Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée.

La cathédrale de Notre-Dame a été ravagée par les flammes lundi 15 avril. Cet incendie, a ravagé les superstructures de la cathédrale, mais a permis de sauvegarder la majeure partie des murs. Il a profondément et sincèrement ému de nombreux individus et de nombreuses personnalités.

L’importance symbolique du monument a dépassé son caractère purement historique, et, même, religieux. Cet incendie n’a pas été perçu comme ravageant un lieu de la chrétienté, mais comme détruisant quelque chose d’une importance transcendantale. Le bâtiment touché était vu comme une propriété nationale au sens populaire du terme, au delà de sa fonction première, au delà de son histoire.

Il y eut des réactions sarcastiques et moqueuses, mais celles-ci sont restées extrêmement minoritaires. Nous les comprenons également, elles ont tenté de faire passer des messages politiques, parfois justes, mais d’une manière inadaptée, ce qui les ont rendus inaudibles.

Emmanuel Macron devait, le soir même, intervenir pour présenter un bilan du Grand Débat, cette farce ridicule et sinistre. Il a renoncé à prendre la parole publiquement. Cependant, son intervention, enregistrée, a filtré vers les médias. Elle n’a rien révélé de surprenant. La politique gouvernementale conserve le même cap : liquidateur pour les droits sociaux et dans la veine d’une baisse des salaires. Cependant, il a, sans vergogne, tenté d’utiliser cet incendie pour annoncer la nécessite de « rallier la nation » et de faire « bloc autour de Notre-Dame ». Difficile d’être moins convainquant. Ses laquais ont également voulu mettre en avant que la moindre des choses serait que les Gilets Jaunes liquident leur mouvement, par « dignité ». Lorsque les arguments sont à sec, on use du sentiment.

Dans le même ordre d’idées, l’extrême-droite a tenté de capitaliser sur cet évènement, comme à son habitude, pour essayer d’instiller des positions pogromistes dans la société, en cherchant la trace d’un attentat, d’un incendie volontaire. Elle a cherché une main imaginaire d’un islam radical, allant jusqu’à inventer des musulmans sautant de joie à l’annonce de l’incendie.

Or, les réactions de la part des musulmans et des musulmanes de France ou d’ailleurs ont été, elles aussi, de la solidarité. Mais comme les prophéties de l’extrême-droite ne se réalisent pas, elle en est réduite à tordre la réalité et les faits.

Macron incendie Notre-Dame.

Les conspirationnistes sont allés jusqu’à dire que Macron a fait incendier volontairement Notre-Dame dans le but de pouvoir détourner l’attention et repousser sa prise de parole publique. Chacun est allé de sa théorie personnelle sur les raisons de cet incendie et les moyens par lesquels celui-ci s’est déclenché.

Cela ramène à une chose importante à mentionner : nous sommes programmés, d’un point de vue du fonctionnement de notre cerveau, pour raisonner de manière associative et chercher des corrélation, même là où celles-ci sont absentes. Plus un événement nous paraît important, plus nous avons tendance à lui rechercher des causes à la hauteur de cette importance. Nous vous conseillons par ailleurs de lire cet article à ce sujet.

Dans les faits, l’attitude des politiciens et des politiciennes pousse à confirmer ce biais de raisonnement, car, souvent, ils et elles exploitent des situations exceptionnelles pour faire avancer leurs agendas. Mais exploiter et générer ne sont pas des choses équivalentes ! Lorsqu’une personne utilise un malheur pour apitoyer sur son sort, il n’a pas généré son malheur à cette fin, il exploite -parfois cyniquement- une situation désavantageuse pour la tourner à son avantage. Les politiciens et politiciennes sont particulièrement adeptes de ceci.

Macron n’a pas incendié Notre-Dame, mais, en revanche, il porte une part de responsabilité dans le fait que cet incendie se soit déroulé. Comment ?

La politique menée depuis plus de dix ans envers les politiques publiques, condensée sous le nom de RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), a étranglé le financement de très nombreuses officines publiques, administration, services… Dans le but de « rationaliser » l’usage de l’argent public, mais également dans le but d’ouvrir progressivement au privé ces marchés captifs -pour en constituer d’autres, mais entre les mains de la bourgeoisie!- l’Etat a peu à peu réduit les dotations. Ces baisses de budget se sont répercutées dans les services jugés les moins vitaux. Très souvent, ces baisses de budget ont impacté en priorité l’entretien et la maintenance. La suppression des dotations ne produit pas d’effet à court terme en termes d’activité, donc satisfait les donneurs d’ordre, mais, à long terme, produit des dégâts terrifiants.

L’accident de train de Brétigny-sur-Orge, en 2011, illustre ceci : un matériel fatigué, non remplacé, usé et maintenu en service coûte que coûte, pour limiter les dépenses. Ces accidents se sont systématiquement multipliés dans les pays ayant adopté ce type de contraintes budgétaires.

L’Incendie de Notre-Dame fait partie, aussi, de ces catastrophes qui naissent du fait de défauts d’entretien. Pourtant, dans le cadre d’une étude réalisée en 2016, le risque majeur d’incendie avait été pointé du doigt par Paolo Vannucci. Mais rien n’a été fait.

Depuis, la question de la réfection de Notre-Dame dépend notamment des dons publics. Mais là encore, il existe des zones de trouble.

Charité bien ordonnée.

Les grandes fortunes de France ont ouvert leur bourse : près d’un milliard d’euros ont été promis pour reconstruire Notre-Dame. Des sommes colossales, inimaginables, lancées par les grands capitalistes. Même la ville de Paris, ville-monde, dont l’aire urbaine concentre près d’un cinquième des habitants et habitantes de France, n’a pu sortir qu’un dixième, un vingtième de ce qu’un individu seul a pu aligner.

Cela révèle l’ampleur immense de la captation des richesses qui a été opérée par les capitalistes, et qui n’a fait que s’amplifier au cours des années. La très grande bourgeoisie concentre entre ses mains des sommes invraisemblables, digne de budgets d’Etats. Ces sommes prêtent d’autant plus à rêver qu’elles sont mises uniquement à contribution pour engranger d’autres profits, tout aussi colossaux. Nous pensons que ces dons dévoilent l’indécente opulence de cette classe sociale, parasitaire et spoliatrice.

Cet argent sort, aujourd’hui, d’un coup de baguette magique, pour reconstruire Notre-Dame. Il est, d’une part, sorti avec une célérité empressée, montrant qu’il était disponible. D’autre part, il n’est pas sorti pour d’autres causes, ni pour la détresse réelle des plus pauvres, ni pour n’importe quelle autre cause. La philanthropie de ces fortunés n’est pas destinée à tous.

Mais, au-delà de l’aspect symbolique important, du fait que ces donateurs soient peut-être empreints de sincérité, se trouve également des appétits qui se marient mal avec le monde du spirituel. « Charité bien ordonnée commence par soi-même », voilà qui pourrait être, en somme, le credo des généreux donateurs. Sans rentrer revenir sur le fait, pourtant fondamental, que ces richesses immenses et sans cesse grandissantes soient le fait de la captation et de la spoliation des travailleurs et des travailleuses, il est important de savoir comment ces dons généreux sont faits, en réalité, sans bourse délier.

Si l’idée de faire une défiscalisation complète des dons a fait long feu, il ne faut pas, pour autant, croire que nos chers capitalistes nationaux se retrouvent, par le sacrifice de ces sommes, avec une couronne d’épines sur la tête. Certes, la grande bourgeoisie a sorti de ses caisses à peu près l’équivalent du PIB annuel des îles Samoa pour la reconstruction de Notre-Dame. Mais qu’en est il vraiment ?

Premièrement, depuis la mise en place de la RGPP, le monde de la culture s’est retrouvé pauvre comme Job. Privés de financements publics, les musées -mais également les universités- dépendent de généreux mécènes. Cette dépendance permet un droit de regard de la part des fondations sur l’ensemble de l’activité, notamment au niveau des choix stratégiques comme des choix d’attributions de marché. Il s’agit d’une publicité et d’une image qui bénéficie à l’entreprise donatrice. Un investissement rentable.

Deuxième aspect, la défiscalisation. Un don est défiscalisé à 60%. Les entreprises paient un impôt, donc, mais vers le secteur de leur choix. Et elles ne le paient qu’a 40%, le reste étant, donc, à la charge des contribuables. Cela fait donc que ces derniers paient pour les choix d’image de l’entreprise, à hauteur de 60%. Ainsi, en 2016, 369 millions d’euros ont été réellement versés par les entreprises, tandis que l’Etat a dû abonder de 990 millions d’euros. (selon les rapports de la Cour des comptes.) LVMH fait figure de grand pionnier, pompant à elle seule 61 600 000 € en 2018, loin devant les 8 suivantes, qui ne représentent que, cumulée, 21 000 000 €. Une manière de faire un bel effet levier sur les ambitions du peloton de tête des fortunes.

Troisième aspect, le gonflement des dons en nature et le mécénat « de compétences ». Pour le premier, il s’agit de faire des dons qui sont défiscalisés, mais en ne prenant régulièrement pas comme base le prix de revient du produit donné, mais son prix de vente final, accompagné de la marge du distributeur. De plus, lorsque Auchan, Carrefour, Casino donnent des produits alimentaires, il arrive régulièrement que ceux-ci soient inexploitables (trop proches de la fin de la Date Limite d’Utilisation), et donc auraient été perdus. Il s’agit donc d’une manière de valoriser les pertes et de faire des dons qui peuvent même rapporter.

Le mécénat de compétence, quant à lui, consiste à fournir de la main d’œuvre pour des travaux. Une manière d’ajuster l’activité de l’entreprise. En temps normal, la prestation est facturée uniquement du coût du salaire, mais des entreprises en profitent pour saler l’addition, sachant qu’elle est couverte par l’Etat. De plus, les « Établissements Administratifs Publics » peuvent offrir des prestations en nature à titre de dédommagement. Une nouvelle manière de rentrer dans les frais de l’entreprise.

En dernière instance, la « charité très chrétienne » des donateurs ne leur octroie pas que des indulgences aux yeux des prélats, elle permet un magnifique retour sur investissement !

Nous pensons que le patrimoine architectural, environnemental ou culturel mérite bien mieux que les sponsors de la bourgeoisie. Nous pensons qu’ils méritent d’être protégés, tout comme les trésors archéologiques que recèlent le sous-sol. Les capitalistes les voient comme des choses « rentables », ou en termes d’images, ou en termes de finance. Leur politique tend à les laisser pourrir sur pied, se dégrader, ou être transformés en supports publicitaires.

Nous pensons que ces lieux, ces emplacements, ces paysages, appartiennent ou aux masses populaires, ou à la nature elle-même. Nous ne pouvons faire confiance dans des boutiquiers pour les protéger. Nous ne pouvons compter que sur les masses populaires elles-mêmes, et leur sincère attachement à ce patrimoine immense pour déterminer ce qu’il convient d’en faire.

A la fois sur la sauvegarde de celui-ci, à la fois sur le mise en pièce de monuments et de symboles réactionnaires, furoncles imposées par un ordre injuste et oppressif.

La chasse au profit est le brasier dévorant qui engloutit les monuments. Les fortunes dormantes dans les comptes en banque des bourgeois sont issues de notre sang, de notre sueur, de notre travail.

Le patrimoine et les moyens de l’entretenir, les moyens de produire les richesses doivent nous revenir. Nous savons où ils sont. Il ne tient qu’a nous de nous organiser pour aller les chercher, les prendre et les protéger.

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