Hommage à Ernesto Che Guevara, partie 1

Hommage à Che Guevara.

Partie 1

Il y a 50 ans, Ernesto Che Guevara mourait, assassiné.

Après de nombreuses années consacrées à la lutte pour la lutte contre l’emprise de l’impérialisme US, pour la révolution et le socialisme, il était assassiné par les forces paramilitaires de l’État bolivien, pilotées par la CIA. Klaus Barbie, alors en « cavale », se serait vanté de l’avoir torturé lui-même, pour le compte du régime de La Paz.

Che, son image, ses portraits, ses citations, forment autant d’icônes pour le mouvement révolutionnaire international. Sa jeunesse, son charisme, l’allant, l’entrain révolutionnaire qui l’accompagne en font un symbole. Le Che, quoiqu’il en soit, demeure pour beaucoup, en particulier dans la jeunesse, une porte d’entrée vers la lutte, une porte d’entrée vers la combativité. Il incarne un romantisme révolutionnaire qui, s’il ne se suffit à lui seul, s’il n’est pas ce qui apportera la victoire, permet à de nombreux et nombreuses camarades d’entrer dans le combat contre l’impérialisme et la bourgeoisie.

A être omniprésente, cette image en ressort, hélas, bien souvent délavée, édulcorée, vidée de son sens et de son contenu.

Les capitalistes, en quête de profits, ne se sont pas privés, après l’avoir tué, de vendre sa peau et son image. Des millions de produits à son effigie sont ainsi mis dans le commerce chaque année, générant des revenus considérables. Ironie que le Che puisse créer du PIB chez les impérialistes, sur des T-shirts produits par le tiers-monde.

Les trotskistes, les anarchistes, les révisionnistes ont tenté de l’accaparer. Le NPA de Besancenot se revendique ainsi de lui et de Léon Trotski -lequel passe nettement moins auprès des jeunes, malgré les louanges qu’en chante l’Education Nationale. Les anarchistes le rêvent en libertaires camouflés, qui s’ignore. L’un et l’autre le rêvent en anti-stalinien, en anti-soviétique, en –in fine– anticommuniste.

Dans un sens, ils n’ont pas tort sur un point, et le Che, en cela, fait la nique aux révisionnistes. Tout communiste qu’il était, le révolutionnaire ne s’est pas comporté en laquais de Moscou et s’est élevé contre le tournant Khrouchtchevien. Cela lui permit de déclarer « C’est dans ce que l’on a appelé les erreurs de Staline que réside la différence entre un comportement révolutionnaire et un comportement révisionniste. Il (Staline) comprend le danger des rapports (de marché) mercantilistes et essaie d’en sortir progressivement en brisant l’opposition. La nouvelle direction (Khrouchtchev) par contre cède aux impulsions de la superstructure et place l’accent sur l’activité mercantile. »

Sa critique du manuel révisionniste d’économie politique resta, ainsi, jusqu’en 2006 dans un classeur fermé.

A trop en faire une icône consensuelle, on finit par tuer une nouvelle fois l’homme et sa pensée. Parfois, et l’ironie est grande, ce sont chez ces ennemis que sonnent les plus sincères hommages. La bourgeoisie et les fascistes, à vouloir attaquer le contenu politique de ce que défendait le Che sont parfois les seuls à en parler, à ne pas remiser ces faits « gênants » au placard, à savoir que le Che n’était pas un plat démocrate, pas un gentil réformiste, pas une icône, mais un soldat de la révolution prolétarienne mondiale, sous l’étendard du bolchevisme.

C’est à cela que nous voulons rendre hommage.

Né en 1928 Argentine, Ernesto Guevara n’est pas d’une famille prolétaire, bien qu’elle fut progressiste. Issu de l’union de membres de la haute bourgeoisie et de la noblesse -il descend du vice-roi espagnol du Pérou- il fait partie de ceux qui devinrent des traitres à leur classe, à l’image de Marx, d’Engels, de Lénine pour ne citer qu’eux, et qui choisirent les rangs du peuple.

Brillant étudiant, athlète de qualité, il poursuit des études de médecine. Avec son ami Alberto Granado, ils décident d’interrompre celles-ci pour prendre une année sabbatique et voyager. Ce voyage fut, pour lui, l’occasion de découvrir deux choses essentielles.

La première, la réalité du capitalisme, de la misère, de l’exploitation, de l’inégalité, d’une incroyable brutalité au sein des républiques bananières d’Amérique latine, dont les dirigeants répondaient tous aux compagnies américaines et, par effet de rebond, à Washington.

La seconde était cruciale dans sa  conception politique et stratégique : celle de concevoir l’Amérique Latine non comme un ensemble d’Etats à l’Européenne, mais comme un espace de manœuvre unifié, comme un espace de lutte où les frontières ne sont pas étanches. Le fait d’appréhender l’espace de cette manière fut un des fondements de sa manière de penser le combat contre l’impérialisme.

Le premier voyage du Che : 1952 – 1953

Car l’impérialisme pèse lourd, en Amérique Latine. Les USA sont une chape de plomb terrible. A son retour, après avoir obtenu ses examens en juin 1953 -ce que certains anticommunistes comme Pierre Rigoulot, co-auteur du Livre noir le contestent, par pure acharnement- il participe au Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, avant de rompre avec eux du fait de leurs positions racistes.

Déçu, il repart et arrive au Guatemala. Où qu’il aille, il retrouve cette misère noire et une répression impitoyable. Dans ces Etats asservis économiquement aux entreprises américaines, les revendications des sociaux-démocrates les plus modérés étaient alors vus comme un casus belli. Le fait de s’opposer à l’ordre colonial relevant de la peine de mort. Les mots « réforme agraire », « instruction gratuite », ou « politique d’emploi » étaient synonyme de danger révolutionnaire, et justifiaient les menaces, les pressions, les sabotages, les meurtres ou les coup d’Etat.

Mais, en Amérique du Sud comme dans sur la plus grande partie de la planète, le vent d’est soufflait plus fort que le vent d’ouest. La révolte grondait, et Ernesto Guevara entendait ne pas reste à l’écart de celle-ci. Au Guatemala, alors qu’il aide la population, en s’appuyant sur sa formation médicale, il retombe sur de vieilles connaissances, les représentants du Mouvement du 26 juillet [ M-26-7], dirigé par quelqu’un qui devint inséparable de Guevara, Fidel Castro.

Le deuxième voyage du Che : 1954 – 1956

Il fait une rencontre nouvelle, également, dans ces cruciales années 1953-1954 : la Guerre Froide. Alors que l’URSS, par le truchement de la Tchécoslovaquie, soutient le gouvernement progressiste de Arbenz, nouvellement élu, en lui transmettant des armes, la CIA organise un coup d’Etat pour juguler les aspirations démocratiques de la population, tout en liquidant la menace de contagion communiste. Cette rencontre indique à Ernesto, affublé du sobriquet de « Che », une chose essentielle : le pouvoir ne se gagne pas, il se conquiert. Il ne tombe pas avec aisance dans la main des masses, il exige un combat.

Après le coup d’Etat, sa route croise celle de deux frères : Fidel et Raoul Castro. Leur mouvement n’est pas un inconnu pour Ernesto Guevara, mais il n’en avait pas rencontré les dirigeants. Au Mexique, où ils sont réfugiés, les trois hommes se rencontrent. Ils devisent sur un grand nombre de choses. Le Che est séduit, semble t-il, par la volonté de combat des frères et décide de rejoindre me M-26-7.

Originellement, le Che est un médecin de terrain. Il est embarqué à ce titre dans l’expédition du Granma, un petit navire chargé de troupes, destiné à faire débarquer un Etat-major dans l’île de Cuba. Cuba, à cette époque, est le bordel de l’Amérique. L’île est dévouée à la prostitution, au jeu, au activités mafieuses. Son dirigeant, Fulgencia Batista, est une marionnette entre les mains des USA et des mafieux. Malgré cela, les USA n’apprécient guère ses services et se méfient de lui. Il n’a pas la poigne de ses compères du continent, et, sous sa direction, Cuba est en roue libre.

Le débarquement échoue lamentablement. Mal préparé, avec une logistique désastreuse, doublée d’une probable trahison, le groupe subit de lourdes pertes. La vingtaine de survivants rejoint les collines de la Sierra. Dans une région montagneuse, rurale, agricole, difficile de compter sur les forces de la classe ouvrière. Coupés des régions industrialisées, les forces révolutionnaires se nouent avec les masses rurales, se mettent à leur école… en somme passent par la même transformation que celle qu’a pu connaître le PCC, en Chine, après son éviction des côtes par la campagne d’extermination menée par les nationalistes.

Cela marche. La révolution, par les foyers ou focos, fonctionne et chasse le régime pourri de Batista. Cette victoire, malheureusement, se traduit par une compréhension erronée de la question du Parti, considérant que les focos s’y suppléent parfaitement et le rendent non nécessaire. La systématisation de ce concept, base du guévarisme, représente un malheureux travers gauchiste.

Le 1er janvier 1959 incarne la dernière révolution réussie, victorieuse, par les armes. Les autres ont malheureusement fait long feu depuis, ou, dans le cas du Népal, se sont enlisée dans une inextricable situation.

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