller vite en besogne. Dans les faits, la Syrie, après avoir été une cliente assidue de la France, à commis le crime de lèse-majesté de se tourner vers deux puissances montantes: la Chine et la Russie, comme l'a fait la Côte d'Ivoire de Laurent Bagbo. Même crime, même châtiment: la France est venue lui donner un leçon.

Les fascistes français ont, pour une grande partie d'entre eux, beaucoup d'admiration pour Poutine. D'abord parce que dans leur analyse inconséquente du Monde -qu'ils partagent avec des social-chauvins de gauche- il n'existe qu'un seul vrai impérialisme: les USA. Donc chaque puissance montante est une force positive qu'il faut soutenir, une force de la renaissance du nationalisme. Poutine est leur idole pour plusieurs raisons: son ordre conservateur, moraliste, homophobe, arc-bouté à une Eglise Orthodoxe réactionnaire. Dans son sillage, ils retrouvent une ligne qu'à un moment des années 80, certains ont pu tenir: l'URSS Brejnévienne contre la décadence occidentale.

 

Par un parcours complètement différent, mais amenant à des conclusions similaires, la trajectoire campiste.

Ses suiveurs espèrent déceler, au fond des yeux de Poutine, la flamme rouge de la révolution. Beaucoup de ceux qui ont été humiliés par la chute de l'URSS, répugnés par l'anticommunisme d'hier et les positions antirusses d'aujourd'hui peuvent être pris d'une faiblesse bien humaine, qui est de souhaiter la revanche de la Russie contre l'occident. l'Antiaméricanisme, la répugnance vis-à-vis de l'UE, l'hostilité à l'OTAN nourrit également cette position. Comment, quelque part, ne pas la comprendre ? L'occidentalisme, son miroir, à tant fait pour humilier et combattre l'URSS, tant fait pour imposer une propagande fausse et mensongère.
Mais Poutine n'est pas l'URSS. L'URSS elle même n'est pas la même en 1980, sociale-impérialiste, que lorsqu'elle fut celle de 1950, fer de lance de la lutte révolutionnaire.

Pour les benêts comme Mélenchon, c'est l'affirmation des BRICS qui se joue. Factuellement cette analyse n'est pas intégralement fausse, mais elle débouche, comme tout le programme du drôle, sur une impasse.

Les bourgeoisies n'ont que deux destins: Devenir impérialistes ou devenir compradores.

Celle des BRICS se lancent dans l'aventure, pour trouver leur place au soleil. Faut-il les soutenir ? Entre un impérialisme naissant et un pourrissant, sommes-nous en face d’un choix valable ?

De plus, ces individus restent dans une vision sotte, niant un facteur essentiel: la France n'est pas un pays inféodé à une alliance, elle est une puissance impérialiste elle-même. Ils crachent sur l'OTAN et sur l'UE, mais nient le fait que la France soit une puissance. Ils assument, d'une manière autre, le même discours éploré sur la faiblesse de leur pays.

 

L'un et l'autre des soutien d'Assad / Poutine fantasment sur le tonnerre de feu et de flammes déversés sur les villes. Ils se voient dans quelque chose de grand, de fort, dans lequel ils sont les nouveaux champions de la liberté. Que les fascistes soient en admiration béate devant ceux qui se présentent comme les massacreurs de Daesh, c'est un fait.
Pourtant, en vérité, aucun des deux camps soutenu par les impérialistes ne se bat avec sincérité contre l'hydre de l'E.I. . Daesh est une créature monstrueuse, assoiffée de sang et de carnage, que les partisans d'Assad comme ses opposants nourrissent. L'un et l'autre tentent de lancer cette bête malade à l'assaut de l'autre, de s'en servir. Les impérialistes n'avaient pas fait autrement avec le régime nazi dans les années 30, l'animant et l'excitant pour le lancer à l'attaque de l'URSS.

 

Mais notre côté de la barricade serait-il devenu fou et naïf ?

Qu'en est-il de l'impérialisme ? Qu'en est il de la volonté de paix entre les peuples et de guerre entre les classes ?

Tout ce qui bouge n'est pas rouge ! Contrairement à ce que clament ceux qui justifient toute opposition à un gouvernement comme étant, par essence, progressiste. Ceux qui saluent tout mouvement de masse sans considération pour son contenu idéologique ne sont que des zélateurs des fascistes. Il sont de la même veine que ceux qui saluaient les pogromistes tout comme les "révolutionnaires anti-bureaucratiques" de la Brigade SS Kaminski -ukrainiens antisoviétiques-. En bref, ce sont les paillassons de la réaction.

 

Certains se défaussent en affirmant soutenir des groupes secondaires, obscurs, mais nullement capables d’être dirigeants dans la situation actuelle. En somme, leur soutien se porte vers des cautions “démocratiques” des cautions “révolutionnaires”, mais qui sont, de fait, des suiveurs derrière les groupes les plus influents: les nouvelles moutures d’Al Qaïda et les agents de la Turquie.

D'autres critiquent jusqu'aux Kurdes, qui obtiennent quelques armes de l'occident, qui nouent des trêves avec les forces "loyalistes". Bel hommage que de critiquer la tactique de ceux qui meurent. Bel hommage que de chercher la pureté absolue si chère à ceux qui la trahissent pourtant sans peine dans une démocratie bourgeoise.

Derrière un odieux chantage à la radicalité, à l’opposition à tous les gouvernements et tous les Etats, pas grand chose ne tient debout.

 

Quand bien même, les cris de soutien à Alep ne sont que de tristes cris dans le désert.

Que pouvons nous faire, nous communistes, mais également progressistes et anti-impérialistes en général, dans cette guerre qui se déroule sous nos yeux ?

Ceux qui poussent des cris stridents et “sensibilisent” à coup de like sur Facebook expriment une détresse de vouloir aider. De vouloir stopper ce qu’il se passe. Leur amour de la paix, leur volonté de faire ce que cela cesse est sincère. Qu’ils accablent de reproche ceux qui ne sont pas de leur côté, à coup de longues tirades, se comprend. Mais hélas, ce n’est pas cela que la lutte internationaliste fonctionne.

 

Dans sa réponse aux trotskistes chinois, le poète Lou Sin écrivait, le 9 juin 1936:

Les faits remportent sur l’emphase ;(…). Votre « théorie » est certainement plus sublime que celle de M. Mao Tsé-toung et d’autres : la vôtre plane haut dans le ciel, la leur est terre à terre.

Mais tout admirable que soit cette sublimité, elle est malheureusement la chose même à laquelle les agresseurs japonais feront bon accueil.

Partant, je crains que lorsqu’elle tombera du haut du ciel, elle n'atterrisse à l’endroit le plus répugnant du globe.

 

C’est, hélas, trois fois hélas, ce qui se produit.

 

Que signifie le mot d’ordre de demander à l’ONU d’intervenir: Il signifie demander aux impérialistes occidentaux d’entrer en guerre contre les impérialistes orientaux.

Que signifie “soutenir Alep”: Il signifie demander à la France d’intervenir d’avantage, alors qu’elle n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

Que signifie soutenir des groupes obscurs et secondaires: Cela signifie soutenir la politique de la Turquie et la politique d’agression de l’occident.

Les soutiens à Bachar Al-Assad n’ont en tout et pour tout qu’un seul avantage sur ceux qui soutiennent les opposants, ils ne flattent pas -directement-le plan de l’impérialisme français. Mais que signifie le mot d’ordre de Mélenchon, mais aussi d’un grand nombre d’ouralistes, d’ouvrir des discussions avec la Russie ? Il signifie lier l’impérialisme français d’un pacte avec la Russie, contre le “grand Satan” US. A aucun moment il ne signifie lutter contre l’impérialisme français.

 

Est-ce là la seule tâche que s’attribuent ces militants, crier avec l’impérialisme ? Non. Si le mot d’ordre des internationales -s’attaquer en priorité à notre propre impérialisme- est un mot d’ordre valable et nécessaire, ce n’est pas pour une question de principe. C’est parce que c’est ce que nous pouvons faire de plus efficace pour combattre l’impérialisme mondial. Car c’est sur notre propre impérialisme que nos coups portent.
Ceux qui mettent au premier plan l’impérialisme américain nient la tâche primordiale de lutter contre notre propre impérialisme.

Ceux qui mettent au premier plan l’impérialisme russe nient aussi la tâche primordiale de lutter contre notre propre impérialisme.

Ceux qui ciblent l’Allemagne, l’UE, la Chine, les rivaux -réels ou fantasmés- de la France nient la tâche primordiale de lutter contre notre propre impérialisme.

Soutenir la lutte légitime des peuples de Syrie pour la liberté passe par briser les ailes de notre propre impérialisme, non d’adouber son action. Notre impérialisme s’est comporté comme la pire vermine, en Syrie. Elle a soufflé sur les braises, soufflé pour que les balles sifflent, soufflé jusqu’à ce que la tornade de feu soit ouverte.

Aucun impérialiste n’a le moindre sentiment humain, la moindre compassion. La Syrie est un enjeu géostratégique, et chaque acteur se repaît des dégâts causés. Notre impérialisme n’a jamais apporté la moindre once d’humanité, et aucun Etat entre leurs main ne s’est jamais mué en démocratie -même bourgeoise.

 

Les seules forces du progrès sont coalisées autour des Kurdes. Ce sont les seuls qui se battent contre les impérialistes et pour l’avènement d’un Kurdistan Indépendant, mais également pour que la Syrie soit Indépendante des impérialistes. Au sein de cette coalition se trouvent les seules forces qui luttent pour le socialisme.

Ces forces du progrès, qui luttent contre les appétits des rapaces, sont nos véritables amis sur place. C’est vers eux que nos actions doivent se porter, vers eux que notre soutien positif doit s’articuler.

Nous, communistes, nous battons pour que notre impérialisme, au premier chef, meure. Nous souhaitons sa défaite la plus large et la plus totale. C’est la pierre, la seule, que nous pouvons à l’heure actuelle apporter à la lutte du peuple Syrien pour sa survie.

Ce n’est pas un jeu qui se déroule, c’est une guerre. Les belligérants ne se soutiennent pas comme on soutient une équipe de football ou un personnage de téléréalité.

Notre impérialisme est toujours notre premier ennemi.
Mort à l’impérialisme français, mort à l’impérialisme mondial !

Vive la lutte des révolutionnaires des Forces Démocratiques Syriennes!

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