Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

Assistons-nous à la mutation de la « gauche » ?

Dans notre brochure intitulée Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » (E. Vertuis juin 2018) nous nous étions intéresses un moment à la question des flux migratoires et des politiques mises en place par rapport à eux. Surtout, nous évoquions les événements qui avaient eu cours lors du congrès de Die Linke.

« Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence.

Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes. »

Nous évoquions également le risque de contamination qui pouvait exister de la part de cette position vers l’équivalent français de Die Linke, la France Insoumise. Nous écrivions alors « nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. »

Depuis le temps s’est écoulé et ces faits malheureux se sont produits. Pour draguer un électorat nouveau, marqué par l’influence de l’extrême-droite, certains sont prêts à tout. Sarah Wagenknecht a lancé son mouvement Aufstehen ! (debout!). Malgré le fait qu’elle ait été attaquée par plusieurs médias et organisations politiques quant à ses positions sur l’immigration, elle se défend de toute conception réactionnaire. Elle clame donc qu’elle n’a fait que mettre fin à une hypocrisie quant aux migrants. Elle est rejointe et applaudie par le triste sire qu’est Djordje Kuzmanovic, lequel déclarait à l’Obs, le 8 septembre qu’il fallait s’aligner sur les positions défendues par Aufstehen ! en Allemagne, et que fermer les frontières serait un acte salutaire à la fois pour les travailleurs du pays comme pour les pays de départ.

Le discours sonne, au premier abord, presque juste et convainquant. Presque. Il attaque le sous-développement causé par les inégalités économiques internationale comme première cause de départ, cible le fait qu’il faut s’attaquer aux causes plus qu’aux conséquences…etc. Pour un peu, le barbouze passerait pour anti-impérialiste en citant Sankara et pour un humaniste conséquent.

Quelque chose cloche derrière cette rhétorique bien huilée, trop bien huilée même. Quelque chose de gênant, de dérangeant devant ce discours qui sonne trop juste pour être honnête. Quelque chose de nauséabond, quelque chose de putréfié. Ce quelque chose, c’est le temps. Le temps au sens de l’étape.

La question de la temporalité ne doit pas être sous estimée. Les positions ne sont pas des absolus, mais bien toujours relative à un contexte précis, à un contexte socio-historique précis, à une situation donnée.

Ce qui disent Wagenknecht et Kuzmanovic, en somme, c’est qu’il faut être contre l’accueil des migrants car la solution n’est pas là. Et c’est un fait, oui, elle n’est pas là. Ils disent donc : il faut que notre position change car nous sommes pour une solution différente. Mettons fin aux flots de réfugiés et de va-nu-pieds car nous développerons les pays en voie de développement et les émergents. Donc, puisque nous ferons cela, nous pouvons l’intégrer dans notre rhétorique, dans notre programme.

Dans un futur idéal, hypothétique, fantasmé, peut-être que le « socialisme douanier », que le « nouveau paradigme » ce « protectionnisme solidaire » [« C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. » , si tant est que cela ait un sens autre que le slogan. ] pourrait peut-être s’incarner. Si l’impérialisme français était brisé, battu, écrasé, si il n’était pas la raison première de la misère dans les régions d’Afrique d’où partent les migrants, peut-être. Si ce n’était pas les impérialismes conjoints qui semaient la misère dans les zones de départ, peut-être, oui, verrait on ces fantasmes quitter le rayonnage des délires fiévreux pour arriver dans celui des possibles. LFI -ni aucune force réformiste- n’a pas les moyens de pouvoir moraliser les patrons, de pouvoir agir de manière concrète sur l’économie ou sur l’impérialisme. Dire, à l’extrême limite que « lorsque nous serons au pouvoir et que nous aurons fait tout cela, il sera temps de changer d’approche sur la question des migrations » serait une chose.

Mais pour le moment, non. Pour le moment, nier l’état actuel des choses pour superposer une réalité imaginaire, cela revient à mentir ou pratiquer des tours de passe-passe devant les masses populaires.

Et nous redoutons que le passe-passe ne soit particulièrement amer. Car il avalise le fait qu’il est légitime de rejeter de chez soi les les flux que nous causons nous même.

La solution des flux forcés de personnes qui partent de l’enfer, de la misère, de la famine, de la geurre, c’est au préalable l’anéantissement des puissances qui en sont responsables, qui instillent la misère, la famine, la guerre. Ce préalable est incontournable.

Ce n’est pas, comme le dit le barbouze Kuzmanovic, se méprendre sur l’esprit des Lumières. C’est un choix qui consiste à mettre au dessus de cette pseudo-transcendance nationale la solidarité internationale, de mettre au dessus le slogan oublié de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Dans les faits, Kuzmanovic, mis au pied du mur, assène : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »  Quelle différence entre cette position et celle de Macron ?

Désormais, plus on creuse, plus la terre sent le cadavre enterré à la va-vite.

« Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. » Le faux nez tombe. Kuzmanovic, en bon adepte d’une capitalisme protectionniste, cible l’ultra-libéralisme, père de tous les maux. Or, si nous sommes conséquent, nous savons que n’est pas le libéralisme qu’il faut combattre, surtout pour lui substituer une tactique différente de la bourgeoisie, mais le capitalisme et l’impérialisme comme système d’exploitation qui écrase les peuples et les précipitent dans la misère. A l’époque du protectionnisme, les flux de migrants économiques étaient encore plus intenses qu’aujourd’hui. De plus, même d’un point de vue capitaliste, l’immigration n’est pas un frein au développement économique. La Suède, pays d’accueil important, à ainsi connu un rebond énorme dans sa croissance, passant d’une récession terrible en 2009-2010 (-5%!) à une croissance de l’ordre de 3,2% aujourd’hui. Les économistes imputent cela au fait que l’économie a été stimulée par les entrées de migrants et par leur besoins en terme de logement, de biens de consommation et de services. Mais Wagenknecht et notre triste sire ne voient dans les migrants que des bouches à nourrir, que des assistés ou des concurrents, et omettent d’écrire que ce qui bloque le développement économique, ce qui entrave les forces productive, c’est le parasitisme de la part de la bourgeoisie et l’accaparement des ressources et des richesses par cette classe.

Par ailleurs, ce qu’oublie de mentionner l’apprenti-sorcier du fascisme qu’est Kuzmanovic, c’est la goutte d’eau que représente les migrations à l’heure actuelle. Les flux migratoires sont minuscules par rapport à ceux des années 10-30 ou 50. Surtout, même en supposant que ces flux aillent directement grossir les rangs des chômeurs, ils ne sont qu’une martingale par rapport à l’immense masse de chômeurs qui forment déjà cette armée de réserve. « C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. » 

Il s’agit, par ailleurs, mot pour mot, la ligne défendue par le Bastion Social, lequel instrumentalise sans vergogne cette question. Pour Kuzmanovic, la solution est de rejeter les travailleurs entrés illégalement sur le territoire français, non les légaliser, les syndiquer, les organiser politiquement, qu’ils sortent de l’ombre et puissent combattre l’exploitation aux côtés de leurs camarades de nationalité française.

Au final, ce qui ressort de ce positionnement, c’est que le Rubicon a été franchi pour ce qui est du positionnement dans l’échiquier politique pour cet individu, et, peut-être, pour son organisation tout entière si elle ne réagit pas.

Il ne fait pas de doute que certains sont ravis de cette mutation, surtout à la droite de la droite, mais également au sein de LFI, ou la décomplexion pourra régner. Cependant, nous nous refusons à croire que cette position puisse être hégémonique sans discussion et devenir une thèse de LFI. Nous appelons les adhérents de ce mouvement à rejeter la ligne de Kuzmanovic, à obtenir son départ, ce qui sera un test pour la démocratie interne, par ailleurs, et à condamner tant la position de Wagenknecht que celle vers laquelle semble s’orienter un Mélenchon qui s’est déjà fendu de réflexions douteuses sur l’immigration. A moins qu’il ne les ait déjà oublié, au vu des pertes de mémoires subites dont il semble souffrir sous la pression…

Défendons le droit d’asile ! Défendons l’accueil de ceux qui fuient les guerres dont tirent profit Total, Dassault, Thalès, Areva ! Défendons l’accès aux papiers pour tous ceux qui en sont privés ! Quelque soient les papiers, quelque soient les origines, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre l’exploitation, contre l’oppression !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *