Un peu de homard, beaucoup de mépris.

Tribune de E. Vertuis

De Rugy, ministre de l’Ecologie, s’est retrouvé pris dans une tourmente qui en dit long. En effet, celui-ci est accusé par Médiapart de plusieurs choses :

  • Des frais de bouche immenses, avec des homards et des grands crus.
  • Un délicat sèche-cheveux doré à la feuille d’or.
  • Des travaux au ministère de la transition écologique, notamment un dressing de 17 000€.
  • Une absence d’impôts en 2015.
  • Une directrice de cabinet logée illégalement en HLM.

Le transfuge de EELV, passé depuis à LREM, comme un certain nombre d’opportunistes de son espèce, est sous les feux des médias pour ses différentes affaires, qui n’en finissent pas de produire elles-mêmes des révélations. De Rugy n’en est pas moins le bénéficiaire d’un soutien total de la part de Macron, et est présent à la cérémonie du 14 juillet.

L’attitude de De Rugy est celle du cafard pris en pleine lumière. Il fuit, oscille dans toutes les directions, essaie de semer ceux qui veulent l’écraser d’un coup de talon. Il s’empêtre dans ses mensonges, ne parvenant qu’a s’humilier, et, par voie de conséquence, à nous humilier de son impunité. De Rugy s’est donc mis à osciller, entre mensonge éhontés (je n’aime pas le champagne, je suis intolérant aux fruits de mers…) et le fait qu’il déclare froidement assumer ces dépenses, reliées d’une manière ou d’une autre au fonctionnement de son ministère. Ses écarts de langages sont ceux d’un enfant pris la main dans le sac, et qui ne sait pas réellement comment se sortir de ce mauvais pas. Ses interviews, les larmes aux yeux, chargé d’émouvoir, n’ont fait qu’attiser la détestation de ce personnage et ses confrères.

D’autres se sont engouffrés à suite, ou pour mal le défendre, ou pour lui tenir la tête sous l’eau. Benjamin Griveaux, par exemple, a essayé de surfer sur l’affaire pour torpiller de Rugy, dans le but de se placer sur un créneau pour les municipales. Il a déclaré qu’il se contentait de « côte de bœuf », mal lui en a pris. Le journal Capital l’a démontré :

Aux Boucheries Nivernaises, connues pour leur excellent rapport qualité prix, et où se fournit traditionnellement la classe politique parisienne, la côte de bœuf se vend actuellement 35,90 euros le kilo. Cela nous met la pièce de 1,2 kilo (poids conseillé pour trois personnes, car on ne mange ni l’os ni le gras) à 43,08 euros, soit très exactement 14,36 euros la portion individuelle. A la poissonnerie en ligne Paon, qui livre sur toute la France, le homard vivant de première qualité pêché au casier en Manche et Mers Celtiques est, lui, vendu 17,45 euros l’unité. Comme on en sert généralement une moitié par personne, cela met la portion individuelle à 8,72 euros, presque deux fois moins cher que la côte de bœuf de Benjamin Griveaux.

Dommage.

Il y a quelque chose d’intéressant dans la manière dont de Rugy a réagi. Notamment car certains médias ont hurlé contre cette dénonciation. La palme de l’approche la plus originale est néanmoins attribuée au journal Le Point, qui regrette rien moins que l’absence de style de ce scandale.

C’est le revers de la scandinavisation de la vie publique. D’un côté, j’admire l’intransigeance de nos amis du Nord, la simplicité de mœurs de leurs élus, leur soin maniaque de documenter toute dépense, avec des facturettes et des preuves. Quelle grandeur dans cette rigueur, quel respect religieux pour les deniers publics  ! Comme disait Louis XVI, « rien n’est si beau que d’être avare du bien d’autrui ». En contrepartie, les scandales scandinaves n’ont aucune allure. Les ministres chutent là-bas pour des broutilles ridicules. 

Dans un sens, on ne peut donner intégralement tort au Point. Il existe une distinction entre les scandales de l’ère Macron et les scandales d’avant, de Fillon, de Lagarde, d’autres… Ceux d’hier s’offusquaient qu’on les accuse, qu’on ose crier au scandale vis-à-vis de leurs pratiques. Elles étaient, à leurs yeux, des dus, des passe-droit liés à leur rang. Fillon, ainsi, n’était pas en rage contre ce dont on l’accusait, mais du fait qu’on ose le faire. L’allure dont parle Le Point est là, tant dans l’ampleur et dans l’envergure des affaires que de la réaction de ceux qui en étaient accusés. Ils méprisaient les masses aristocratiquement.

De Rugy, Benalla, Castaner, quant à eux, sont des sous-fifres qui ont pris de la hauteur grâce à l’appel d’air créé par Macron. L’affaire Benalla, les agressions sexuelles de Darmanin, les diners aux chandelles de De Rugy, les mensonges pitoyables de Castaner sur les violences policières, les actes contre-productifs de Schiappa, le mépris de Macron… tout cet ensemble est d’autant plus insupportable à subir que ceux et celles qui le génèrent ne sont même pas entourés de cette aura d’ascendant social et aristocratique qui entourait les corrompus d’avant. Dans un sens, leurs affaires sont d’autant plus intolérables que le sentiment est d’être méprisé par de minables laquais au service des grands bourgeois.

Mais dans l’absolu, même si parfois ils se taclent, tous les politiciens et les politiciennes qui pourraient assumer des postes de pouvoir sont pris dans les mêmes pratiques, et, de fait, dans un réseau de solidarité pour maintenir celles-ci et l’impunité qui les entoure. Et ce, de manière parfaitement indépendante de leur « couleur politique ».

Cela dit, Fillon, Benalla, Rugy, Macron, Tapie, Lagarde… sont les mêmes symptômes d’un mal profond. Ce mal profond et l’imbrication entre la politique bourgeoise et la corruption. Ce mal est incurable du fait de la nature même de l’État et des fonctions des politiciens et des politiciennes.

Dans le même ordre d’idée, les affaires autour des actes de la Police. Que ce soit dans les violences policières durant le mouvement des Gilets Jaunes ou suite à l’opération particulièrement brutale organisée à Nantes contre une free party, systématiquement les déclarations des responsables ont été sous le sceau du mensonge.

La disparition de Steve, probablement tombé dans la Loire, chassé par la police, en fait partie. Le régime se tait, ment, contre-accuse, lance des versions aberrantes. Mais il n’assume jamais ses actes. Cet aspect des choses est probablement l’un des points les plus insupportables. Le fait d’être réprimé est une chose condamnable, contre lequel il faut résister pied à pied. Mais le fait d’être réprimé par des individus qui mentent, trichent et se pâment d’être des champions des droits de l’homme, en armure étincelante, cela est doublement intolérable.

La police, en revanche, assume parfaitement de poser, le pied sur un sans-papier qui manifestait pour ses droits, d’humilier, d’éborgner, de frapper. Tant qu’elle ne commet pas l’erreur de s’en prendre à une personnalité, et encore, elle n’est jamais condamnée par l’IGPN ni par la justice. Il faut bien que le régime protège ses piliers.

De scandales en scandales, d’attaques en attaques, de mépris en mépris, pourtant, le régime bourgeois sape sa propre légitimité. La trop grande confiance dans son impunité fait qu’il ne s’est guère embarrassé de camoufler ce qu’il pensait. Il est probable que les ténors d’autour savent, dans leur for intérieur, qu’ils perdront les élections et qu’ils seront réduits à néant après celles-ci. Ils et elles profitent donc de leur situation tant qu’ils le peuvent.

Qui sait qui les remplacera, qui sait qui seront les nouveaux hérauts de la bourgeoisie. Une certaine partie des médias à la solde des grands cartels de la bourgeoisie sont en pâmoison devant Yannick Jadot, d’autres tendent des perches à une droite « élargie » ou « hors les murs ».

De notre côté, nous ne pouvons que saluer le travail de Médiapart et des lanceurs et lanceuses d’alerte. Les frasques de l’intégralité des politiciens et des politiciennes méritent d’être étalées au grand jour. Surtout, il est fondamental de comprendre que ce ne sont pas les lobbies qui corrompent les politiciens, mais ce sont ces politiciens qui sont des agents des cartels. En étant principalement et avant tout des pions et des agents des intérêts de la bourgeoisie en général et de certaines de ses fractions en particulier, ces politiciens et politiciennes doivent justement être corrompus pour s’assurer qu’ils exécutent servilement les ordres de leurs commanditaires.

Qui peut défendre un système sain et sans corruption ? L’extrême-droite a montré qu’elle battait des records dans la corruption et la crapulerie. Le PS est une coterie, tandis qu’une partie de la gauche de la gauche, elle aussi, se mouille et se vend aux affairistes. A leur échelle, même, les milieux militants sont également contaminés par ces pratiques. Les dérives mafieuses, les affaires crapuleuses ou les crimes y existent, y pullullent, et sont mêmes protégés au nom d’une sacro-sainte unité à protéger ou du rejet de pratiques « autoritaires ». Nous, nous regardons la corruption, les abus, ceux qui étendent leurs chefferies et leurs réseaux de clientèles comme des ennemis des intérêts populaires. Leur mépris et leur corruption, qui s’étale au grand jour, les démasquent comme n’étant pas « des nôtres ».

Notre programme, en tant que communistes, est celui d’un État populaire dans lequel la plus grande sévérité est exercée contre ceux et celles qui tentent de constituer leurs chefferies, contre ceux et celles qui ne sont pas là pour servir le peuple, contre la corruption et l’économie parallèle.

Cet état populaire ne peut être érigé aux côtés des intérêts des capitalistes, mais uniquement contre eux et contre leurs intérêts et au service de ceux des masses populaires.C’est uniquement ainsi que les de Rugy, les Fillon, les Lagarde, les Tapie, seront définitivement remisés là où est leur place : dans la déchetterie de l’histoire.

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