Shaoyo Liu ; un décès qui en dit long.

Dimanche 26 mars 2017, dans le XIXe arrondissement de Paris, une intervention de la Brigade Anti Criminalité débouche sur un mort par balle. Shaoyo Liu, ressortissant chinois, 56 ans, père de famille, perd la vie, abattu par un des agents.

Avant toute chose nous adressons aux proches, aux amis, à la famille de Shaoyo Liu, nos plus sincères condoléances.

Pour ce qui est des circonstances du décès, l’entrée de la police dans l’apparemment est le dernier point sur lequel toutes les versions s’accordent. Ce point franchi, la version de ses filles, présentes sur les lieux, et celles des agents divergent fondamentalement.

Les filles de Shaoyo Liu expliquent que leur père a été abattu de sang froid, alors qu’il préparait à manger. Elles estiment que l’intervention des forces de police fait suite à une dénonciation imaginaire et calomnieuse, venant de voisins hostiles.

Les agents de police estiment avoir agi en légitime défense, attaqués à coup de ciseaux à poisson par la victime. Ils déclarent également avoir été appelés pour des heurts et des violences.

L’une et l’autre des deux versions s’excluant mutuellement, il est clair que l’une ou l’autre est fausse. Cependant, sans complément d’information, adhérer l’une ou l’autre revient à un acte de foi.
Notre organisation n’estime pas possible de remplacer une véritable enquête, et se méfie des actes de foi, de l’emporte-pièce. Cependant la longue liste de scandales liés aux crimes policiers tend à ne pas nous aiguiller vers une confiance quant aux déclarations des agents de la BAC. Ceux-ci sont d’ailleurs soigneusement sélectionnés, au sein des forces de police, pour des caractéristiques telles que l’agressivité et la brutalité.

Indépendamment de ce que nous pourrions soupçonner comme racontars de la part d’agents assermentés, nous considérons qu’il n’est pas nécessaire d’agir par foi pour prendre des positions et tirer des conclusions de cet acte.

Ce décès est tel un éclair dans une salle obscure. Il rend instantanément visible, sous des traits accentués par un clair-obscur, les contours et les détails de l’ensemble.

Cette mort est révélatrice de nombreux aspects de la situation au sein de notre Etat, tout comme dans les relations internationales.

Premièrement, le traitement médiatique de l’affaire fut empreint d’un racisme terrifiant, inconcevable. Shaoyo Liu s’est retrouvé réduit à la formule « un chinois. » Bien souvent, les termes en restaient là. Il n’était ni M. Shaoyo Liu, 56 ans, ni un ressortissant chinois, ni quoique ce soit d’autre qu’un « chinois » 1/1 200 000 000ème d’un bloc interchangeable, anonyme, de titulaires d’une citoyenneté.

Ce traitement méprisant fait écho aux manifestations d’un racisme latent dans la société française. Si celui-ci ne s’exprime pas ouvertement avec la même virulence que celui qui touche les communautés issues du monde Arabe, du Moyen-Orient ou d’Afrique Subsaharienne, il n’en existe pas moins.

Une de ces racines se trouve dans le système colonial, qui a pillé la Chine, la Corée, les composantes de l’ex Indochine, la Thaïlande, les Philippines…etc. Ce colonialisme a marqué au fer rouge de stéréotypes infâmants les habitants de ces régions. Le mépris des peuples colonisés joue toujours, quand bien même les français ont subit de terribles revers dans ces régions.

L’exploitation et le tourisme sexuel ont forgé un autre aspect, un aspect de fantasme pervers et exotique envers les femmes, les hommes, les transgenres de ces pays. Cela se ressent dans les rapports sociaux pénibles et les projections de fantasmes que les personnes typées asiatiques peuvent endurer.

Nous mêmes, qui nous revendiquons du maoïsme, découvrons ce regard étrange. Bien souvent, cette idéologie est dénigrée, ravalée au rang de folklore politique, mélangée aux cultures et religions d’Asie Orientale. Nombre de nos détracteurs jouent sur ce regard méprisant pour le qualifier de « secte politique », de « communisme de rizière. » C’est une belle manière de montrer son ignorance politique. Lorsque nous disons « léninisme », nous voyons un regard qui n’est absolument pas le même que lorsque nous disons « maoïsme. » De même nous ne doutons pas qu’une certaine négation des apports de Mao ou de Ho Chi Minh provient également d’un dénigrement des idées issues d’ailleurs que de l’Europe.

Les immigrés issus de l’Asie subissent toujours ce poids du passé de domination, ils sont rudoyés, moqués, agressés. Le stéréotype de la famille chinoise sale, vivant dans des appartements bondés, à la vie rude. Les actes de violence entrepris à l’encontre de ressortissants et d’individus d’origine chinoise le 4 septembre 2016.

Ce racisme se retrouve y compris dans les rapports entre les différentes composantes de l’immigration, où chacune des origines entretiennent un mépris de l’autre, y compris de la part du prolétariat « français », dans une mise en concurrence dont le plus grand bénéficiaire est le grand capital.

Le second aspect, celui entre les lignes duquel on peut lire la vérité, est l’invraisemblable mépris de classe, raciste, dont est coutumière la police. Il est clair que ce mode opératoire, l’usage d’arme à feu, de la force létale, est étroitement corrélé au tissu social du lieu de l’opération. Une telle situation, place Vendôme, n’aurait jamais débouché sur l’ouverture du feu.

Nous ne doutons pas non plus que la couleur de peau, l’origine ethnique, joue régulièrement dans la manière dont les actes de police se déroulent. Le racisme larvé se niche particulièrement dans les forces de police, où « l’humour de caserne / commissariat » n’est que la partie émergée d’un iceberg de xénophobie.

La répression brutale des mobilisations pour dénoncer le racisme illustre ainsi cette violence étatique et ce mépris de la vie humaine. Elle illustre également ce vers quoi tend la répression bourgeoise.

L’Etat d’urgence, la mise en place de nouvelles dispositions juridiques issues des mobilisations de policiers, tout ceci concourt dans le fait de faciliter la bavure. Il est notable que les prétendus progressistes qui se sont fait laquais  de la police ont joué, ici, un rôle particulièrement néfaste. La mobilisation de Force Ouvrière SGP Police contre l’équipement de caméras d’intervention ; leur volonté de ne pas « fliquer les flics », sont une des bases matérielles des crimes policiers. Les relais politiques -notamment Lutte Ouvrière, qui se présente sous le nom de la « candidature des communistes »- ont également fait pression pour défendre les intérêts particuliers des agents de la répression.

L’impunité, l’absence de réaction de l’IGPN, l’absence de condamnation de la police, le poids de leur lobby, tout ceci envoie un signal très fort : il est possible de tuer sans être inquiété. Cette idée ne pouvait être hors de l’esprit des agents de la BAC, lorsque cette situation là s’est déroulée, ce soir de mars, où Shaoyo Liu est tombé. Tout au plus cela se serait terminé en blâme, ou en une condamnation inapplicable.

Habituellement, un immigré tué n’entraîne que peu de grondements. Cependant, le Chine voit d’un très mauvais œil les mésaventures de ses ressortissants, qu’ils soient touristes ou membres de la diaspora.

Des articles ont dénoncé ainsi le rôle que pourrait jouer la mafia, l’ambassade de Chine, les relais et les réseaux dans la mobilisation. Si l’Etat s’en est servi pour tenter de décrédibiliser la mobilisation, nous, répondons par un haussement d’épaules.

Cela ne remet absolument pas en cause le fait que cette mobilisation illustre une réalité.

Il est parfaitement logique que les pouvoirs politiques de la Chine usent de cette affaire. Cela n’en fait pas des saints pour autant, mais révèle les ambitions de l’Empire du Milieu. Le fait que nous nous revendiquions des écrits de Mao Zedong ne fait pas de nous des prochinois. En revanche, nous pouvons tisser des hypothèses.

La Chine, malgré sa montée en puissance sur la scène internationale, souffre encore d’un déficit de relais, de sympathies, et d’un manque de leviers . La réaction de celle-ci est donc une manière de marquer le coup, de déclarer qu’elle protégera ses concitoyens. Elle l’use également pour se présenter du coté des opprimés, des victimes d’un occident barbare et colonial. C’est une manière de gagner en crédibilité et en sympathie. C’est également une manière de pouvoir exercer une pression diplomatique sur tel ou tel pays.

Cette affaire est donc révélatrice d’un grand nombre d’aspects. Elle illustre également une dernière chose : la Police ne sera jamais du côté du peuple. Le Parti de Gauche, signataire de la manifestation contre les violences policières, appelle à une police républicaine et déontologique. Cette ligne est partagée par bien des organisations politiques se plaçant à la « gauche de la gauche. »

A la « gauche de la gauche », certes, mais tout de même dans le camp du réformisme, de l’Etat bourgeois et de son ordre.

Les communistes savent que l’Etat bourgeois possède une nature de classe, qu’il est un outil conçu, organisé, structuré, pour maintenir l’oppression, le pouvoir des bourgeois, l’exploitation.

Les défenseurs de la Police sont les complices des assassins.

Nous n’oublions pas le nom de Liu Shaoyo, pas plus que nous n’oublions celui de Medhi, d’Adama, de Wissam, d’Umut…

Contre le pouvoir bourgeois, contre les tueurs de l’Etat, résistance et unité populaire !

 

 

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