Quelle légalité en régime bourgeois ? – partie 3

Notre réponse : la démocratie prolétarienne et la dictature du prolétariat.

La Dictature du Prolétariat, l’épée et le bouclier.

                La dictature du prolétariat est un sujet important, crucial même. Aux yeux de l’Unité Communiste de Lyon elle est la ligne de démarcation de notre période de construction politique. Plusieurs documents ont été édités à ce sujet par l’Unité, principalement autour de la brochure dédiée à cette question –La Dictature du Prolétariat– mais également dans les textes du premier congrès tout comme au sein des brochures sur les bases du communisme et sur le socialisme. Le fait de défendre cette thèse comme n’étant pas une déformation de l’idéologie communiste, mais bien comme étant son noyau dur n’est pas le fruit d’une illumination subite ou d’un désir de pouvoir idéaliste. Les marxistes ne procèdent pas ainsi. Lorsque Marx et Engels ont théorisé cette conception particulière du pouvoir, ce n’était pas en fantasmant sur des fleuves de sang, mais bien en tirant des constats de l’expérience concrète de la lutte des exploités et des exploitées.

                Pour les militants et militantes qui constituent la grande majorité des organisations communistes -au sens idéologique du terme- cela est également le fruit d’un cheminement et non d’un désir inné pour l’autoritarisme. Les individus qui sont sur cette tendance ne trouvent pas leur place dans les rangs des organisations de combat.

                Comment ne pourrions-nous pas comprendre les réticences qui accompagnent l’évocation de cette question politique ? Elles sont nombreuses et sont parfois révélatrices de questions pertinentes. L’éducation bourgeoise, les idées dominantes -imposées par les classes également dominantes, l’historiographie anticommuniste, la charge constante et fulgurante contre les expériences socialistes… tout concourt à faire de la dictature du prolétariat un tabou total, un crime en puissance, une hérésie. Elle sert de repoussoir envers les progressistes, envers les masses.

                Il est logique que la bourgeoisie cherche à faire ainsi. Qu’elle cherche à attaquer sans cesse les systèmes politiques qui la menacent.  Comme écrit en introduction, cela marche très bien. L’attachement atavique à la démocratie bourgeoise pousse certains, certaines, à préférer Thatcher à Staline, à choisir l’illusion démocratique bourgeoise à la construction du socialisme.

                Certains positions sont logiques. Il existe une peur des cadres formels et contraignants, notamment chez les libertaires. La petite structure horizontale rassure, paraît porter en elle les valeurs de démocratie et de confiance. Cependant, nous l’affirmons : il n’existe aucune garantie structurelle contre la déviation. Aucune forme d’organisation ne prémunit contre les risque de dégénérescence. La seule chose qui peut former une défense contre ce risque est la lutte politique, la lutte de ligne au sein des organisations et des structures. Or, c’est là où le bât blesse. Les structures informelles, sans centralisme démocratique -le débat le plus démocratique dans les instances décisionnelles mais l’application la plus stricte des décisions une fois prises-, sans exercice rigoureux et contrôlé des mandats, sans application rigoureuse et contrôlée des décisions, est le théâtre idéal de la déviation droitière. Le flou, l’informel, le doute profite systématiquement aux tendances les plus modérées, aux partisans de la conciliation, aux éléments vacillants, aux portes d’entrées des tendances idéologiques bourgeoises.

                Les tendances, les fractions, le libéralisme au sein des organisations politiques -et au sein des formes d’exercice du pouvoir- nuisent à l’efficacité, à l’unité d’action, à la possibilité de poser les débats et les questions concrètes. Elles sont une maladie au sein des organisations. Elles sont mortelles lorsque les enjeux sont importants et vitaux.

                Contrairement à ce que peuvent clamer les libertaires, nous ne sommes pas partisans du centralisme démocratique par antidémocratisme, mais bien parce que celui-ci est bel et bien la forme de démocratie populaire la plus aboutie. Nous nie nions pas les luttes internes, les lignes qui peuvent s’affronter -expression de la lutte des classes dans les organisations- mais au contraire nous les actons pour pouvoir avoir une prise dessus. Les organisations que ne le font pas, qui entravent la reconnaissance de cet état de fait, se contentent en vérité d’un démocratisme de surface.

                La dictature du prolétariat porte en elle deux exigences qui se doivent d’être obligatoirement respectées : la démocratie la plus large pour les masses ainsi que leur défense la plus efficace contre les menées de la bourgeoisie pour conserver ou reprendre le pouvoir. Le problème étant que l’interaction entre ces différentes exigences entraine fatalement des contradictions, des difficultés, des conflits parfois.

                La démocratie prolétarienne n’est pas un vain mot. Contrairement à ce que peuvent prétendre les anticommunistes, la vie en URSS ou en Chine maoïste n’était pas une vie de caserne, une vie carcérale. La bourgeoisie essaie de fausser la vision qu’il est possible d’en avoir en niant toute la vie politique, la vie culturelle, la vie intellectuelle, tous les loisirs, tous progrès sociaux que peuvent avoir apporté le socialisme.

                La suppression du gaspillage, le fait de passer progressivement d’une économie anarchique à une planification, sous la houlette du Gosplan, permet de progressivement répondre aux besoin de la société, tout en essayant, au travers du développement harmonieux, de respecter l’environnement. Les chiffres parlent d’eux même. Partie de très bas, l’URSS, en 1939, juste avant la déclaration de la guerre, dépasse la France en terme de PIB par habitant en Parité de Pouvoir d’Achat, sans disposer de colonies, sans surexploitation pour gonfler artificiellement celui-ci.

                La bourgeoisie caricature l’abolition de la propriété privée des moyens de production. Elle en fait une absence totale de biens de consommation pour les masses. Elle en fait une imagerie de pauvreté. Mais dans les pays bourgeois, la propriété de biens est abolie pour 90% de la population. Location, crédit, dettes, tout cela est une illusion de propriété. En URSS, le plafonnement des loyers à 10% des revenus, la gratuité de la très large majorité des services, tout cela concourait au fait que les masses pouvaient se permettre, pour la première fois de leur vie, de dépenser leur argent non pour survivre, mais bien pour vivre.

                Les masses populaires, avant écrasées par l’obscurantisme de la religion, par le racisme, par l’antisémitisme, par un patriarcat redoutablement puissant, se libèrent. Elles découvrent l’exercice réel du pouvoir, au travers des Soviets. Alors que le régime capitaliste ne considère les masses populaires que comme une force de travail, que comme une marchandise, sous la Dictature du Prolétariat, elles découvrent la possibilité de disposer d’une liberté inconnue. Le livre d’André Gide, Retour d’URSS, considéré comme une critique acerbe, révèle pourtant une URSS bon enfant, avec ses fêtes ouvrières, ses cours du soir, ses pièces de théâtre en pleine rue.

                Une lutte existe, même dans la démocratie populaire, entre les conceptions arriérées et les conceptions avancées, entre réactionnaires et progressistes. Elles ne sont pas sanctionnées par la répression, mais au sein du débat démocratique entre les masses, dans lequel le Parti Communiste soutient les positions avancées. Car contrairement à l’imagerie véhiculée par l’Education Nationale et par les pamphlétaires de l’anticommunisme, le Parti Communiste, que cela soit en URSS, en Chine, en Albanie, au Vietnam … ne contrôle pas toute la société. Les archives de Smolensk, volées par les nazis, ont révélé que, au final, les militants du PC(b)US n’évoluaient pas dans une société ordonnée, totalitaire, mais bien dans une société bouillonnante, vivante, et dans laquelle ils n’avaient pas un contrôle total de l’intégralité des aspects politiques..

                La lutte contre certaines conceptions, racistes, antisémites, sexistes, a connu des moments aigus, du fait de l’écart entre le Parti et les masses, dans certaines régions. Paradoxalement, la réforme de 1935, qui laissait à la société civile une plus grande place, s’est traduite par des reculs sur un certain nombre de positions, notamment sur l’avortement et l’homosexualité. Non du fait de la décision du Parti, mais bien d’une expression démocratique -mais réactionnaires- des masses populaires, en particulier des Républiques du sud. Pourquoi cela à eu lieu ? Car il y avait urgence à faire bloc, en prévision de la guerre. Faire bloc en prévision de celle-ci, quitte à concéder -temporairement – parut judicieux. L’était-ce ? La question reste en suspens. Mais jeter toute l’expérience sur la base de cette faille serait imbécile. N’oublions pas que, à ce moment tout était expérimental.

                L’URSS a traité ces questions d’une manière perfectible, principalement par une impulsion du haut vers le bas. La Révolution Culturelle a tenté de le faire du bas vers le haut. La Révolutionnarisation Albanais l’a fait d’une manière décrétiste… chacune à cherché sa voie pour résoudre les contradictions et poursuivre la lutte des classes.

                Rien n’est parfait. Mais l’exigence préalable de la perfection sert fondamentalement à botter en touche. Attendre un réveil spontané des masses populaires, un mouvement révolutionnaire qui ne soit pas le fruit du travail de longue haleine d’une organisation politique, cela revient à capituler devant le poids de l’idéologie bourgeoisie, devant la force des habitudes, des idées et des conceptions réactionnaires. Considérer que la question du pouvoir ne soit qu’un rapport entre majorité et minorité, cela revient à rester sur des conceptions réformistes de la société. Nous ne sommes pas en faveur d’un Parti d’avant-garde par mépris pour les masses, mais bien parce qu’il est illusoire de croire que la bourgeoisie laissera un mouvement de masse de ce type se développer sans faire appel à toutes les armes que lui autorisent non pas sa légalité, mais ses moyens intégraux.

                Dans Le renégat Kautsky et la Révolution Prolétarienne, Lénine écrivait : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à leur avantage. »

                Non seulement, la bourgeoisie supprimera les moyens permettant à la « majorité » de devenir consciente de ses intérêts, mais elle entravera surtout les possibilités pour elle de s’organiser. Et si le pouvoir est pris, de se développer  et de construire une société où la résolution des contradictions de classe est possible. La bourgeoisie promet. Elle promet le respect de garanties démocratiques, promet la souveraineté pour le peuple, promet que le jeu de la République n’est pas truqué, que chacun à sa chance et que le meilleur gagne. Or, dans les faits, de petites grèves, de petits troubles entrainent déjà un déchainement de haine de la part des classes dominantes, au travers de leurs agence de presse, de leurs agences de propagande, mais également de la part de leur forces de répression. Déjà, pour si peu, la légalité est transgressée. Imaginer qu’elle ne le serait pas lorsque la question posée n’est plus économique, mais bien politique, serait se nourrir d’illusions. Pire encore, cela reviendrait à tendre le cou au bourreau.

                Jamais un mouvement de « révolution citoyenne » ou de « révolution par les urnes » n’a triomphé dans toute l’histoire de l’humanité. Et pour cause ! Chaque fois que les organisations populaires ont approché de l’exercice réel du pouvoir, la réaction s’est mise en route pour les juguler. Le Front Populaire par les fascistes, le Frente Popular de 1936 par les franquistes, celui de 1973 -au Chili- par Pinochet…etc. Lorsque « la gauche » arrive au pouvoir, comme Mitterrand, comme Hollande, mais également comme le SPD en Allemagne après 1918, ils sont traités comme des laquais serviles par la bourgeoisie. Vacillant, hésitants, lâches, ils sont parmi les plus fidèles et les plus brutaux des agents de la bourgeoisie.

                Aujourd’hui, l’exemple de la question de l’indépendance de la Catalogne est à l’avenant : respect de la souveraineté populaire, respect de la question du rapport entre majorité et minorité… ect. La réaction est celle de l’enfermement, de la mise sous tutelle, de la traque et de l’emprisonnement de celles et ceux qui sont à l’origine de ce mouvement. Il ne fait pas de doute que toute tentative sérieuse  de réaliser l’indépendance se heurtera à toute la virulence d’une bourgeoisie madrilène réactionnaire, prête à tout pour conserver son dû. Et encore, ce n’est pas une révolution socialiste !

                Contre Octobre, les capitalistes et les impérialistes ont fait feu de tout bois pour écraser dans le sang la Révolution. Guerre civile, blocus, embargo, interventions, terrorisme, sabotage, assassinats, corruption, espionnage… tous les moyens furent bon pour liquider la jeune Union. Contre la Révolution Spartakiste, l’intégralité des organisations bourgeoises, du SPD au DAP ont fait front derrière les Frei Korps pour égorger celles et ceux qui voulaient libérer les masses de l’exploitation. Contre les révolutionnaires de Chine, de Corée, de Cuba, du Vietnam, des pays d’Afrique, partout, la bourgeoisie, les réactionnaires, les fascistes ont usé de tous les moyens possibles et envisageable pour mettre fin aux menaces sur leur ordre.

                La bourgeoisie clame que le socialisme de marche pas. Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens pour l’écraser. Elle a ainsi soutenu les plus grandes monstruosités de l’histoire, les a nourris, les a doté des moyens de répandre le sang. Mussolini contre les grèves de 1922 en Italie. Hitler contre la menace du KPD, les obscurantistes de tout poils aujourd’hui contre les tentatives de faire émerger de nouvelles républiques populaires.

                La bourgeoisie a soutenu les timorés, les défaitistes, les bonapartistes, partout où elle pouvait en trouver, pour caresser dans le sens du poil leurs désirs et leurs craintes. Les droitiers autour de Boukharine, les Trotskistes, les partisans de Lili-San, de Lin Piao, sont devenus des agents doubles, travaillant dans l’ombre, sabotant, assassinant, espionnant au profit des ennemis de la révolution. Ceux et celles qui ont été effrayés des succès et des avancées du socialisme, ceux qui n’y croyaient qu’a moitié, ceux qui avaient peur se sont réfugiés dans les jupes du SD Allemand, du Kenpeitai Japonais, de la CIA, de l’OSS, du Second Bureau ou du MI5.

                Les experts, terriblement nécessaires, en particulier dans un pays arriéré, les chefs militaires, dans un pays menacé, ont chèrement et durement monnayé leur ralliement. Exigeants, rêvant du paradis perdu, voulant se constituer des royaumes intérieurs, ils et elles ont œuvré à l’affaiblissement de la dictature du prolétariat, en se retranchant derrière une conception bourgeoise et réactionnaire de la liberté.

                Leur victoire, leur restauration du pouvoir, obtenue avec la déstalinisation en URSS, avec l’arrivée de Teng Xiaoping en Chine, n’était pas le fait des excès de la dictature du prolétariat, mais bien de sa trop faible prise. Les compromis, nécessaires, mais couteux, avaient donné une force immense à ces restaurateurs des inégalités sociales, à ceux qui voulaient entraver l’avancée et l’approfondissement du socialisme.

                La question de la nécessité de la dictature du prolétariat est une question qui n’est pas « de principe », mais bien de vie ou de mort. Elle est une question qui ne peut être balayée d’un revers de la main, mais qui, au contraire, est centrale. Elle détermine la physionomie politique de l’Etat prolétarien, elle détermine l’objectif stratégique n°1 de la Révolution, son objectif politique.

                Si la légalité, ou la violation de la légalité, par la bourgeoisie a d’ores et déjà été évoquée, reste à évoquer la conception de la légalité du régime populaire et prolétarien.

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